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Israël rejette les accusations de Greta Thunberg et d’autres militants de la flottille

De nombreux militants ont fait état de mauvais traitements ; quiconque soutient le terrorisme est un terroriste, et mérite de connaître les conditions réservées aux terroristes, répond Ben Gvir

Greta Thunberg, détenue par Israël après avoir tenté de briser le blocus de la bande de Gaza, sur une photo publiée le 3 octobre 2025 par le ministère des Affaires étrangères. (Ministère des Affaires étrangères)
Greta Thunberg, détenue par Israël après avoir tenté de briser le blocus de la bande de Gaza, sur une photo publiée le 3 octobre 2025 par le ministère des Affaires étrangères. (Ministère des Affaires étrangères)

Israël a qualifié les accusations de mauvais traitements infligés à Greta Thunberg et à d’autres membres de la flottille Global Sumud de « mensonges éhontés ».

« Tous les droits que la loi accorde aux personnes arrêtées sont pleinement respectés », a écrit le ministère des Affaires étrangères sur le réseau social X.

Samedi, l’organisation d’aide juridique Adalah a indiqué que de nombreux militants avaient signalé avoir été victimes de mauvais traitements. Certains ont affirmé avoir été privés de nourriture et d’eau. D’autres ont rapporté avoir été malmenés par les forces de l’ordre israéliennes. Thunberg, la célèbre militante pour le climat, aurait souffert de la présence de punaises de lit pendant sa détention.

Le ministère des Affaires étrangères a toutefois fait remarquer que Thunberg et d’autres ont refusé l’expulsion, malgré ces allégations.

« Il est intéressant de noter que Greta elle-même, comme l’ont fait d’autres détenus, a refusé d’accélérer sa procédure d’expulsion et insisté pour prolonger son séjour en détention », a-t-il indiqué. « Greta ne s’est pas non plus plainte auprès des autorités israéliennes de ces accusations absurdes et sans fondement, et ce, pour une raison simple : elles ne se sont jamais produites. »

Le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir a pour sa part « vanté » la rigueur des conditions auxquelles les militants font face dans la prison où ils sont détenus.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir lors de la séance plénière de la Knesset à Jérusalem, le 19 mars 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Je me suis rendu à la prison de Ketziot. J’ai constaté avec fierté que nous traitions les ‘militants de la flottille’ comme des soutiens du terrorisme. Or quiconque soutient le terrorisme est un terroriste, et mérite donc de connaître les conditions réservées aux terroristes… Il est utile qu’ils fassent l’expérience des conditions de détention à la prison de Ketziot, et qu’ils réfléchissent désormais à deux fois avant de s’approcher à nouveau d’Israël. C’est ainsi que cela fonctionne », a-t-il souligné.

Thunberg aurait rencontré des responsables de l’ambassade suédoise, mais n’aurait pas encore vu d’avocat, a rapporté l’organisation Adalah, qui représente les militants de la flottille dans les procédures judiciaires visant à faciliter leur expulsion d’Israël.

Ben Gvir, un ministre d’extrême droite, a insisté sur le fait que, contrairement à ce qu’elle prétendait, la flottille n’apportait aucune aide à Gaza.

« Je suis monté sur leurs bateaux, et je n’ai vu ni aide ni humanitaire. J’ai vu un unique paquet de Materna [lait maternisé] et plusieurs personnes déguisées en militants des droits de l’homme mais qui, en réalité, étaient venues soutenir le terrorisme et faire la fête [à nos dépens] », a déclaré Ben Gvir.

Plus de 470 militants, à bord de 42 bateaux, ont été interpelés par la Marine israélienne suite à l’arraisonnement de la Flottille du Soumoud, mercredi soir de la semaine passée. Depuis, plus de 130 d’entre eux ont été expulsés vers leur pays d’origine, la plupart via Istanbul.

Les militants en attente d’expulsion sont détenus à la prison de Ketziot, dans le Neguev, l’une des plus grandes prisons de haute-sécurité d’Israël.

