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Trump lance une procédure visant à sanctionner potentiellement les Frères musulmans

Le président a ordonné aux membres de son cabinet de lui présenter un rapport indiquant s'il doit classer les sections des Frères musulmans dans divers pays comme "organisations terroristes"

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Photo d'illustration : des manifestants brandissent les drapeaux jordanien et palestinien ainsi que ceux des Frères musulmans lors d'un rassemblement en soutien aux Palestiniens dans la capitale jordanienne, Amman, le 27 janvier 2023. (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)
Photo d'illustration : des manifestants brandissent les drapeaux jordanien et palestinien ainsi que ceux des Frères musulmans lors d'un rassemblement en soutien aux Palestiniens dans la capitale jordanienne, Amman, le 27 janvier 2023. (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)

Le président américain Donald Trump a signé un décret, lundi, qui vient lancer une procédure de désignation de certaines sections nationales des Frères musulmans comme organisations terroristes.

Un décret qui ne va pas jusqu’à un classement effectif, classement qui devrait prendre plus de temps – dans la mesure où les Frères musulmans ne sont pas un groupe centralisé, qui serait doté d’un siège international. Les sections varient davantage en termes d’idéologie et de politique, selon le pays dans lequel elles sont implantées.

Le décret présidentiel charge le secrétaire d’État américain Marco Rubio et le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, de soumettre dans un délai de trente 30 jours un rapport conjoint qui traitera de l’opportunité de désigner certaines sections des Frères musulmans – comme celles du Liban, d’Égypte et de Jordanie – comme « organisations terroristes étrangères » (FTO) ou comme « groupes terroristes mondiaux spécialement désignés » (SDGT).

Si le rapport doit conclure que ces classements sont justifiés, les deux secrétaires auront alors 45 jours pour imposer les sanctions, précise l’ordonnance présidentielle.

« L’objectif ultime du décret est d’éliminer les capacités et de mettre un terme aux opérations des sections qui seront désignées, de les priver de ressources et de mettre un terme à toute menace que ces sections sont susceptibles de représenter pour les ressortissants américains et pour la sécurité nationale des États-Unis », a expliqué un communiqué qui a été émis par la Maison Blanche.

La Maison Blanche a fait savoir que la branche libanaise des Frères musulmans avait aidé des groupes terroristes à lancer de multiples frappes à la roquette à l’encontre d’Israël, tandis qu’un haut responsable de la branche égyptienne avait encouragé les attaques lancées contre les alliés des États-Unis au Moyen-Orient, quelques heures après le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Le Hamas avait vu le jour en tant que ramification des Frères musulmans.

La Maison Blanche a affirmé que la branche jordanienne des Frères musulmans apportait également depuis longtemps son soutien à la branche armée du Hamas – que les États-Unis ont d’ores et déjà inscrite sur la liste noire du terrorisme.

L’ordonnance présidentielle, de manière notable, ne mentionne ni le Qatar, ni la Turquie – qui ont tous les deux tissé des liens profonds avec les Frères musulmans, mais qui sont également devenus des alliés proches de l’administration des États-Unis. Ces deux pays ont accueilli des hauts-responsables en exil des Frères musulmans, avec parfois les encouragements de Washington.

De nombreuses organisations et associations caritatives liées aux Frères musulmans mènent des opérations en Turquie et le parti de l’AKP du président Recep Tayyip Erdogan partage des affinités idéologiques avec les Frères musulmans, même si ces derniers restent officiellement indépendants du régime d’Ankara.

Le Qatar, lui aussi, a toujours été considéré comme un fervent défenseur de l’idéologie des Frères musulmans par le biais de ses initiatives diplomatiques et par le biais également des médias financés par le gouvernement. Il n’y a pas toutefois de branche officielle des Frères musulmans au Qatar, et les membres de l’organisation ont dû faire face à des restrictions au sein de l’émirat du Golfe, ces dernières années.

