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La situation à Gaza est « moralement inacceptable », dit le patriarche latin de Jérusalem

Le cardinal s'est rendu, la semaine dernière, dans la seule église catholique de Gaza, endommagée par des tirs de chars israéliens qui, selon Tsahal, ont été "accidentels"

Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin, s'exprime lors d'une conférence de presse conjointe avec le patriarche grec orthodoxe Theophilos III, non représenté, à la suite de leur visite dans la bande de Gaza, à Jérusalem, le 22 juillet 2025. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)
Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin, s'exprime lors d'une conférence de presse conjointe avec le patriarche grec orthodoxe Theophilos III, non représenté, à la suite de leur visite dans la bande de Gaza, à Jérusalem, le 22 juillet 2025. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

La plus haute autorité catholique en Terre sainte a appelé mardi à la fin de la guerre à Gaza, quelques jours après que trois chrétiens ont été tués par un obus de char israélien dans la seule église de la bande de Gaza déchirée par le conflit.

« Il est temps de mettre un terme à cette absurdité, il est temps de mettre un terme à la guerre et de placer le bien commun en tête des priorités », a affirmé le cardinal Pierbattista Pizzaballa, le patriarche latin de Jérusalem, lors d’une conférence de presse qui a eu lieu dans la ville sainte, alors qu’il se tenait aux côtés du patriarche orthodoxe Theophilus III.

Les deux chefs religieux s’étaient rendus la semaine dernière à l’église de la Sainte-Famille, à Gaza City.

En plus des trois civils qui avaient trouvé la mort, plusieurs personnes avaient été blessées lors de l’incident survenu jeudi – incident qui a entraîné un tollé à l’international et qui a obligé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à faire part de ses regrets.

Parmi les blessés a figuré le père Gabriel Romanelli, curé de la paroisse, un proche du défunt pape François avec lequel il échangeait quotidiennement depuis le début de la guerre et avant que la mort n’emporte le souverain pontife.

L’église avait aussi offert un abri à des centaines de Palestiniens depuis le lancement de l’offensive israélienne à Gaza – une campagne militaire qui avait été déclenchée par le pogrom commis par les hommes armés du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, et le patriarche orthodoxe Theophilus III dans l’église de la Sainte-Famille de Gaza, le 18 juillet 2025, un jour après que l’église ait été endommagée par un obus tiré d’un char israélien situé à proximité (Crédit : Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem).

« Refuser n’entraîne pas un retard, mais c’est une condamnation », a-t-il poursuivi. « Chaque heure passée sans nourriture, sans eau, sans médicaments et sans abri cause une atteinte profonde ».

Pizzaballa a affirmé que la situation était « moralement inacceptable et injustifiable ».

Selon des témoins et des professionnels du secteur de la santé, des centaines de civils palestiniens ont été tués par des tirs israéliens alors qu’ils tentaient d’obtenir de précieux colis alimentaires dans le cadre du mécanisme de distribution de l’assistance qui a été mis en place par la Fondation humanitaire pour Gaza, qui est soutenue par les États-Unis et Israël.

Un Palestinien blessé près d’un centre de distribution de nourriture géré par la Fondation humanitaire de Gaza, une organisation soutenue par les États-Unis et Israël, est transporté à l’hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 19 juillet 2025. (Crédit : AP Photo/ Mariam Dagga)

Les Nations unies ont aussi signalé que la malnutrition sévère devenait de plus en plus présente sur le territoire et un responsable de la santé du Hamas a annoncé, mardi, que 20 personnes étaient mortes de faim au cours des dernières 48 heures – des chiffres qui restent invérifiables.

« Nous avons été témoins à la fois d’un profond chagrin et d’un espoir inébranlable », a commenté Theophilus. « Le silence face à la souffrance est une trahison de la conscience ».

« Le Christ n’est pas absent de Gaza », a renchéri Pizzaballa. « Il est là, crucifié dans les blessures, enseveli sous les décombres et il est pourtant présent dans chaque acte de miséricorde, dans chaque bougie qui éclaire l’obscurité, dans chaque main tendue à ceux qui souffrent ».

Muhammad Zakariya Ayyoub al-Matouq, un enfant d’un an et demi à Gaza City, souffre d’une malnutrition potentiellement mortelle en raison de l’aggravation de la situation humanitaire, le 21 juillet 2025. (Crédit : Ahmed Jihad Ibrahim Al-arini / Anadolu)

S’adressant aux leaders du monde, Pizzaballa a déclaré : « Il ne peut y avoir d’avenir fondé sur la captivité, le déplacement des Palestiniens ou la vengeance ».

Le cardinal a également appelé à la libération des otages israéliens détenus à Gaza.

Israël a déclaré avoir ouvert une enquête sur l’incident mortel survenu dans l’église de Gaza, qui aurait été causé par des éclats d’obus provenant de tirs de chars qui auraient accidentellement touché le sanctuaire.

