Witkoff : Le Hamas n’est pas idéologiquement intraitable, le conflit à Gaza peut prendre fin par le dialogue
Le conseiller de Donald Trump, qui pense que de nouvelles frappes israéliennes pourraient être nécessaires face à l'intransigeance du Hamas, estime que le Premier ministre "s'oppose à l'opinion publique israélienne qui veut récupérer les otages"
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L’envoyé spécial américain au Moyen-Orient, Steve Witkoff, a déclaré vendredi qu’il ne pensait pas que le Hamas était « idéologiquement intraitable ». Witkoff a aussi affirmé que le Premier ministre Benjamin Netanyahu agissait contre l’opinion publique israélienne qui privilégiait la libération des otages restants à Gaza à la destruction du groupe terroriste palestinien.
Au cours d’une interview longue d’une heure et demie, Witkoff a évoqué les motivations d’Israël, du Hamas et du Qatar dans la guerre en cours à Gaza. Il a défendu avec assurance Doha contre les critiques qui remettent en question les motivations du pays islamiste et il a reconnu son inquiétude concernant le potentiel de déstabilisation induit par la guerre de Gaza pour des pays comme l’Égypte et l’Arabie saoudite. Il a également suggéré que le nouveau dirigeant syrien, Ahmed al-Sharaa, pourrait être un nouvel homme depuis son passage à Al-Qaïda. Il a révélé de nouveaux détails sur le succès de sa médiation en vue de la première phase du cessez-le-feu à Gaza, au mois de janvier – une phase aujourd’hui révolue. Il a insisté sur le fait que la menace nucléaire iranienne pouvait être résolue par la diplomatie.
Witkoff s’est entretenu avec Tucker Carlson, un animateur de talk-show de droite qui a été critiqué dans les milieux juifs américains pour avoir accueilli des invités qui ont fait, dans le passé, des déclarations antisémites et qui ont prôné le révisionnisme de la Shoah. Il est également célèbre pour avoir un très grand nombre de sympathisants – en particulier parmi les partisans de Trump.
L’interview filmée en podcast a commencé par une explication de l’envoyé de Trump au Moyen-Orient, qui a affirmé que son travail l’obligeait à comprendre les motivations des différents acteurs avec lesquels il s’engage.
« Que veut le Hamas ? Je pense qu’ils veulent rester là-bas jusqu’à la fin des temps. Ils veulent diriger Gaza, et c’est inacceptable. Nous devons savoir que… ce qu’ils veulent est inacceptable », a déclaré Witkoff.
« Ce qui est acceptable pour nous, c’est qu’ils se démilitarisent. Ainsi, ils pourraient peut-être rester là-bas un peu… s’impliquer politiquement », a-t-il poursuivi.
Steve Witkoff has no background in diplomacy but has turned out to be the most effective American diplomat in a generation. Here’s how he’s trying to resolve the conflicts in Gaza and Ukraine.
(0:00) What Witkoff Has Learned as Trump’s Global Negotiator
(4:10) Negotiating With… pic.twitter.com/7AUh4gvwke— Tucker Carlson (@TuckerCarlson) March 21, 2025
« Mais… nous ne pouvons pas laisser un groupe terroriste à la tête de Gaza, car cela ne serait pas acceptable pour Israël. Nous aurions alors exactement la même chose – à savoir que tous les cinq, dix ou quinze ans, nous aurions un nouveau 7 octobre. »
Interrogé sur les négociations avec le Hamas, Witkoff a reconnu qu’il ne s’adressait pas directement au groupe terroriste et qu’il utilisait le Qatar comme médiateur.
L’envoyé américain avait autorisé Adam Boehler, l’envoyé spécial de Trump pour les otages, à mener des discussions confidentielles et directes avec des responsables du Hamas, cette année. Cependant, Washington avait abandonné ces discussions après qu’elles ont été divulguées par Israël, qui en avait eu connaissance après coup. L’État juif s’était indigné que Boehler négocie en son nom, selon un haut diplomate arabe qui s’était exprimé auprès du Times of Israel au début du mois.
