Soudan : les FSR accusés d’avoir « exécuté 2 000 civils non armés » à el-Facher
Selon des chercheurs, les forces paramilitaires déplacent par la force des groupes autochtones non arabes dans cette ville stratégique assiégée depuis plus de 18 mois
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Les accusations d’exactions massives sur les civils d’el-Facher se sont amplifiées mardi, trois jours après la prise par les paramilitaires de cette ville clé de l’ouest du Soudan, avec des images rappelant les heures les plus sombres du Darfour.
« Traumatisés et blessés », les civils qui ont réussi à fuir « décrivent des scènes de génocide », selon un correspondant de l’AFP basé à Tawila, une ville refuge située à 70 kilomètres d’el-Facher.
Mardi, les Forces conjointes, alliées de l’armée, ont accusé les Forces de soutien rapide (FSR) d’avoir exécuté « plus de 2 000 civils désarmés » les 26 et 27 octobre, « pour la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées ».
Dernier bastion de l’armée au Darfour, el-Facher a été prise dimanche par les FSR après plus de 18 mois de siège meurtrier, leur ouvrant le contrôle total de cette vaste région couvrant le tiers du territoire soudanais.
Mardi, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a fait état de rapports faisant état « d’exécutions atroces » et de « violences sexuelles contre les femmes et les jeunes filles » commises « par des groupes armés pendant les assauts et sur les groupes en fuite ».
Le HCR s’inquiète de « l’escalade de violences brutales » depuis la chute de la ville, en soulignant « la grande peur des familles qui ont survécu à 500 jours de siège ».
Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), quelque 177 000 civils se trouvent encore dans la ville et ses environs.
« Déplacements forcés »
En écho des Nations unies, l’Union africaine a condamné mardi « les graves violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire, y compris les crimes de guerre présumés et les meurtres de civils ciblés en raison de leur appartenance ethnique ».
Lundi, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) avait alerté sur le « risque croissant d’atrocités motivées par des considérations ethniques » en rappelant le passé du Darfour, ensanglanté au début des années 2000 par les massacres perpétrés par les milices arabes Janjawid, dont sont issues les FSR.
Des « scènes choquantes » sont « filmées fièrement et sans honte par les auteurs eux-mêmes », a souligné sur le réseau social X le ministère soudanais des Affaires étrangères, aligné sur l’armée.
Une vidéo authentifiée par l’AFP montre un combattant, connu pour avoir exécuté des civils dans les zones contrôlées par les FSR, abattre un groupe de civils désarmés assis par terre.
Le Humanitarian Research Lab de l’Université Yale (HRL), qui analyse des vidéos en open source et des images satellite, évoque « un processus systématique et intentionnel de nettoyage ethnique des communautés indigènes non arabes Fur, Zaghawa et Bartis, avec des déplacements forcés et des exécutions massives ».
Des observations satellites de talus jonchés de corps en périphérie de la ville corroborent notamment les vidéos d’exécutions sommaires de civils tentant de fuir, selon le rapport publié lundi par le HRL.
« Tout voir depuis le ciel »
« Le niveau de violence et leur nombre au Darfour dépassent tout ce que j’ai vu jusqu’à présent », a déclaré à l’AFP Nathaniel Raymond, le directeur du HRL. Cet enquêteur américain, spécialisé depuis 25 ans dans les crimes de guerre, souligne qu’avec les équipements aériens des FSR, « personne ne peut se cacher, car ils peuvent tout voir depuis le ciel ».
« Le monde doit agir immédiatement pour exercer une pression maximale sur les FSR et leurs soutiens, notamment les Émirats arabes unis, afin de mettre fin aux tueries », affirme le rapport du HRL.
La perte d’el-Facher marque un « tournant » pour l’armée et montre que « la voie politique est la seule option pour mettre fin à la guerre », a déclaré pour sa part le conseiller présidentiel émirati Anwar Gargash sur X, en appelant à ratifier le plan du groupe dit du « Quad », qui réunit les États-Unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis.
Ce plan prévoit la formation d’un gouvernement civil de transition, excluant à la fois le gouvernement pro-armée actuel et les FSR de la transition politique post-conflit. Ce que le pouvoir pro-armée refuse.
Lundi, le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, dirigeant de facto du Soudan depuis le coup d’État de 2021, a reconnu la défaite de ses troupes à el-Facher, tout en promettant « vengeance » et « victoire ».
La situation est d’autant plus complexe que les belligérants bénéficient chacun du soutien de puissances étrangères qui cherchent à influencer un pays riche en or, traversé par le Nil et bordé par la mer Rouge.
Selon des rapports de l’ONU, les FSR auraient reçu des armes et des drones des Émirats arabes unis, tandis que l’armée bénéficierait du soutien de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, de l’Iran et de la Turquie, d’après des observateurs. Tous ces pays nient toute implication.
« Nous craignons qu’il y ait des tentatives de division du Soudan », a déclaré lundi l’émissaire américain pour l’Afrique, Massad Boulos, à la télévision Sky News.
La guerre a tué des dizaines de milliers de personnes, en a déraciné des millions d’autres et a plongé le pays dans ce que l’ONU décrit comme « la pire crise humanitaire au monde ».
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