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Une firme israélienne lève 175 M de $ pour envoyer des satellites nouvelle génération en orbite

Tomorrow.io est le développeur d'un réseau de satellites météorologiques basé sur l'IA qui permet de prévoir les phénomènes météorologiques extrêmes - sorte de "Space X" du temps, selon son fondateur

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Photo d'Illustration : sur cette image satellite fournie par la NASA; l'ouragan Ian, photographié depuis la Station spatiale internationale, juste au sud de Cuba, gagnant en puissance et se dirigeant vers la Floride, le 26 septembre 2022.  (Crédit : NASA via AP)
Photo d'Illustration : sur cette image satellite fournie par la NASA; l'ouragan Ian, photographié depuis la Station spatiale internationale, juste au sud de Cuba, gagnant en puissance et se dirigeant vers la Floride, le 26 septembre 2022. (Crédit : NASA via AP)

La plateforme d’informations météorologiques Tomorrow.io, qui a été fondée en Israël, a annoncé mercredi avoir levé 175 millions de dollars de capitaux qui serviront à lancer dans l’espace la prochaine génération de satellites de surveillance météorologique. Ces derniers permettront de prévoir où les nuages orageux se rassemblent, aidant les entreprises et les pays à gérer les menaces climatiques qui évoluent rapidement.

Le tour de table – qui a été mené par les sociétés de capital-investissement Stonecourt Capital et HarbourVest – a valorisé l’entreprise à plus d’un milliard de dollars. Il a porté dorénavant le financement total de Tomorrow.io à plus de 500 millions de dollars.

Se présentant comme le « SpaceX de la météo », Tomorrow.io s’est lancé dans une initiative audacieuse : relever le défi – qui date de plusieurs longues décennies – consistant à apporter des prévisions météorologiques correctes au moment où, selon une enquête qui a été effectuée par le Forum économique mondial, les phénomènes météorologiques extrêmes sont classés comme le principal risque à long terme.

En 2024, les catastrophes naturelles ont coûté 320 milliards de dollars à l’économie mondiale. Les catastrophes en lien avec le climat et avec le dérèglement climatique – inondations, incendies de forêt, ouragans et cyclones tropicaux – ont été responsables de 93 % des dommages dans leur ensemble et dans le monde entier.

Connue à l’origine sous le nom de ClimaCell, la société Tomorrow.io a été fondée en 2016 par Shimon Elkabetz, Rei Goffer et Itai Zlotnik, d’anciens soldats de l’armée de l’air israélienne. Tous les trois se sont associés pour développer un logiciel de prévision météorologique et des solutions d’observation qui vont au-delà des systèmes météorologiques traditionnels et qui s’appuient sur un ensemble de radars et de stations au sol.

Dans une interview qui a été accordée au Times of Israel, Goffer a expliqué que lui et ses associés avaient rapidement compris que la disponibilité et la qualité des données qui permettent actuellement d’observer la planète étaient les principaux éléments qui limitaient la précision des prévisions météorologiques, entravant la préparation aux situations d’urgence et la réponse aux catastrophes.

« Il y a environ cent ouragans ou cyclones tropicaux par an dans le monde et nous avons encore du mal à prévoir leur trajectoire et leur intensité », a fait remarquer Goffer. « Si on se penche sur le pourquoi, c’est, dans la majorité des cas, à cause d’un changement assez rapide dans la structure d’une tempête – changement qui a été manqué en raison de lacunes dans les données d’observation météorologique existantes ».

Les cofondateurs de Tomorrow.io (de gauche à droite) : Rei Goffer, Shimon Elkabetz et Itai Zlotnik. (Autorisation)

« Notre objectif est d’éliminer ces lacunes et de fournir aux gouvernements et aux organisations des capacités infiniment meilleures qui permettront d’anticiper ces changements rapides, afin qu’ils puissent prendre des décisions opportunes concernant l’évacuation ou non d’un district entier en Thaïlande en raison des 600 millimètres de pluie qui tomberont dans les vingt-quatre heures suivantes », a-t-il souligné.