Les motivations du Hamas
Même s’il a dit s’être efforcé de comprendre le Hamas dans le cadre des pourparlers, Witkoff a expliqué qu’il avait également pu se faire une idée des motivations du groupe terroriste palestinien en visionnant les images du pogrom du 7 octobre 2023 que les autorités israéliennes lui avaient montrées lors de sa première visite en Israël, après sa prise de fonction.
« C’était horrible. Il s’agissait de viols collectifs. Il y avait des photos de membres du Hamas décapitant un soldat israélien… C’était au-delà de tout ce que j’avais jamais vu », a-t-il dit.
« Cela peut influencer votre opinion sur [le Hamas]. Il faut parfois faire preuve de sang-froid en tant que négociateur », a continué Witkoff.
« Ce n’est pas facile de prendre des décisions si vous voyez [ce film], mais je devais le voir […] Nous ne pouvons pas ignorer la réalité de ce qui s’est passé le 7 octobre. Ils vous diraient qu’ils ont des raisons, mais rien ne justifie. . . ce qui s’est passé ce jour-là. »
Witkoff est néanmoins revenu sur l’importance de comprendre les motivations du Hamas.
« Il faut savoir ce que veut le Hamas… Puis il faut trouver ce que l’on peut leur donner pour qu’ils se retirent, car c’est ce qu’il faut faire ici », a-t-il déclaré.
« Ce que nous avons entendu au début de ce conflit, c’est que le Hamas est idéologique, qu’il est prêt à mourir pour toutes sortes de raisons. Personnellement, et j’en parle au président… Je lui ai dit : ‘Je ne pense pas qu’ils soient aussi enfermés idéologiquement.’ Ils ne sont pas idéologiquement intraitables… Ils attachent la ceinture d’explosifs à de jeunes enfants qui ne savent pas ce qu’ils font… Ils leur racontent une histoire «
« Ce que nous avons entendu au début de ce conflit, c’est que le Hamas est idéologique, qu’il est prêt à mourir pour toutes sortes de raisons. Personnellement, et j’en parle au président… Je lui ai dit : ‘Je ne pense pas qu’ils soient aussi enfermés dans leur idéologie.’ Ils ne sont pas intraitables sur le plan idéologique… Ils attachent une ceinture d’explosifs à de jeunes enfants qui ne savent pas ce qu’ils font… Ils leur racontent une histoire. »
« Une fois que vous avez compris que [le Hamas] souhaite vivre, vous pouvez alors leur parler de manière plus efficace », a-t-il soutenu.
Interrogé sur la façon dont il est parvenu à cette conclusion sur le groupe terroriste palestinien du Hamas, Witkoff a expliqué qu’il avait lu de nombreux rapports des services de renseignement américains et qu’il avait également compris « le rythme et la cadence de la négociation ».
« C’est alors que j’en suis venu à la conclusion qu’ils veulent des alternatives », a-t-il affirmé.
Des explications données pour justifier l’attitude du Hamas qui ont été assez similaires à celles de Boehler, dont ce dernier avait fait part dans une série d’interviews accordées à la presse américaine et israélienne le 9 mars – et qui avaient exaspéré Netanyahu et son entourage. Le principal collaborateur du Premier ministre, le ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer, avait ensuite fait pression sur les responsables de Trump pour qu’ils écartent Boehler, avait indiqué un responsable américain au Times of Israel au début du mois.
Quoi qu’il en soit, le Hamas n’a pas encore changé de position au cours des pourparlers, contrairement à ce qu’espérait Witkoff.
Le groupe terroriste a snobé une proposition de compromis soumise par l’envoyé américain, la semaine dernière, et qui aurait prolongé la première phase du cessez-le-feu jusqu’à Pessah, en échange de la libération de cinq otages encore en vie et d’un grand nombre de prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité en Israël.
Le Hamas a insisté pour s’en tenir aux conditions initiales de l’accord que Witkoff avait contribué à conclure le 19 janvier, qui aurait dû voir le début des négociations sur une deuxième phase commencer environ deux semaines après le cessez-le-feu. Cependant, Israël a refusé de poursuivre ces pourparlers, car une deuxième phase obligeait l’armée à se retirer complètement de Gaza et à accepter une fin permanente de la guerre.
