Frictions belgo-israélo-américaines à cause d’une enquête sur des mohels d’Anvers
La circoncision des garçons est obligatoire dans le judaïsme comme dans l'islam mais pas au même moment
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Une procédure judiciaire ouverte en Belgique contre des circonciseurs juifs (mohel, en hébreu) soupçonnés d’exercice illégal de la médecine a suscité mercredi des frictions diplomatiques entre le gouvernement belge d’un côté, et d’autre part Israël et les États-Unis accusés d’ingérence dans un dossier interne.
En février, la Belgique avait déjà été accusée d’être un pays « antisémite » par des responsables d’Israël et des États-Unis, en raison de l’enquête ciblant plusieurs mohalim d’Anvers.
La controverse a rebondi mercredi avec l’annonce d’une demande de renvoi de deux suspects devant le tribunal correctionnel de la grande cité portuaire belge.
En Belgique, la loi dit que tout acte médical doit être pratiqué par un professionnel de santé habilité. Cela englobe le geste rituel de la circoncision masculine qui n’a pas fait l’objet d’une loi spécifique.
Dans une réaction au vitriol, sur X, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a accusé la Belgique de s’en prendre à « la pierre angulaire de la foi juive ». Il a laissé entendre que le pays s’attaquait à toute la communauté juive en régulant la pratique de la circoncision.
La circoncision des garçons est obligatoire dans le judaïsme comme dans l’islam mais pas au même moment.
« Avec cette mesure (d’inculpation), la Belgique rejoint aux côtés de l’Irlande, une liste courte mais honteuse de pays qui recourent au droit pénal pour poursuivre des juifs pour avoir pratiqué leur religion », a fustigé le responsable israélien.
Belgium have just announced the indictment of the three Mohels who were investigated last year in Antwerp.
With this act Belgium joins a short and shameful list, together with Ireland, of countries that use criminal law to prosecute Jews for practicing Judaism.
This is a…
— Gideon Sa'ar | גדעון סער (@gidonsaar) May 6, 2026
Il a accusé la Belgique d’avoir utilisé le droit pénal « pour poursuivre des Juifs pour avoir pratiqué le judaïsme ».
« Assez de ces caricatures », a écrit le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prevot, sur le réseau social X.
« En Belgique, le pouvoir judiciaire est indépendant et il rend ses décisions – que l’on soit d’accord avec elles ou non – sans aucune influence politique », a-t-il ajouté.
« Je rappelle que la procédure en question a été engagée par des représentants de la communauté juive eux-mêmes. Présenter cela comme une volonté de la part d’un pays de porter atteinte à la liberté religieuse des Juifs est diffamatoire. Cette liberté n’a jamais été remise en cause et ne le sera jamais dans notre pays. Notre Constitution la protège. »
« Puisque vous-même avez récemment déconseillé d’engager des actions diplomatiques sur Twitter, je suggère que nous discutions de toutes ces questions lors d’une rencontre en Israël, à la date qui vous conviendra le mieux, afin de mettre un terme à toute interprétation erronée », a proposé Prevot.
Les trois mohalim ont été arrêtés l’été dernier lors d’une descente de police.
Saar a répondu que les observations qui ont été faites par Prevot « passent complètement à côté de l’essentiel ».
« Une telle enquête n’aurait jamais dû avoir lieu si la question de la brit mila avait été réglementée comme dans d’autres pays européens qui respectent la liberté religieuse juive », a-t-il écrit sur X.
« Surtout dans un pays qui abrite l’une des plus anciennes communautés juives d’Europe. »
« Si la Belgique avait eu un plan stratégique pour lutter contre l’antisémitisme et promouvoir la vie juive, vous l’auriez peut-être su. Hélas, ce n’est pas le cas », a-t-il conclu.
Dans un autre message sur X, Maxime Prévot a répondu fermement à l’ambassadeur américain en Belgique, Bill White, qui venait lui aussi de critiquer son pays hôte sur le sujet.
« Je vous exhorte à faire preuve d’une plus grande retenue et à replacer votre rôle dans son contexte », a écrit Prévot.
L’ambassadeur américain, un proche de Donald Trump, venait d’affirmer sur le même réseau que cette procédure judiciaire constituait « une tache honteuse sur la Belgique ».
