Le terrain de baseball des Maccabiades, symbole de la résilience israélienne
Malgré la défaite israélienne face aux États-Unis, le terrain Ezra Schwartz, du nom d'une victime américaine du terrorisme, a réuni la communauté, entre sport et deuil
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Le gazon synthétique du terrain Ezra Schwartz de Raanana a pavoisé, cette semaine, en se parant de drapeaux israéliens, américains et des Maccabiades pour la finale du tournoi de baseball entre l’équipe des États-Unis et celle d’Israël.
Après une série de six matchs à égalité (3-3), l’équipe américaine a remporté le septième et dernier match par le score de 5 à 1 mercredi.
A l’issue de la rencontre, l’équipe américaine, victorieuse, a laissé échapper des cris de joie et les Israéliens ont observé quelques instants de silence, après quoi les deux équipes ont échangé une poignée de main et défilé l’une devant l’autre.
Le fait-même que cette compétition ait pu avoir lieu relève de l’exploit.
Initialement prévus l’an dernier, ces 22es Maccabiades ont été reportées en raison des 12 jours de guerre contre l’Iran, ce qui a eu pour conséquence de réduire l’effectif américain à 17 joueurs.
« Nous n’avons même pas pu nous entraîner ensemble », explique l’entraîneur américain Wayne Stotsky, qui a dû, pour l’occasion, fusionner deux catégories d’âges différentes.
Cette fusion a rendu les choses plus difficiles pour ses propres joueurs, qui ont eu peu de temps sur le banc pendant la semaine du tournoi, mais aussi pour les Israéliens, qui ont aligné une équipe beaucoup plus jeune.
Composée de lycéens de 17 ou 18 ans, l’équipe israélienne est entrée dans l’histoire en rivalisant avec des universitaires américains.
« Nous avons été au coude-à-coude avec eux », souligne l’entraîneur israélien Freddy Bain.
L’équipe s’envolera dès jeudi pour l’Italie afin de disputer le Championnat d’Europe des moins de 18 ans.
C’est un autre challenge, explique Bain, de jouer en territoire inconnu, sachant que l’équipe pourrait être confrontée à un sentiment anti-israélien, ce qui pourrait obliger les joueurs à rester dans leur chambre d’hôtel entre les matchs.
Mais ils restent enthousiastes, assure le joueur Eitan Agus, 17 ans, qui joue au baseball à Raanana depuis ses six ans.
« C’est formidable d’avoir pu jouer sur ce terrain et avec ces joueurs », explique Agus.
En Israël, le baseball permet de penser à autre chose qu’à la guerre, aux morts et aux traumatismes – des sujets au coeur de cette enclave anglophone du centre du pays.
La mort, et son pendant, le renouveau, semblent ancrés dans ce terrain ensoleillé, construit en 2017 et qui porte le nom d’Ezra Schwartz, un jeune homme originaire de Boston âgé de 18 ans qui était parti faire du bénévolat dans une réserve naturelle lorsqu’il avait été tué dans une fusillade terroriste en 2015, en Cisjordanie.
Son oncle, Yoav Schwartz, qui vit à Raanana, a récolté les 2 millions de NIS nécessaires à la construction de ce terrain polyvalent, avec l’aide du Fonds National Juif et de l’Association israélienne de baseball.
Ce terrain est celui sur lequel se jouent les matchs de baseball des Maccabiades : c’est une sorte de résidence secondaire pour cette communauté d’Israéliens d’origine anglo-saxonne, qui savent exactement où installer leurs sièges pour bavarder tranquillement, souvent en anglais.
Le premier lancer a été effectué mercredi par Nadav Kamer, un jeune homme de 17 ans grièvement blessé lors d’un attentat terroriste palestinien en janvier 2024, qui s’est miraculeusement rétabli. Avant l’attentat, Kamer jouait au baseball deux à trois fois par semaine et rêvait de devenir pro. En ce moment, il s’occupe de la tenue des scores.
