Décapité, le pouvoir iranien fait face à une opposition fragmentée
"La question clé n'est plus de savoir si le changement de régime est l'objectif, mais si l'élimination de la direction entraînera l'effondrement du système", selon un analyste militaire
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Les États-Unis et Israël ont lancé une guerre au Moyen-Orient en éliminant l’ayatollah Khamenei, la personnalité la plus influente d’Iran, et en exhortant les Iraniens à renverser le régime, mais la fragmentation de l’opposition complique considérablement ce scénario.
Alors qu’il lançait l’Opération « Fureur épique », Donald Trump a appelé les Iraniens à « prendre le contrôle » du pouvoir. Son administration a ensuite précisé que la chute de la République islamique n’était pas sa priorité.
C’est pourtant ce que souhaitent de nombreux Iraniens qui ont célébré la mort de grandes figures du pouvoir, écrasées sous les frappes. Mais ils demeurent aussi divisés, dans le pays comme à l’étranger, quant à l’avenir.
« Aucun dirigeant de l’opposition n’est parvenu à forger une coalition assez large pour l’unifier », explique à l’AFP Ali Vaez, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).
« La question clé n’est plus de savoir si le changement de régime est l’objectif, mais si l’élimination de la direction entraînera l’effondrement du système », écrit l’analyste militaire Elijah Magnier pour le site Middle East Eye.
Opposition polarisée
Dans le pays, les figures de l’opposition sont réprimées, à l’image de Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix 2023. Même incarcérée, elle est attaquée en ligne depuis l’étranger par des partisans de Reza Pahlavi.
Installé aux États-Unis, le fils aîné du shah renversé par la Révolution islamique de 1979 se présente comme une alternative. Son nom a été scandé lors de nombreuses manifestations anti-régime en janvier.
Mais il est affaibli, notamment en raison de son soutien à Israël et de sa proximité avec le régime autocratique et répressif de son père. Ses partisans se heurtent également aux minorités ethniques qui ne se soumettront pas à l’héritier.
« Il n’y a pas de consensus clair sur le fait qu’il soit le bon candidat pour rallier les différents camps », tranche Vaez.
L’Organisation des moudjahidin du peuple iranien (OMPI/MEK), considérée comme « terroriste » par Téhéran, a ainsi organisé à l’étranger des rassemblements sous le slogan « Ni shah, ni mollahs ».
Le groupe se présente également comme la principale force d’opposition. Cependant, beaucoup lui reprochent notamment d’avoir combattu aux côtés de l’Irak durant la guerre des années 1980.
« L’opposition est devenue de plus en plus polarisée », confirme Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège.
L’ONG a organisé l’an dernier une conférence rassemblant plus d’une douzaine de groupes d’opposition – dont certains ne s’étaient jamais retrouvés sous le même toit – afin de les rallier à des principes de droits humains pour un Iran post-République islamique.
En vain. Pendant le mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022 et 2023, la solidarité était forte, se souvient le militant, mais cela « a complètement changé ».
Le précédent du Venezuela
L’OMPI et Reza Pahlavi bénéficient tous deux de soutiens aux États-Unis. Mais Trump ne s’est rangé derrière personne.
« Certaines personnes l’aiment bien et nous n’avons pas trop réfléchi à cette question », a-t-il répondu à une question sur l’héritier du shah.
Le président privilégie en effet une figure installée en Iran, rappelant le récent renversement du dictateur vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis, remplacé par sa vice-présidente.
« Quelqu’un de l’intérieur serait peut-être plus approprié » que Pahlavi, a insisté Trump.
« Quelqu’un qui est actuellement populaire, s’il existe une telle personne. Nous avons des gens […] plus modérés. »
Mais Washington n’a aucune piste sérieuse.
Les premiers de la liste sont déjà morts. Les suivants « sont peut-être morts aussi », selon lui. « Très vite, nous ne connaîtrons plus personne. »
Le milliardaire a critiqué la stratégie américaine en Irak après l’invasion de 2003, lorsque « tout le monde avait été stupidement limogé ». Et d’ajouter : « Nous ne croyons pas à ça. »
Pour Vaez, c’est logique. « La plupart des groupes d’opposition manquent de réseaux significatifs ou de capacités opérationnelles en Iran. Il n’est guère surprenant que Trump semble considérer les éléments du pouvoir existant comme plus déterminants que leurs rivaux en exil. »
Pahlavi avait soutenu une intervention internationale avant le début de la guerre, puis après la répression des manifestations qui, selon des organisations de défense des droits humains, auraient fait des milliers de morts.
Il avait exhorté les Iraniens à se tenir prêts. Mais les manifestants ne sont réellement unis que par leur rejet de la République islamique.
« Pour l’instant, nous voulons juste nous débarrasser de ce gouvernement », résumait un manifestant à l’apogée du mouvement.
« Ensuite, nous réfléchirons à ce qui viendra après. »
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