Si Netanyahu avait accepté ces conditions dans le cadre de l’accord, il avait également insisté sur le fait qu’il n’accepterait pas de mettre fin à la guerre avant que les capacités armées et gouvernementales du Hamas n’aient été démantelées. Les États-Unis ont accepté le positionnement israélien et ils ont œuvré à prolonger la première phase, plutôt que de poursuivre la mise en œuvre de la phase suivante.
Le Hamas n’a pas accepté cette approche et il a proposé à la place de libérer l’otage américano-israélien Edan Alexander et de restituer les corps sans vie de quatre autres otages binationaux. Une offre basée sur les discussions que le groupe terroriste avait eues avec Boehler au début du mois, selon le haut diplomate arabe. Cependant, l’administration Trump avait déjà abandonné ces pourparlers directs, et le 16 mars, Witkoff a qualifié la proposition du Hamas de « non négociable ».
Deux jours plus tard, Israël a repris ses frappes aériennes sur Gaza pour la première fois en deux mois, sur ordre de Netanyahu, qui a invoqué le « refus répété » du groupe terroriste de libérer les otages.
Le cessez-le-feu peut encore être rétabli
Witkoff a néanmoins maintenu vendredi qu’il espérait que le cessez-le-feu pourrait être rétabli. « Il y a eu des signes », a-t-il déclaré.
« L’intervention des Israéliens [à Gaza] est à certains égards malheureuse, et à certains égards, elle s’inscrit dans la catégorie des ‘mesures inévitables’ ».
Witkoff a rappelé avoir averti les dirigeants arabes lors d’une rencontre à Doha la semaine dernière que la réponse « totalement inappropriée » du Hamas à la proposition de compromis « allait entraîner une sorte d’action militaire ».
« Je ne savais rien de l’intervention israélienne avant qu’elle ne survienne », a-t-il précisé, semblant contredire les affirmations faites par la secrétaire de presse de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, plus tôt cette semaine, selon lesquelles Israël avait consulté les États-Unis avant d’interrompre le cessez-le-feu à Gaza.
Néanmoins, Witkoff a insisté sur le fait que « nous pourrions en profiter pour amener le Hamas à être beaucoup plus raisonnable ».
L’envoyé de Trump a révélé par la suite que les parties « se parlent à nouveau » depuis les frappes israéliennes.
« Nous sommes actuellement en négociation pour peut-être mettre fin à certaines de ces frappes israéliennes et peut-être pour mettre fin à ce conflit par le dialogue », a-t-il déclaré.
« Si je n’étais pas convaincu que nous pouvons y parvenir, pourquoi perdrais-je mon temps ? », a-t-il interrogé.
Pour sa part, le haut diplomate arabe a déclaré au Times of Israel que les pourparlers étaient au point mort depuis que Tsahal avait repris ses frappes aériennes.
Netanyahu vs. l’opinion publique au sujet des otages
La question à laquelle Witkoff a semblé avoir le plus de mal à répondre portait sur le plan du gouvernement israélien pour Gaza après la guerre.
Carlson a évoqué ses échanges avec des responsables de toute la région, qui étaient tous également perplexes quant à ce qu’Israël considère comme son objectif final. Le présentateur a demandé à Witkoff s’il le comprenait.
« Eh bien, je pense que c’est compliqué », a répondu l’envoyé américain avant de féliciter Netanyahu pour les succès militaires d’Israël contre le Hezbollah, le Hamas et l’Iran.
« Le reproche que l’on fait à [Netanyahu] est qu’il se préoccupe davantage du combat que des otages… Je comprends le raisonnement des gens, mais je ne suis pas forcément d’accord »
« Cet axe iranien… que tout le monde pensait efficace, a été en grande partie éliminé. »
Netanyahu a « fait un travail exceptionnel à cet égard. Mais le reproche que l’on fait à [Netanyahu] est qu’il se préoccupe davantage du combat que des otages », a expliqué Witkoff.