Le baseball et la tragédie sont, d’une certaine manière, liés sur ce terrain.
C’est le meilleur terrain officiel de baseball en Israël, explique le président de l’Association de baseball de Raanana, Ruby Schechter, qui a passé des années à jouer sur le terrain de baseball du Kibboutz Gezer, le premier terrain officiel d’Israël.
Des centaines de matchs ont par ailleurs eu lieu au Village Baptiste, à Petah Tikva, un centre de conférences et de sports chrétien qui dispose de terrains de softball et de baseball.
Membre de l’Association israélienne de baseball et entraîneur à Raanana, Schechter fait énormément de choses pour développer le baseball en Israël, mais c’est difficile.
« Le baseball est un sport difficile à promouvoir », confie Schechter, qui a grandi dans le New Jersey et a toujours été un grand supporter de ce sport.
« Le football et le basket-ball occupent plus de place, et ce sont des sports plus agressifs, avec des bagarres, des cris, de la colère. Nous sommes une anomalie, quelque chose qu’ils ne comprennent pas trop. »
Il y a un sens de la communauté plus fort dans le baseball, affirme Schechter, et c’est un sport plus solidaire en général, ce qui peut expliquer pourquoi il attire les expatriés américano-israéliens, même aujourd’hui, 40 ans après son arrivée en Israël dans les bagages d’olim américains.
Pourtant, ajoute Yonatan Ziering, 25 ans, un ex-joueur toujours très impliqué au sein de l’équipe de Raanana, l’équipe israélienne de baseball n’a jamais été meilleure, avec plus de joueurs israéliens sans origines nord-américaines que jamais.
Ziering, qui est le fils de deux olim américains, correspond, lui, au stéréotype du joueur de baseball de Raanana.
« C’est plutôt normal pour un enfant anglo-saxon de jouer au baseball le vendredi », souligne Ziering. « Tout le monde commence à jouer au baseball, les parents nous entraînent, la communauté du baseball est particulièrement forte ici. »
Ziering s’est beaucoup impliqué dans ce sport au lycée, en devenant membre du club mais sans aller jusqu’à demander de faire son service militaire en qualité d’athlète, ce qui l’aurait poussé vers les États-Unis et le baseball universitaire.
Il a préféré faire son service au sein du commando d’élite Egoz.
Il était d’ailleurs en plein milieu de son service militaire le 7 octobre 2023, lorsque son frère aîné, Aryeh Ziering, un officier de l’unité cynophile Oketz, avait été envoyé dans le sud avec son chien afin d’aider à repousser l’invasion du Hamas.
Yonatan Ziering avait, lui , mis le cap au nord pour rejoindre son unité et il n’avait appris que beaucoup plus tard dans la soirée qu’Aryeh avait été touché et qu’il était mort au combat.
Aujourd’hui, près de trois ans plus tard, Ziering continue de parler de son frère au présent : il a beaucoup pensé à lui et aux sports qu’ils pratiquaient ensemble.
Aryeh allait souvent jouer au baseball le samedi soir.
Lorsque Ziering et son épouse, Ellian Koschitzky, se sont mariés au mois de mai 2025, ils ont organisé l’un des sheva brachot, les traditionnels dîners d’après-mariage, sur le terrain pendant le match du samedi soir.
Ziering souligne que son frère aimait le sport parce qu’il lui permettait de tester ses limites et de donner le meilleur de lui-même.
« Au baseball, les règles sont très importantes », conclut Ziering.
« C’est une précieuse leçon de vie – le fait d’observer les règles à long terme. On ne gagne pas des matchs par des coups d’éclat, des actions spectaculaires, mais par des actions routinières. Il faut savoir rendre hommage à ce travail. »
« Il faut de la patience et de la résilience pour jouer à ce jeu, ce qui n’est pas toujours le point fort des israéliens », ajoute Ziering, « mais c’est en train de changer. »
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