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La vente du géant maritime israélien Zim nuira-t-elle à la sécurité nationale ?

Le gouvernement devra approuver l'accord finalisé avec Hapag-Lloyd - mais les responsables s'alarment de la présence du Qatar et de l'Arabie saoudite parmi les bailleurs de fonds de la société allemande

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Un cargo de la compagnie Zim au large du port de Haïfa, le 1er mai 2026. (Crédit: Sharon Leibel/Flash90)
Un cargo de la compagnie Zim au large du port de Haïfa, le 1er mai 2026. (Crédit: Sharon Leibel/Flash90)

Jérusalem semble être sur le point de faire échouer un accord à hauteur de 4,2 milliards de dollars qui visait à permettre à la compagnie maritime allemande Hapag-Lloyd de prendre le contrôle du service de fret israélien Zim, dans un contexte d’inquiétude grandissante parmi les responsables – qui craignent que cette acquisition puisse placer le pays dans une situation stratégique et de sécurité nationale désastreuse.

Cette semaine, le ministre de la Défense, Israel Katz, a rejoint la liste des dirigeants politiques qui se sont opposés à cette vente consentie au géant allemand du transport maritime, se rangeant ainsi du côté des responsables du ministère de la Défense qui avaient été chargés d’examiner cette acquisition potentielle.

Selon le cabinet du ministre, ces officiels ont estimé que la vente proposée ne préservait pas, in fine, les intérêts qui sont ceux d’Israël en matière de sécurité nationale, en particulier en cas d’urgence.

L’accord d’acquisition, tel qu’il est actuellement formulé, prévoit la scission d’une petite partie de Zim Integrated Shipping Services, qui resterait entre des mains israéliennes – ce qui répondrait à l’exigence qui a été imposée à cette ancienne entreprise publique de conserver des opérations de fret maritime à destination et en provenance d’Israël.

Toutefois, la majeure partie des activités de Zim – notamment les liaisons maritimes qui sont assurées entre l’Asie de l’Est et les Amériques, ainsi qu’entre les ports asiatiques – passerait sous la houlette d’Hapag-Lloyd. Parmi les actionnaires de l’entreprise, une filiale du fonds souverain du Qatar qui détient une participation de 12,3 %, et le Fonds d’investissement public d’Arabie saoudite, qui est propriétaire d’une participation à hauteur de 10,2 %.

Soulignant le « danger stratégique » qu’une telle cession représenterait pour les voies commerciales maritimes qui sont vitales pour l’État juif, le vice-ministre Almog Cohen a averti dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu que ce serait un « désastre de remettre la clé de la porte d’entrée maritime d’Israël » à un acquéreur comptant parmi ses actionnaires des entités qataries et saoudiennes.

Netanyahu lui a répondu : « Cela ne figure pas à l’ordre du jour », ont fait savoir les médias israéliens.

Selon Katz, la Golden Share – ou action spécifique – qui est actuellement détenue par l’État dans la société, dont le siège se trouve à Haïfa, permettra au gouvernement de bloquer la vente s’il estime qu’elle porte atteinte à la sécurité nationale ou qu’elle menace les intérêts maritimes vitaux d’Israël.

Des manifestants au port d’Oakland, où ils ont arrêté un porte-conteneurs appartenant à la société israélienne Zim Integrated Shipping Services Ltd. dans le cadre d’une campagne liée au mouvement BDS, le 4 juin 2021. (Crédit : Brooke Anderson via J : Jewish News of Northern California via JTA)

De son côté, Hapag-Lloyd a dit s’attendre à ce que l’acquisition se concrétise.

« Nous continuons à promouvoir cette opération et nous avons sollicité les autorisations nécessaires auprès des autorités de régulation au niveau international comme au niveau national, et notamment auprès du gouvernement israélien, de l’Autorité des sociétés israéliennes et de l’Autorité israélienne de la concurrence », a expliqué un porte-parole dans une réponse qui a été envoyée par courriel. « Nous pensons que nous obtiendrons toutes les autorisations indispensables ».

Les discussions sur cette opération ont commencé au mois de février – date à laquelle la société allemande a signé un accord qui visait à racheter son concurrent pour une somme de 4,2 milliards de dollars, aux côtés du fonds de capital-investissement israélien FIMI Opportunity Funds, qui détiendrait la filiale israélienne, qui a été baptisée « New Zim ».