« Je comprends le raisonnement des gens, mais je ne suis pas forcément d’accord. Il veut ramener les otages chez eux, si possible, mais il pense que la seule façon d’y parvenir est de faire pression sur le Hamas. »
« Je pense que Bibi a le sentiment de faire ce qu’il faut. [Mais] je pense qu’il va à l’encontre de l’opinion publique… parce que l’opinion publique veut que ces otages rentrent chez eux », a-t-il déclaré.
En effet, les sondages répétés au cours des dernières semaines indiquent qu’une majorité importante de la population est favorable à la fin de la guerre en échange de la libération des 59 otages toujours détenus à Gaza.
Witkoff s’est souvenu de sa visite sur la Place des Otages à Tel Aviv pendant son séjour en Israël. « C’était spirituel. »
Witkoff a raconté que la perte de son fils des suites d’une overdose lui a insufflé une « sensibilité ou empathie » qui lui a permis de nouer des liens avec les familles des otages avec lesquelles il est en contact quotidien. « Cela a été d’une grande aide pour elles, mais aussi, et c’est assez intéressant, pour moi-même. »
La crise des otages a « fracturé Israël », a affirmé Witkoff. « C’est comme une déchirure qui traverse l’âme du pays. »
« Nous devons récupérer ces gens. J’en ai parlé à Bibi, j’en ai parlé à Dermer, mais ils ont aussi un point de vue stratégique sur le Hamas », a-t-il poursuivi.
« Il y a des moments où nous sommes d’accord, d’autres où nous sommes légèrement en désaccord, mais je pense qu’ils sont bien motivés », a précisé Witkoff.
Israël a-t-il un plan ?
À nouveau questionné sur le plan d’Israël pour Gaza, Witkoff a semblé éviter de répondre directement.
« Je comprends que nous devons nous concentrer sur les résultats », a-t-il déclaré avant d’évoquer comment la résolution des activités régionales déstabilisatrices de l’Iran pourrait conduire à une coopération régionale sans précédent.
Carlson a ensuite tenté de formuler la question en termes de carte, en demandant combien de territoires Israël cherchait à conquérir après avoir pénétré profondément au Liban et en Syrie. « Quel est l’objectif ? », a-t-il demandé.
« L’objectif commence par la manière dont nous traitons avec l’Iran. C’est le plus important », a répondu Witkoff.
« Nous ne devons jamais permettre à quiconque de posséder une arme nucléaire et d’avoir une influence démesurée. »
Carlson a tenté de recentrer la conversation sur Gaza, en demandant si les États-Unis pouvaient articuler l’approche d’Israël.
« Je pense que oui », a répondu Witkoff.
« Tout d’abord, l’approche du président Trump à l’égard de Gaza a suscité de nombreuses discussions animées sur les différentes façons de gérer la situation », a-t-il souligné, faisant référence à la proposition de Trump annoncée en février de voir les États-Unis prendre le contrôle de la bande de Gaza et relocaliser les Palestiniens ailleurs.
« Les Égyptiens ont présenté un plan et les Saoudiens ont rédigé un livre blanc », a poursuivi Witkoff, qui semble être la première personne à avoir officiellement mentionné l’existence d’un plan saoudien distinct pour Gaza.
La proposition égyptienne s’opposait à l’appel de Trump à la relocalisation des Gazaouis, envisageant plutôt que les Palestiniens puissent rester dans l’enclave pendant sa reconstruction et que cette dernière puisse être gérée par une commission temporaire de technocrates palestiniens qui remettrait le contrôle de la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne (AP) après six mois.
Bien qu’il y fasse allusion, le plan n’abordait pas explicitement le sujet de la démilitarisation du Hamas, et la réponse de Washington a donc été pour le moins mitigée.
Wiktoff n’a fait aucune mention du plan d’Israël pour Gaza, mais il a insisté sur le fait que « ce que nous allons faire avec Gaza deviendra beaucoup plus explicite au cours des six à douze prochains mois ».
L’absence de plan israélien pour la gestion de Gaza après la guerre a longtemps exposé Netanyahu à la critique. Dès les premières semaines de la guerre, l’administration américaine précédente avait exhorté le Premier ministre à élaborer un plan pour la gestion de Gaza après la guerre, arguant que l’incapacité à proposer une alternative viable au Hamas conduirait Tsahal à s’enliser indéfiniment dans la bande de Gaza.