Le manque de données a incité les trois fondateurs à développer leur propre technologie satellitaire. Objectif : améliorer les observations et les mesures de l’état actuel de l’atmosphère, en particulier dans les régions mal desservies telles que l’Inde, les Philippines et l’Afrique.

« Les modèles de prévision météorologique basés sur l’IA ont fait d’énormes avancées, mais ils ne sont d’aucune utilité s’ils s’appuient sur des quantités de données qui sont, somme toute, très limitées et qui sont déterminées par les observations et les infrastructures actuelles », a expliqué Goffer. « Notre stratégie consiste à disposer des données qui ont le plus d’impact sur les modèles de prévision et qui sont les plus rares aujourd’hui ».

La société, dont le siège se trouve à Boston, a annoncé, au mois de janvier dernier, avoir achevé le déploiement complet de sa première constellation commerciale de satellites radar météorologiques, après avoir lancé 13 satellites dans l’espace.

La technologie de la firme, qui est utilisée par la NASA et par l’armée de l’air américaine, utilise l’IA pour traiter les données satellitaires à des fins de prévision météorologique, pour fournir des données en temps réel sur les précipitations partout dans le monde.

« Notre réseau de satellites couvre le monde entier toutes les soixante minutes contre environ trois à cinq à heures pour les agences météorologiques gouvernementales plus traditionnelles », a indiqué Goffer. « Nous couvrons l’ensemble de l’atmosphère mondiale : pour n’importe quel point donné sur la Terre, trois fois sur quatre, le scan le plus récent de ce point provient, semble-t-il, de Tomorrow.io ».

Goffer a précisé que la taille des satellites changeait – allant de la taille d’une boîte à chaussures à celle d’un mini-réfrigérateur – alors que les satellites lancés par les États sont de la taille d’une voiture, voire plus. Il a noté qu’ils étaient aussi plus lourds et plus coûteux.

Les eaux de crue envahissent un complexe d’appartements où des personnes sont secourues à la suite de l’ouragan Milton, jeudi 10 octobre 2024, à Clearwater, en Floride. (Crédit : AP Photo/Mike Stewart)

« Ce que SpaceX [d’Elon Musk] a fait pour l’exploration spatiale – c’est-à-dire déplacer le centre de gravité d’une initiative exclusivement gouvernementale vers une initiative privée, prendre des risques, innover et réaliser des choses qui étaient considérées comme impossibles, comme pouvaient l’être des fusées réutilisables qui ont divisé par dix le prix du lancement – nous faisons la même chose pour la météo », a précisé Goffer. « Nous ne voulons pas remplacer l’Agence météorologique nationale, tout comme SpaceX ne remplace pas la NASA ».

« Nous sommes là pour établir des partenariats et pour leur permettre de faire leur travail infiniment mieux que ce n’était le cas auparavant », a-t-il fait remarquer.

La constellation de satellites de Tomorrow.io fournit déjà des informations atmosphériques en temps réel sur toute la surface du globe à plus de 250 entreprises et organisations dans les domaines de l’aviation, de la logistique, de l’énergie, de l’assurance et du secteur public. Uber, Delta et JetBlue recourent notamment aux services de la firme.

Goffer a noté que les fonds qui ont été récemment levés seront utilisés pour développer et pour lancer DeepSky, une constellation de satellites en orbite terrestre basse qui seront équipés de capteurs avancés spécialement conçus pour permettre l’observation continue et en temps réel de l’atmosphère et des océans.

L’infrastructure satellitaire a été conçue pour affiner les prévisions atmosphériques en collectant de grandes quantités de données qui permettront d’alimenter les modèles d’intelligence météorologique basés sur l’IA.

« Il s’agit d’une avancée considérable à tous les niveaux, que ce soit en termes de taille des satellites, de types et de capacités des capteurs, de couverture dans les régions où les données sont rares, de qualité des observations et de rapidité des cycles de réactualisation », s’est exclamé Goffer. « Nous n’allons pas contrôler la météo, mais nous aurons une capacité infiniment meilleure à la prévoir, s’agissant en particulier des événements extrêmes qui sont potentiellement catastrophiques. »

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