La Golden Share dont l’État est propriétaire confère à ce dernier des droits particuliers qui lui permettent d’exiger de Zim le maintien de sa présence en Israël – avec notamment un certain nombre de navires qui devront rester pour répondre aux besoins du pays en matière de transport maritime.

Dans le cadre de l’accord proposé, la Golden Share serait transférée à New Zim. Avec une flotte de 12 à 16 navires, la société allégée desservira trois routes commerciales internationales en direction d’Israël, principalement entre la Méditerranée orientale et les États-Unis.

La transaction, dont la finalisation est prévue à la fin de l’année 2026, reste soumise aux conditions de clôture habituelles – notamment aux autorisations qui seront données par diverses autorités réglementaires, parmi lesquelles l’État d’Israël.

Dans un communiqué émis lundi, Zim a fait savoir que l’entreprise « continue d’agir conformément à l’accord et en collaboration permanente avec les autorités publiques compétentes dans le cadre du processus d’examen réglementaire ».

Fondée en Israël en 1945, Zim est la plus grande compagnie maritime israélienne. Présente dans plus de 90 pays, elle dessert plus de 33 000 clients dans 300 ports à travers le monde. Ses principales routes commerciales comprennent le Pacifique, l’Amérique latine, l’Atlantique, la route trans-Suez et les liaisons intra-asiatiques.

La société, qui est détenue à 100 % par l’État depuis 2024, est cotée à la Bourse de New York avec une capitalisation boursière de 2,88 milliards de dollars. Elle emploie environ 1 000 personnes. 160 travaillent à son siège social de Haïfa.

« Zim est la neuvième compagnie maritime mondiale et elle contrôle 40 % du marché israélien des exportations et des importations », a commenté Oren Caspi, le chef du syndicat de Zim. Lui-même s’est dit défavorable à cette opération.

Le porte-conteneurs Hapag-Lloyd « Chacabuco » de Monrovia à quai, à Hambourg, en Allemagne, le 31 mars 2023. (Crédit : Matthias Schrader/AP Photo)

Israël – un pays qui ne compte que peu de voies commerciales terrestres importantes et qui n’est doté que d’un seul grand aéroport international – dépend de manière unique du transport maritime, qui représente environ 90 % de ses importations.

Les responsables, de leur côté, craignent que la petite compagnie New Zim, dont la couverture géographique et la capacité sont limitées, ne soit pas en mesure de répondre à cette demande au service d’intérêts nationaux et stratégiques pourtant vitaux – en particulier dans une période d’incertitude géopolitique qui est susceptible de dissuader les expéditeurs non israéliens.

Parmi les instances gouvernementales qui ont exprimé des objections à la structure de l’accord, ces dernières semaines, les ministères des Transports, de l’Agriculture et de l’Économie. Tous ont dit s’inquiéter d’une future dépendance du pays en matière d’options de transport maritime qui se retrouveraient dorénavant entre les mains d’intérêts étrangers, notamment en cas d’urgence et face à des menaces d’embargo commercial.

Illustration : Un porte-conteneurs ZIM, dans le port de Haïfa, le 14 novembre 2011. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Lors d’une réunion de la commission des Finances de la Knesset au mois de juin, un représentant du ministère de l’Économie a indiqué qu’il n’y avait pas de soutien en faveur de la vente de la société à un acquéreur détenu en partie par des pays qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques avec Israël.

« Du point de vue du transport maritime, nous avons été amenés à constater que Zim Israel n’exploitera aucune liaison en direction de l’extrême-Orient et dans la mesure où nous développons activement des liens avec cette région, cela pourrait poser un problème », a dit Anael Maman, qui travaille au ministère de l’Économie, en faisant référence à New Zim.

Le gouvernement n’a pas encore fait officiellement savoir s’il approuverait ou s’il bloquerait l’opération.

L’aide d’Ashkenazi

Face aux inquiétudes croissantes en Israël concernant la sécurité du pays et ses intérêts maritimes nationaux, Hapag-Lloyd a engagé l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Gabi Ashkenazi, à un poste de consultant. Objectif : faciliter l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires.