Vendredi, Netanyahu s’est entretenu avec le pape Léon XIV pendant plus d’une heure et il a exprimé ses regrets pour l’incident, présentant ses condoléances aux familles des victimes.

Le pape Léon XIV (à gauche) s’exprime à Castel Gandolfo, en Italie, le 13 juillet 2025. (Crédit : Tiziana Fabi/Pool via AFP) ; Le Premier ministre Benjamin Netanyahu arrive à une audience au tribunal de Tel Aviv, le 14 juillet 2025.(Crédit : Reuven Kastro/Pool via Flash90)

Au cours de l’échange téléphonique entre les deux hommes, le pape a renouvelé ses appels à un cessez-le-feu et à la fin de la guerre, et il a exprimé sa préoccupation pour « la situation humanitaire dramatique » à Gaza, selon le compte-rendu de l’entretien qui a été diffusé par le Vatican.

À l’époque, l’Église hébergeait environ 600 personnes déplacées, dont une majorité d’enfants et des dizaines de personnes ayant des besoins particuliers.

Dimanche, le souverain pontife a dénoncé la ‘barbarie » de la guerre à Gaza et il a appelé à ne pas « utiliser la force sans discernement ».

Des Palestiniens sur le site d’une frappe aérienne israélienne dans le camp de Jabalia, dans le nord de la bande de Gaza, le 27 juin 2025. (Crédit : Khalil Kahlout/Flash90)

« Je demande une fois de plus de mettre immédiatement un terme à la barbarie de la guerre et que le conflit soit résolu de manière pacifique », a dit Léon à la fin de la prière de l’Angélus à Castel Gandolfo, la résidence d’été du pape, près de Rome.

Le cardinal Pizzaballa a souligné que l’Église n’avait pas d’expertise militaire et qu’elle n’était donc pas en mesure de dire si les soldats israéliens avaient ouvert le feu sur l’église intentionnellement ou non. Israël, de son côté, a évoqué des tirs accidentels.

Enfin, il a conclu, en haussant les épaules, que « nous ne sommes pas des experts en opérations militaires. Peut-être s’agit-il d’une erreur, nous ne le savons pas, parce que quand vous continuez à bombarder partout…  »

Vue des dégâts subis par l’église de la Sainte Famille dans la ville de Gaza après une frappe israélienne sur l’église, dans le quartier de Zeitoun de la ville de Gaza, le 17 juillet 2025. (Crédit : Capture d’écran/X)

Dans un entretien accordé au quotidien italien Corriere della Sera, Pizzaballa a douté du caractère accidentel des tirs israéliens en direction de l’église.

« Nous ne sommes pas une cible. Ils disent que c’était une erreur. Même si tout le monde ici pense que ce n’est pas le cas », a déclaré le cardinal.

Les deux ecclésiastiques ont confié avoir été frappés par la faim évidente qu’ils ont rencontrée à Gaza.

« Vous ne voyez pas la famine », dit Pizzaballa. « Vous en faites l’expérience. »

« Nous avons vu des hommes attendre pendant des heures sous le soleil dans l’espoir d’un simple repas », a déclaré Pizzaballa, qui est la plus haute autorité catholique de Terre Sainte. « C’est moralement inacceptable et injustifiable », a-t-il ajouté.

Des Palestiniens, principalement des enfants, poussent pour recevoir un repas chaud dans une cuisine de charité dans le quartier de Mawasi à Khan Younis dans le sud de la bande de Gaza le 22 juillet 2025. (Crédit : AFP)

Il a raconté que des gens erraient sans énergie, que des enfants le suppliaient de leur donner de la nourriture et que les prix des denrées alimentaires étaient exagérément gonflés.

Pizzaballa a souligné que si « nous dénonçons ce qui se passe à Gaza », ils « reconnaissent également la solidarité de nombreuses parties de la société israélienne ».

Des Israéliens participent à un rassemblement appelant à la libération des prisonniers retenus en otage à Gaza par le Hamas, sur la place des Otages à Tel Aviv, le 19 juillet 2025. (Avshalom Sassoni/Flash90)

« Nous ne sommes pas contre Israël, nous ne sommes pas contre le peuple juif », a-t-il déclaré, soulignant qu’ils sont contre « la politique actuelle à Gaza ».

« Moralement, nous ne pouvons pas la justifier ».

Pizzaballa a précisé que si l’église de la Sainte-Famille se trouvait dans une zone qui avait fait l’objet d’un avis d’évacuation générale de la part de Tsahal, aucun ordre spécifique n’avait été transmis à l’église, dans laquelle environ 400 civils avaient trouvé refuge.

Sur une population de plus de deux millions d’habitants dans la bande de Gaza, environ 1 000 personnes sont chrétiennes. La majorité d’entre elles sont orthodoxes, mais selon le patriarcat latin, il y a environ 135 catholiques dans le territoire.

Plus de 21 mois de guerre ont créé des conditions humanitaires désastreuses pour la population de Gaza, déplaçant la plupart des résidents au moins une fois et provoquant de graves pénuries de nourriture et d’autres produits de première nécessité.

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