« Il est inapproprié de critiquer publiquement un pays et de ternir son image parce que vous êtes en désaccord avec une procédure judiciaire. Je vous l’ai déjà dit. Jugeriez-vous acceptable que notre ambassadeur à Washington fasse la même chose ? », a questionné le ministre belge.
Interrogé à la mi-février par l’AFP sur le premier incident diplomatique lié à cette enquête, Bill White avait voulu jouer l’apaisement, insistant sur une relation bilatérale de pays « amis ».
« Je sais que la Belgique n’est pas antisémite mais ne pas agir dans ce cas précis pourrait donner une impression d’antisémitisme », avait-il noté.
Concernant l’enquête d’Anvers, le parquet a précisé mercredi avoir rédigé son réquisitoire final, et disposer d’éléments suffisants pour demander le renvoi en procès de deux hommes pour « coups et blessures volontaires avec préméditation à l’égard de mineurs » et « exercice illégal de la médecine ».
En mai, la communauté juive d’Anvers a été bouleversée lorsque la police belge a mené une série de perquisitions dans la ville à la recherche de couteaux et d’autres équipements utilisés pour les circoncisions, ainsi que de personnes pratiquant illégalement des brit milot.
Les circoncisions pratiquées sans autorisation font l’objet d’une surveillance accrue en Europe.
La communauté juive de Belgique est relativement petite, avec un peu plus de 40 000 Juifs dans un pays de quelque 12 millions d’habitants, mais les défis auxquels elle est confrontée sont parmi les plus importants d’Europe. Outre la montée de l’antisémitisme, le pays a été en première ligne des batailles juridiques concernant la shehita (abattage rituel) et la brit mila (circoncision), des batailles qui menacent de s’étendre à toute la région.
En juillet, plus de 50 dirigeants juifs et rabbins de toute l’Europe ont signé une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne pour défendre le rite juif de la circoncision – ou brit mila – dans le cadre d’une nouvelle campagne visant à défendre cette tradition.
En 2024, les autorités irlandaises ont arrêté un rabbin londonien soupçonné d’avoir pratiqué des circoncisions sans les qualifications médicales requises. Il s’agit peut-être du premier cas en Europe moderne où un rabbin est arrêté en lien avec une brit mila.
En 2019, la Belgique avait adopté une loi sur les droits des animaux dans ses régions flamande et wallonne, exigeant que les animaux soient étourdis avant d’être abattus pour la consommation. Cette décision a, dans les faits, interdit la shechita et l’abattage rituel musulman pour les produits halal, suscitant des protestations de la part des deux groupes qui affirment que l’interdiction porte atteinte à leurs droits à la liberté religieuse. La légalité de cette décision pour ces régions de Belgique a depuis été confirmée par la Cour de l’Union européenne (UE) en 2021 et par la Cour européenne des droits de l’Homme au début de l’année 2024, réduisant ainsi à néant les espoirs d’invalidation de cette loi.
Dans certains pays européens, comme le Danemark et la Suède, des législateurs ont envisagé d’adopter une loi visant à interdire complètement la circoncision, provoquant la colère des communautés juive et musulmane.
La circoncision est relativement peu répandue dans la population européenne, puisque seuls 10 à 20 % des hommes y ont eu recours, contre plus de 70 % aux États-Unis.
Le grand rabbin ashkénaze d’Israël, Kalman Ber, président du Conseil du Grand Rabbinat, a également dénoncé la décision du parquet d’Anvers de poursuivre des mohalim juifs.
« J’ai été choqué d’apprendre que les autorités judiciaires belges avaient engagé des poursuites contre trois mohalim », écrit le rabbin dans une lettre ouverte relayée par un porte-parole du Grand Rabbinat. « Il est profondément regrettable que ce pays rejoigne la liste peu flatteuse de ceux qui mènent une guerre contre le judaïsme, considérée dans le monde entier comme une forme d’antisémitisme. »
« L’argument selon lequel les circoncisions devraient être pratiquées par des médecins plutôt que par des mohalim certifiés, au motif que ces derniers ne disposent pas d’une formation chirurgicale, est fondamentalement erroné », poursuit Ber. « Depuis l’existence même du peuple juif – bien avant l’apparition des premières traces écrites des habitants de l’Europe –, ce sont les mohalim qui pratiquent la circoncision des enfants juifs. »
Son porte-parole a indiqué au Times of Israel qu’une copie de la lettre serait envoyée à l’ambassade de Belgique en Israël.
Zev Stub a contribué à cet article.
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