Il est difficile de dire dans quelle mesure cette décision sera appliquée – même si des sections spécifiques doivent être désignées comme terroristes.

Au mois de février, Trump avait signé un décret sanctionnant la Cour pénale internationale (CPI) pour ses efforts visant à traduire en justice des responsables israéliens et américains. Toutefois, seulement trois organisations palestiniennes de défense des droits de l’Homme ont depuis été sanctionnées pour avoir apporté leur coopération aux poursuites intentées à l’encontre de Jérusalem et Washington – même si, semble-t-il, de nombreux groupes s’étaient mobilisés, partout dans le monde, dans le même objectif.

Quoi qu’il en soit, des sanctions prises à l’encontre des Frères musulmans auraient probablement un effet dissuasif sur toutes les organisations qui envisagent de faire affaire avec des sections locales du groupe à travers le monde – et qui seront amenées à beaucoup réfléchir aux éventuelles conséquences juridiques d’une éventuelle coopération de ce genre.

Le compte de la Maison Blanche sur les réseaux sociaux a diffusé sur X, lundi matin, un post disant : « TRUMP S’ENGAGE À DÉSIGNER LES FRÈRES MUSULMANS COMME ORGANISATION TERRORISTE, au-dessus de la capture d’écran d’un titre du New York Post qui était rédigé dans les mêmes termes – mais qui n’était pas écrit en majuscules.

Dimanche, le média conservateur Just the News a cité des propos tenus par Trump qui aurait déclaré dans le cadre d’une interview que cette désignation serait « prise dans les termes les plus forts et les plus puissants » et que « les documents finaux sont actuellement en cours de rédaction ».

Ces informations, qui ont été révélées dans la journée de dimanche, ont été rapidement saluées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a indiqué qu’il pourrait emboîter le pas aux États-Unis. Des paroles qui ont été considérées comme une allusion à la possibilité d’une interdiction du parti islamiste Raam, au sein de l’État juif. La faction arabe israélienne a immédiatement démenti toute relation avec les Frères musulmans et elle a dénoncé les propos tenus par le Premier ministre.

Netanyahu avait cherché à faire entrer Raam dans sa coalition, il y a plusieurs années – avant l’échec de ces négociations. Le parti, dirigé par Mansour Abbas, avait décidé dans la foulée de rejoindre le gouvernement d’unité de Naftali Bennett et de Yair Lapid, en 2021.

Le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu (à droite), votant lors des élections à la Knesset à Jérusalem le 23 mars 2021. (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL) et le chef du parti Raam, Mansour Abbas, au siège du parti à Tamra, le soir des élections, le 23 mars 2021. (Crédit : Flash90)

Fondée en 1928, la Confrérie s’était imposée comme le principal groupe islamiste d’opposition en Égypte. Elle s’était étendue à l’échelle régionale avec des ramifications allant de la Tunisie à la Turquie, avant de s’élargir finalement à l’échelle mondiale.

Le groupe terroriste du Hamas avait fait ses débuts en tant que branche palestinienne de l’organisation.

Après le coup d’État militaire qui avait renversé Mohamed Morsi, le président égyptien élu qui était issu des Frères musulmans, en 2013, le groupe islamiste avait été interdit, considéré comme terroriste. Il est aussi banni en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, en Russie, en Syrie et en Jordanie.

La semaine dernière, le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a annoncé qu’il allait classer les Frères musulmans et le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) comme organisations terroristes étrangères et criminelles transnationales. « Ce qui leur interdit d’acheter ou d’acquérir des terres au Texas et ce qui autorise le procureur général à intenter une action en justice pour les faire fermer, » avait expliqué Abbott sur le réseau social X.

Le CAIR est l’un des groupes musulmans les plus importants aux États-Unis. Abbott a diffusé une déclaration qui établissait un lien entre cette désignation et le soutien apporté par le CAIR au pogrom perpétré par le Hamas, le 7 octobre 2023, en Israël ainsi que les relations passées du groupe avec un réseau du Hamas aux États-Unis, entre autres.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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