L’embargo allemand sur les armes, signe d’une forte détérioration des relations avec Israël
La décision du chancelier Merz de limiter les ventes d'armes offensives à Israël a semblé surprendre Jérusalem. La suite pourrait bien dépendre de la réaction de Jérusalem
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Vingt-deux mois après le début de la guerre à Gaza, les relations étrangères d’Israël semblent une fois de plus s’être détériorées, suite à l’annonce récente par le chancelier allemand, Friedrich Merz, d’un embargo sur les armes qui menace de mettre l’ensemble de l’industrie de défense israélienne en difficulté.
Cet arrêt de la vente d’armes offensives allemandes susceptibles d’être utilisées à Gaza est concomitante de menaces envers les ressortissants israéliens un peu partout dans le monde, qu’ils aient ou non des liens avec la guerre à Gaza.
Des entreprises israéliennes subissent des dégâts matériels et font face à des manifestations anti-Israël presque quotidiennement de par le monde et les relations commerciales d’Israël se tendent.
L’industrie israélienne de défense reste le secteur exportateur le plus important mais elle connait, elle aussi, des difficultés. L’annonce de l’Allemagne – fournisseur de près du tiers des armes importées par Israël – a pris Jérusalem de court, manifestement sans avertissement explicite de la part de Berlin.
Il n’est pas certain que Netanyahu lui-même ait compris le niveau de mécontentement de l’Allemagne avant l’annonce de sa décision. Selon ses contempteurs, son cabinet a toutes les peines du monde à gérer les réactions étrangères face à cette guerre qui s’éternise, son attention accaparée par les relations extérieures et la préservation de sa coalition gouvernementale.
Les achats et ventes d’armes sont intimement liés à la politique et aux réactions de la communauté internationale, et la couverture médiatique de la situation humanitaire à Gaza joue un rôle important.
Les chefs d’Etat et de gouvernement ont dit leur forte opposition aux projets israéliens d’évacuer 800 000 Gazaouis de la ville de Gaza pour y livrer une offensive de grande ampleur.
De la part de l’Allemagne, qui est un proche alliée d’Israël, cet embargo pourrait donner l’idée à d’autres capitales européennes de cesser elles aussi de vendre des armes à Israël, et peut-être même d’acheter des armes de fabrication israélienne.
Germany did not sign a statement issued by 25 countries calling for an immediate end to the war in Gaza. However, Chancellor Friedrich Merz said Berlin does not support Israel's Gaza policy and called for humanitarian aid to be allowed in. pic.twitter.com/lGt3D3F7RT
— DW News (@dwnews) July 22, 2025
L’annonce de Merz s’inscrit dans un mouvement plus global de réactions internationales défavorables suite au vote du cabinet israélien, la semaine dernière, validant le principe d’une intervention dans la ville de Gaza.
En Allemagne, la rapidité et le ton de cette réaction sont le signe d’un changement significatif par rapport à la traditionnelle politique de soutien à Israël, héritée de son sens des responsabilités après la Shoah. Jusqu’à présent, l’Allemagne était le deuxième fournisseur d’armes d’Israël après les États-Unis.
Le conservateur Merz avait même reproché à son prédécesseur, Olaf Scholz, ce qu’il avait qualifié de soutien insuffisant à Israël.
Contrairement à la France, l’Allemagne n’est pas confrontée à des pressions internes de la part d’une importante population musulmane pour critiquer Israël. La précédente coalition gouvernementale comprenait le Parti vert, à la tête du ministère des Affaires étrangères, qui avait fait pression pour un respect plus strict du droit international en matière d’exportation d’armes de guerre. Cette coalition a quitté le pouvoir en début d’année.
Les livraisons d’armes allemandes à Israël ont fortement diminué au cours de cette deuxième année de guerre ; selon les analystes, cette baisse pourrait être le signe d’un mécontentement allemand – ce qui est bien loin de l’interprétation qu’en font les autorités israéliennes.
German Chancellor Friedrich Merz says Israel's current level of attacks on Gaza "can no longer be justified as a fight against Hamas terrorism."pic.twitter.com/9faiH2hUmU
— DW News (@dwnews) May 26, 2025
Interrogé fin mai sur l’arrêt des ventes d’armes décrétée par l’Espagne et d’autres pays, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, avait déclaré que son pays continuait de se sentir « obligé d’aider Israël à garantir sa sécurité ».