Netanyahu a repoussé ces appels en faisant valoir qu’une telle planification était vaine tant que le Hamas était toujours en place. Des mois plus tard, il a déclaré que son gouvernement travaillait sur des plans visant à arracher le contrôle de l’aide humanitaire au Hamas, mais que ces projets n’avaient pas encore été mis en œuvre.
Finalement, après que Trump a annoncé sa proposition de prise de contrôle de Gaza, Netanyahu l’a rapidement adoptée comme nouveau plan d’Israël pour le « jour d’après » à Gaza. Cependant, malgré les discussions entamées par Jérusalem avec l’administration Trump pour identifier les pays qui accepteront des Gazaouis, aucun volontaire ne s’est manifesté.
Carlson a noté vendredi que malgré les victoires militaires croissantes que Jérusalem a remportées au cours de l’année écoulée, les Israéliens avec lesquels il s’entretient donnent toujours l’impression d’être menacés.
« Je ne pense pas que quiconque ait le sentiment que l’on puisse simplement éliminer le Hamas. C’est une idée… [mais] nous ne pouvons tout simplement pas revivre un 7 octobre. Le 7 octobre a été comme le 11 septembre aux États-Unis »
« Certains se demandent : ‘Quand ces violences prendront-elles fin ? À quel moment en aurons-nous assez ?’ Telle est la question », a répondu Witkoff.
« Je ne pense pas que quiconque pense qu’on puisse simplement éliminer le Hamas. C’est une idée… [mais] nous ne pouvons tout simplement pas revivre un 7 octobre. Le 7 octobre a été comme le 11 septembre aux États-Unis. »
La signification de « deux États »
Witkoff a fait valoir que la clé pour relancer les Accords d’Abraham, les accords de normalisation entre Israël et ses voisins arabes, est la « stabilité à Gaza ».
« La stabilité à Gaza pourrait signifier que certaines personnes reviennent, ou au contraire ne reviennent pas », a-t-il expliqué à propos des Palestiniens.
Alors que Trump avait initialement déclaré que toute la population de Gaza serait déplacée de façon permanente, il a précisé au début du mois qu’aucun Palestinien ne serait expulsé de force.
« Nous allons essayer de définir différents plans de développement pour Gaza. Ils pourraient inclure les mots [solution] à deux États. [Ils] pourraient ne pas l’inclure », a révélé Witkoff.
« J’utilise ces mots, [et] je pourrais être attaqué pour cela. Pour moi, ce n’est qu’un mot. Ce que ‘deux États’ signifient pour moi, c’est comment pouvons-nous offrir une meilleure qualité de vie aux Palestiniens qui vivent à Gaza ? », a-t-il expliqué.
« Mais il ne s’agit pas seulement de logement. Ce pourrait être l’arrivée de l’intelligence artificielle. Ce pourrait être l’implantation de centres de données à très grande échelle dans cette région… Ce pourrait être l’arrivée de la blockchain et de la robotique. Ce pourrait être l’implantation de l’industrie pharmaceutique », a poursuivi Witkoff.
« Nous avons besoin de vraies élections à Gaza… Nous avons besoin d’une véritable force de sécurité là-bas… Si Israël pense qu’ils vont avoir un problème à Gaza parce que le Hamas y restera à long-terme, cela ne finira jamais »
« Nous ne pouvons pas reconstruire Gaza [pour qu’elle redevienne] un système basé sur l’assistanat social. »
« Nous avons besoin de vraies élections à Gaza… Nous avons besoin d’une véritable force de sécurité là-bas… Si les Israéliens pensent qu’ils vont avoir un problème à Gaza parce que le Hamas y restera à long-terme, cela ne finira jamais », a-t-il souligné.
Un risque de contagion régionale
Outre ses aspirations pour Gaza, il s’est également inquiété de la déstabilisation régionale si la guerre venait à se prolonger.
