Anna Baltzer, l’organisatrice, d’origine juive, de la campagne américaine pour mettre fin à l’occupation israélienne, a écrit un blog qui à bien des égards illustre l’attirance de l’Amérique centrale pour le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

Sa publication enthousiaste ponctuée de points d’exclamation est illustrée avec une image d’un ciel bleu rempli de nuages ​​blancs accompagnés des mots suivants dessus : « imaginez votre ville israélienne sans occupation et libre ». Dans le post, Baltzer fait la promotion d’un appel lancé en février « Municipal Boycott & Divestment Campaigns Webinar » et fournit un lien vers une liste de 150 victoires du BDS qui « inspirent » sur les campus, dans les églises et dans les salles de cinéma près de chez vous.

« Ces vaillants efforts ont inspiré les militants dans tout le pays pour mener des campagnes similaires dans leurs villes aujourd’hui – et vous pourriez aussi le faire ! », a écrit Baltzer, une « petite-fille de réfugiés de l’Holocauste », qui est controversée. Elle est également une conférencière populaire et une militante BDS dans les campus universitaires.

« Le mouvement pour les droits des Palestiniens devient plus créatif et dynamique chaque jour, ce qui entraîne tant de succès qu’il peut être difficile de tous les suivre ! », a écrit Baltzer.

Pour de nombreux partisans pro-israéliens, Baltzer est une tempête parfaite, une pro des médias sociaux – son profil Twitter est rempli de hashtag, faisant référence, entre autres à #Ferguson, à la #Palestine, #blacklivesmatter et #bds – qu’elle combine avec sa crédibilité juive.

Elle est considérée comme une voix « raisonnable » de la promotion du BDS et tellement conventionnelle qu’elle est apparue dans les arènes populaires comme le « Daily Show with Jon Stewart », qui était à une époque le programme d’ « information » populaire auprès des jeunes Américains.

 Le Général Yossi Kuperwasser, le directeur du projet pour le développement régional au Moyen-Orient au Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques, qui prend la parole à la Conférence des présidents à Jérusalem, le 15 février 2016 (Crédit : Tamir Hayoun)

Le Général Yossi Kuperwasser, le directeur du projet pour le développement régional au Moyen-Orient au Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques, qui prend la parole à la Conférence des présidents à Jérusalem, le 15 février 2016 (Crédit : Tamir Hayoun)

Lors d’une séance à la conférence annuelle des présidents des principales organisations juives à Jérusalem lundi, le Général Yossi Kuperwasser a pesté contre les nouvelles méthodes « sophistiquées » utilisées par ceux qui sont déterminés à faire disparaître le sionisme, en disant que, depuis que le Dôme de fer a neutralisé leurs tirs de roquettes, ils se sont tournés vers l’arène mondiale pour pousser le BDS.

Dans son bref exposé au pannel sur « L’antisémitisme, le BDS et les réponses », Kuperwasser a déclaré que le BDS est « antisémite » et une « campagne de la terreur douce » dont l’objectif déclaré est de parvenir à la fin de l’Etat juif.

Établissant une comparaison entre le BDS et la vague actuelle d’attaques au couteau et à la voiture bélier, a expliqué Kuperwasser : « Vous devez comprendre ce à quoi nous faisons face… la connexion entre les couteaux et le BDS ».

« Les coups de couteau ne sont pas une ‘résistance populaire’, c’est du terrorisme. Tout comme le BDS est du terrorisme », a-t-il poursuivi. « Le BDS est antisémite ; c’est une forme d’antisémitisme – ils nient le droit aux Juifs à l’autodétermination. Nous pouvons être la proie de leurs méthodes sophistiquées quand ils essaient de cacher leurs objectifs », a déclaré Kuperwaser.

Il a montré plusieurs exemples tirés de la télévision palestinienne dans laquelle les enfants chantent joyeusement, « Quand nous mourons comme des martyrs, nous irons au ciel. Quel sens y a-t-il à l’enfance sans la Palestine ? ».

« Chaque enfant palestinien connaît cette chanson [qui stipule] que tout le monde a une façon de remplir leur mission pour amener la disparition du sionisme », a déclaré Kuperwasser. « Le BDS est simplement une expression de cette bataille ».