Un porte-parole d’Adalah a fait savoir samedi soir que certains membres de la flottille s’étaient plaints de ne pas avoir eu assez à manger.

Selon une correspondance avec le ministère suédois des Affaires étrangères, Thunberg elle-même s’est plainte de ne pas avoir assez à manger et à boire dans le cadre de sa détention.

Dans une correspondance obtenue par le Guardian, le ministère suédois des Affaires étrangères a déclaré aux proches de Thunberg que les services de l’ambassade avaient pu voir la militante âgée de 22 ans, détenue dans des conditions difficiles.

« L’ambassade a pu voir Greta. Elle a évoqué sa déshydratation. Elle n’a pas assez à boire ni à manger », peut-on lire dans l’e-mail. Elle s’est par ailleurs dite victime d’éruptions cutanées, qu’elle estime causées par des punaises de lit. Elle a évoqué de mauvais traitements et s’est plainte d’avoir dû rester assise pendant de longues périodes sur des surfaces dures.

L’ambassade a par ailleurs indiqué qu’un autre détenu lui avait dit avoir vu Thunberg « forcer de tenir des drapeaux pendant une séance photo », ce qui corrobore la version d’Adalah.

« Elle a demandé si ces photos avaient été diffusées », a ajouté l’ambassade.

Dans les colonnes de l’agence de presse turque Anadolu, l’activiste et journaliste Ersin Çelik, lui-même expulsé d’Israël samedi, affirme que les membres du personnel des services pénitentiaires se sont particulièrement acharnés sur Thunberg, qu’ils ont « forcée à embrasser le drapeau israélien ».

Sur ce point, le porte-parole du service pénitentiaire israélien a répondu au Times of Israel qu’il n’était « pas informé d’un pareil incident ».

D’autres militants ont déclaré aux avocats d’Adalah qu’ils avaient été bousculés, manipulés brutalement, poussés au sol ou frappés lors de l’arraisonnement et de la détention.

Ils sont par ailleurs nombreux à se plaindre d’avoir été laissés au soleil, assis sur les genoux pendant des heures, jeudi, avant d’être conduits pour une audience devant un tribunal de l’immigration.

Vendredi, Ben Gvir avait suggéré qu’Israël ferait bien de mettre les participants de la flottille en prison durant plusieurs mois au lieu de les renvoyer directement vers leur pays d’origine.

Les prisonniers de sécurité – incarcérés pour des infractions nuisant sciemment à la sécurité nationale – sont séparés des criminels et n’ont pas les mêmes traitement que le reste de la population carcérale. Il s’agit d’une terminologie fourre-tout appliquée aux détenus, condamnés et terroristes, ainsi qu’aux détenus administratifs, emprisonnés en-dehors de toute inculpation pendant de longues périodes, et sans procès.

Des membres du groupe de navires de la Flottille du Soumoud à destination de Gaza sont amarrés sur la petite île de Koufonisi, au sud de l’île de Crète, le 26 septembre 2025. (Photo de Eleftherios ELIS / AFP)

La flottille du Soumoud, qui a pris la mer fin août, est la dernière tentative en date de la part d’activistes pour remettre en cause le blocus naval israélien sur Gaza, qui dure depuis des années.

Des navires de cette mouvance avaient été déjà interceptés en juin et juillet dernier, dans un contexte de montée de la colère internationale contre Israël face à la crise humanitaire dans la bande de Gaza. Les autorités israéliennes avaient dénoncé le Soumoud et d’autres missions, qualifiées de manipulations médiatiques pro-Hamas.

Une nouvelle flottille de neuf bateaux emmenée par la Coalition de la Flottille de la Liberté devrait arriver sous peu au large des côtes de Gaza : elle devrait être arraisonnée par la Marine israélienne.

Comprenant une centaine de militants sur l’un des bateaux, cette nouvelle flotille a quitté l’Italie il y a de cela une semaine environ : elle se trouvait samedi au large d’Alexandrie, en Égypte, selon le suivi en direct.

Emanuel Fabian et Nurit Yohanan ont contribué à cet article.

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