« Le roi Abdallah de Jordanie a fait un travail remarquable pour trouver comment gérer cette instabilité, mais à certains égards, il a eu de la chance », a déclaré Witkoff.
Il a averti que le récent recul des groupes mandataires iraniens en Syrie et au Liban « pourrait être inversé si nous perdions l’Égypte ».
Faisant référence au taux de chômage élevé des jeunes Égyptiens, Witkoff a souligné « qu’un pays ne peut pas exister ainsi. Ils sont en grande partie fauchés. Ils ont besoin de beaucoup d’aide ».
Il est à noter que l’envoyé de Trump n’a fait aucune mention du rôle de l’Égypte dans la médiation entre Israël et le Hamas – comme cela avait été le cas par le passé – se concentrant uniquement sur le Qatar.
Les préoccupations s’étendent même où « les gens s’inquiètent de la jeunesse de la population et de la façon dont elle perçoit [la guerre de Gaza], c’est pourquoi nous devons résoudre la question de Gaza », a-t-il fait valoir.
« Si nous résolvons la question de Gaza… alors l’Arabie saoudite pourra aller vers la normalisation », a estimé Wiktoff.
Cependant, Ryad a insisté à plusieurs reprises sur le fait qu’elle ne normalisera pas ses relations avec Israël tant que Jérusalem n’acceptera pas une voie fiable et irréversible vers la création d’un État palestinien, ce que Netanyahu rejette fermement.
Malgré tout, Witkoff a déclaré : « Nous allons annoncer l’adhésion de plusieurs nouveaux pays »; il a également affirmé que le Liban et la Syrie étaient des candidats potentiels.
« Les gens changent. À 55 ans, vous êtes complètement différent de ce que vous étiez à 35 ans… Je suis une personne différente aujourd’hui à 68 ans. Alors peut-être que Jolani en Syrie est un autre homme »
« Tout porte à croire que Jolani est une personne différente de ce qu’il était autrefois », a-t-il soutenu, faisant référence au chef par intérim de la Syrie, Ahmed al-Sharaa, par son nom de guerre lorsqu’il était haut responsable d’Al-Qaïda.
« Les gens changent. À 55 ans, vous êtes complètement différent de ce que vous étiez à 35 ans… Je suis une personne différente aujourd’hui à 68 ans », a déclaré Witkoff.
« Alors peut-être que Jolani en Syrie est un autre homme. Ils ont chassé l’Iran. »
Quant à la Turquie, actuellement secouée par des troubles suite à l’arrestation par le régime du maire d’Istanbul, un rival de premier plan du président Recep Tayyip Erdogan, Witkoff s’est montré tout aussi optimiste.
Trump « a eu une excellente conversation avec Erdogan il y a quelques jours – vraiment porteuse de changement », a-t-il poursuivi.
« Il y a eu beaucoup de nouvelles positives en provenance de Turquie en ce moment, suite à cette conversation. Vous le verrez dans les médias dans les prochains jours. »
Plaidoyer pour le Qatar
Witkoff a également eu l’occasion de répondre aux critiques concernant ses relations chaleureuses avec le Qatar, qui ont commencé avant qu’il n’entre dans l’administration Trump alors qu’il était investisseur immobilier.
Le Qatar a été accusé de soutenir le Hamas et d’autres factions extrémistes dans la région. Doha a rétorqué que l’accueil de responsables du Hamas avait été demandé par Israël et les États-Unis. Jérusalem et Washington ont également exhorté le royaume du Golfe à acheminer de grandes quantités d’aide à Gaza, ce qui fait l’objet d’un regain d’attention depuis le 7 octobre, les critiques affirmant que cela a permis au Hamas d’accumuler son arsenal militaire.
« Les Qataris… sont des gens bons et honnêtes… C’est une nation musulmane. Par le passé, ils avaient des opinions un peu plus radicales du point de vue de l’islamisme qu’aujourd’hui, mais ils… se sont beaucoup modérés. Il ne fait aucun doute qu’ils sont un allié des États-Unis. Ils financent tout, [et] ils ne demandent pas grand-chose »
« Les Qataris… sont critiqués pour leur manque de motivation. C’est absurde. Ils sont très motivés », a déclaré Witkoff, en usant du même terme que celui utilisé pour caractériser les dirigeants israéliens.