« Au fur et à mesure que l’opération de fusion a pris forme, il est clairement apparu à Hapag-Lloyd que l’entreprise avait besoin de conseillers professionnels dans deux domaines distincts : la banque et les affaires, d’une part, et la sécurité nationale et la Défense, d’autre part », a expliqué Hapag-Lloyd en évoquant sa décision de faire appel à l’Israélien.

Oren Caspi, président du comité des salariés de Zim Shipping. (Autorisation : Shpigel Media)

Le géant allemand du transport maritime a ajouté qu’il avait déjà pris contact avec Ashkenazi, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien directeur-général du ministère de la Défense, avant la signature de l’accord d’acquisition.

Il « l’a officiellement engagé comme consultant peu après, en reconnaissance de son expertise exceptionnelle et de sa vaste expérience en matière de sécurité nationale et de Défense », a-t-il précisé.

Comme cela a été le cas des responsables gouvernementaux, le syndicat de Zim s’est prononcé en défaveur de l’accord, invoquant l’importance de préserver l’indépendance maritime d’Israël et sa capacité à recevoir des approvisionnements essentiels – approvisionnements qui vont des denrées alimentaires aux médicaments – en cas d’urgence.

Caspi a fait savoir au Times of Israel que les salariés soutiendraient une offre concurrente de rachat de la société qui émane d’une entreprise locale, ce qui permettrait, de surcroît, d’éviter son démantèlement.

Après que les actionnaires de Zim ont approuvé la fusion avec Hapag-Lloyd, le groupe israélien Sakal a soumis, au mois de mai dernier, une offre concurrente de 4,5 milliards de dollars. Il s’est également engagé à maintenir la flotte et les opérations de l’entreprisesous contrôle israélien.

« Tout acteur israélien qui proposera de racheter l’intégralité de Zim sera le bienvenu — nous n’y verrons aucune objection », a commenté Caspi.

Le syndicaliste a rappelé que quand l’espace aérien avait été fermé en juin 2025 – c’était pendant la guerre de Douze jours qui avait opposé Israël à l’Iran – les navires de Zim avaient été utilisés pour ramener en Israël des dizaines de médecins, de réservistes et autres membres du secteur de la Défense qui étaient bloqués à l’étranger.

« Lors des récentes périodes de guerre, au moment où des missiles sifflaient au-dessus de nos têtes, toutes les compagnies maritimes avaient complètement cessé ou réduit leurs opérations vers Israël, tandis que les navires de Zim étaient restés sur place et ils avaient assumé leur mission, une mission vitale en matière d’approvisionnement en munitions, en nourriture et en médicaments » à destination de l’État juif.

Il a souligné que les tensions restaient vives, notamment en raison de la montée en puissance de la rhétorique anti-israélienne de la Turquie, et il a averti qu’un blocus naval qui prendrait pour cible Israël pourrait placer le pays dans une situation dangereuse si Zim venait à être vendu à des acquéreurs issus de pays potentiellement hostiles.

Vue du port d’Ashdod, dans le sud d’Israël, le 9 juin 2025. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

« Si le gouvernement approuve l’accord, les fonds souverains du Qatar et de l’Arabie saoudite prendront pied ici, ce qui pourrait avoir des conséquences stratégiques pour Israël », a-t-il mis en garde.

Caspi a évoqué les initiatives qui ont été prises par le fonds souverain du Qatar, troisième investisseur de Volkswagen, dans le but de faire échouer un accord conclu entre l’entreprise de Défense publique israélienne Rafael et le géant automobile allemand. L’objectif était de reconvertir une usine automobile en difficulté de manière à ce qu’elle produise des pièces destinées au système de défense antimissile du Dôme de fer.

Le Qatar, qui détient 17 % des droits de vote au sein du plus grand constructeur automobile européen par l’intermédiaire de la Qatar Investment Authority, aurait soulevé des objections concernant les négociations entre les deux entreprises, en raison de ses relations complexes avec Jérusalem.

« Si cet accord est approuvé, la même chose pourrait arriver », a dit Caspi. « Israël renoncerait à un atout stratégique : une grande compagnie maritime internationale indépendante et dotée de succursales partout dans le monde ».

Reuters a contribué à cet article.

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