Mais le même jour, Merz déclarait à la radio publique allemande WDR : « Sincèrement, je ne comprends plus ce que l’armée israélienne fait encore dans la bande de Gaza, quel est son but. » avant d’ajouter : « La manière dont la population civile est touchée, de plus en plus dernièrement, ne peut plus être justifiée par la lutte contre le terrorisme du Hamas. »
Aujourd’hui, les scrupules de l’Allemagne l’amènent à prendre des décisions bien tangibles et qui risquent de porter tort à Israël. Vendredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé Merz pour lui faire part de sa déception.
« Au lieu de soutenir la juste guerre d’Israël contre le Hamas, qui a mené l’attaque la plus horrible contre le peuple juif depuis la Shoah, l’Allemagne récompense le terrorisme du Hamas en imposant un embargo sur les armes vendues à Israël », a fait savoir son cabinet par voie de communiqué publié en anglais.
Netanyahu a également déclaré à l’adresse de Merz que l’objectif d’Israël n’était « pas de prendre le contrôle de Gaza mais de libérer Gaza du Hamas et d’y établir un gouvernement pacifique », sans proposer de plan précis en vue de la formation d’un tel gouvernement.
Selon certains diplomates, les déclarations faites par Netanyahu à Merz tiennent davantage du reproche que la tentative de conciliation.
En dépit de l’influence de la Shoah dans la ligne politique allemande envers Israël – ou peut-être à cause d’elle -, un acteur de l’industrie de la défense impliqué dans la relation commerciale entre les deux pays a déclaré au Times of Israel que l’évocation de la Shoah par Netanyahu, dans ce contexte, risquait de compliquer encore la relation.
« Si Jérusalem commence à invoquer la Shoah ici et là, et à attaquer le chancelier à ce sujet, c’est le signe qu’Israël ne souhaite pas régler le problème mais continuer à s’isoler du reste du monde », a déclaré une source au Times of Israel.
Quelle est l’ampleur de l’embargo ?
Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), qui suit de près les ventes d’armes partout dans le monde, 69 % des importations israéliennes d’armes réalisées entre 2019 et 2023 provenaient des États-Unis et 30 % d’Allemagne, essentiellement des sous-marins et corvettes de plusieurs milliards d’euros destinés à la Marine israélienne.
Ces achats destinés à permettre à Israël de protéger ses plates-formes gazières ainsi que son espace maritime sont devenus politiquement très sensibles en Israël. Ces sous-marins, vendus à Israël par le chantier naval allemand de ThyssenKrupp pour 2 milliards de dollars, ont fait l’objet d’un examen minutieux pour présomption de corruption et pots-de-vin.
Lors de la première année de la guerre de Gaza, l’Allemagne a autorisé la vente d’armes à Israël à hauteur de 355 millions de dollars, dont 6 % environ ont été classées comme « offensives » en vertu de la loi allemande sur les exportations, c’est-à-dire conçues pour être utilisées dans des combats en dehors du territoire de l’acheteur. Il s’agissait notamment de munitions, de pare-balles, de camions blindés et de missiles antichars. Au cours de la deuxième année de guerre, le total des ventes est tombé à 135 millions de dollars, selon les chiffres des autorités allemandes publiés dans les médias allemands.
L’application de la décision de Merz va dépendre de l’interprétation qu’en feront les ministères allemands. Au sein des ministères de la Défense, de l’Économie, des Affaires étrangères et parfois des Finances, des comités examinent les contrats d’armement dans le but d’établir si les matériels en question sont destinés à la défense israélienne ou à l’offensive contre Gaza. Si le distinguo est facile à faire parmi les munitions, il est plus ardu en ce qui concerne les matériels achetés pour les besoins des moyens nautiques israéliens achetés à l’Allemagne.
L’étendue de l’embargo pourrait également évoluer.
Le Bundestag pourrait en effet l’étendre à d’autres types de matériels en adoptant une loi mais selon des sources de l’industrie de la Défense, la portée discrétionnaire de la décision actuelle laisse supposer qu’Israël pourrait en atténuer les effets en usant de sa diplomatie. Ils ajoutent qu’Israël pourrait ainsi dégager une perspective de dialogue, deux mois durant, en disant que ses projets pour la ville de Gaza ne commenceront qu’en octobre prochain.
Selon ces mêmes sources, cela suppose qu’Israël prenne cette décision très au sérieux et mandate des représentants de très haut niveau – le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar ou le président Isaac Herzog – pour dialoguer directement avec Berlin.
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