« Ce sont des gens bons et honnêtes. Ce qu’ils veulent, c’est une médiation efficace [et] qui permette d’atteindre l’objectif de la paix… Parce que c’est une petite nation, et qu’ils veulent être reconnus comme des artisans de la paix », a-t-il affirmé. « S’ils poursuivaient un autre objectif, ce serait acceptable, tant que nous ne travaillons pas à l’aveuglette. »
Il a qualifié « d’absurde » la critique selon laquelle les Qataris agiraient en tant qu’agents de l’Iran.
« C’est une nation musulmane. Par le passé, leurs opinions étaient un peu plus radicales qu’aujourd’hui du point de vue de l’islamisme, mais [le Qatar] s’est beaucoup modéré. Il ne fait aucun doute qu’ils sont un allié des États-Unis », a-t-il déclaré, soulignant la base militaire américaine que Doha accueille.
« Ils financent tout, [et] ils ne demandent pas grand-chose. »
Witkoff a indiqué qu’il avait d’abord été critiqué pour être un « sympathisant pro-Qatar ».
« Ils sont un médiateur… Pas différents des Suisses et des Norvégiens. Ils ont joué le rôle de médiateur en Russie. Ils ont joué le rôle de médiateur en Afghanistan… Ils sont doués pour ça », a-t-il poursuivi.
« Si je ne collabore pas avec le médiateur, je suis voué à être inefficace. »
Intimider les parties
Carlson a interrogé Witkoff sur les informations – notamment parues dans le Times of Israel – selon lesquelles il aurait réussi à influencer davantage Netanyahu lors d’une réunion fatidique en janvier que Biden ne l’avait fait lors d’innombrables interactions visant à mettre un terme à la guerre.
« Le président Trump prépare le terrain. Tout ce truc de ‘la paix par la force’, ce n’est pas qu’un slogan. Ça marche vraiment. Quand il vous envoie au Moyen-Orient, les gens sont déjà un peu intimidés avant même que vous n’arriviez », a estimé Witkoff.
Il a déclaré qu’Israël, le Hamas et le Qatar ne voulaient pas défier Trump en refusant d’accepter le cessez-le-feu. « C’était la personnalité globale du président, et le fait de faire savoir à tout le monde que le succès n’était pas une option. Il fallait que ce soit le cas. »
« Il paraît que vous êtes arrivé et que vous juste avez dit : ‘Voilà ce que nous faisons. Voilà ce que veut le président’ », a lancé Carlson.
« Eh bien, c’est ce que [Trump] aurait fait. Alors c’est ce que j’ai fait », a répondu Witkoff en souriant.
Que contenait la lettre de Trump adressée à Ali Khamenei ?
Clôturant l’entretien sur l’Iran, Witkoff a soutenu qu’une résolution diplomatique des tensions croissantes entre les États-Unis et la République islamique était possible.
Il a révélé le message général contenu dans la lettre que Trump a envoyée au guide suprême iranien Ali Khamenei au début du mois.
« En gros, la lettre disait : ‘Je suis un président de la paix. C’est ce que je veux. Il n’y a aucune raison pour que nous agissions militairement. Nous devons discuter. Nous devons dissiper les malentendus. Nous devons créer un programme de vérification afin que personne ne s’inquiète de la militarisation de votre matériel nucléaire, et j’aimerais que nous en arrivions là, car l’alternative n’est pas très bonne’ », a déclaré Witkoff.
Il a indiqué que Téhéran avait depuis répondu aux États-Unis par l’intermédiaire de tiers, sans entrer dans les détails.
« Le président… ne veut pas entrer en guerre, et il aura recours à l’action militaire pour empêcher une guerre. Ce n’est que dans ce cas qu’il aura réellement recours à l’action militaire. Dans ce cas précis, espérons que cela ne sera pas nécessaire », a ajouté Witkoff, exprimant son espoir que lui-même ou un autre assistant de Trump puisse se rendre à Téhéran pour des pourparlers visant à apaiser les tensions.
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