Une situation ‘gagante-gagnate s’est installée car presque tous les jours, les médias abordent les propositions des BDS présentées par des militants pro-palestiniens – et les contre-mesures législatives.

Plus tôt cette semaine, le Conseil de Paris a adopté deux voeux qui condamnent les tentatives de boycott d’Israël, tandis que le Royaume-Uni a annoncé une nouvelle réglementation mardi pour permettre au gouvernement de poursuivre les universités, les collectivités locales, les conseils et les syndicats d’étudiants qui soutiennent le BDS, qui a été critiquée par la gauche, y compris par le chef de l’opposition Jeremy Corbyn et les militants pro-palestiniens.

Kuperwasser, aujourd’hui directeur des développements régionaux au Moyen-Orient au Jerusalem Center for Public Affairs, a expliqué que quand elles réussissent, les initiatives pro-BDS sont efficaces en grande partie à cause de la désorganisation de la communauté juive pour les combattre.

Le président américain Barack Obama, le 13 février 2016 (Crédit : AFP / Mandel Ngan)

Le président américain Barack Obama, le 13 février 2016 (Crédit : AFP / Mandel Ngan)

La prolifération des initiatives BDS est facilitée par la complaisance des Juifs et de leurs partisans à laquelle il faut ajouter d’une grande incertitude quant à savoir si elles devraient défendre un Israël avec qui ils ne sont pas toujours d’accord.

Par exemple, la question de savoir s’il est légitime d’interdire les produits de la Cisjordanie mais pas d’Israël a proprement dit, est un sujet de discorde parmi les Juifs américains.

Ils peuvent prendre exemple sur leur chef : comme il a été signalé la semaine dernière, la Maison Blanche a annoncé que le président Barack Obama allait signer un projet de loi sur les relations commerciales – en dépit d’une disposition combinant Israël et « les territoires sous contrôle israélien ».

Ce projet de loi est sans doute un énorme échec pour le BDS. Selon un reportage du Times of Israel, dans les 180 jours après que le projet aura pris la force de loi, l’administration américaine devra faire un rapport au Congrès sur les activités mondiales du BDS, y compris la participation d’entreprises étrangères dans les boycotts politiques de l’Etat juif.

Cela comprend également un certain nombre de protections juridiques pour les entreprises américaines qui opèrent en Israël et aux États-Unis et indique explicitement aux représentants commerciaux de décourager les pays membres de l’Union européenne de s’engager dans des efforts de boycott d’Israël.

Et ainsi on peut se demander, avec toute cette opposition venant d’en haut, est-ce que le BDS est un outil économique efficace ?

Le Général Michael Herzog, chercheur à l'Institut de planification de la politique juive à la Conférence des présidents à Jérusalem, le 15 février 2016 (Crédit : Tamir Hayoun)

Le Général Michael Herzog, chercheur à l’Institut de planification de la politique juive à la Conférence des présidents à Jérusalem, le 15 février 2016 (Crédit : Tamir Hayoun)

Lors du pannel de lundi, le général Michael Herzog a expliqué que quand on regarde les choses d’un point de vue macro-économique, l’impact est marginal. Herzog, un chercheur au Jewish People Policy Planning Institute , a ajouté que cependant il est très efficace car il « empoisonne l’atmosphère ».

« Le mot ‘sionisme’ est maintenant tellement lourd de sens que les gens veulent garder leur distance avec lui », a déclaré Herzog. Il a ajouté qu’après 10 ans d’existence du mouvement BDS, il voit les prémices d’un « changement de cap » dans les efforts pour contrer le BDS, notamment au niveau de nombreux groupes de réflexion et des ONG ainsi qu’au niveau du nouveau ministère du gouvernement israélien pour les Affaires stratégiques qui est chargé de la lutte contre le BDS.

Herzog a appelé à une « grande tente » d’instance dédiées à la lutte, y compris ceux qui sont affiliés à la gauche.

Un effort pour attirer des universitaires libéraux dans la lutte contre le BDS a été rapporté par le site Walla cette semaine. Selon l’article, des universitaires américains, y compris ceux qui sont ouvertement critiques envers Israël comme le professeur en journalisme de l’université de Columbia, Todd Gitlin, recevront un poste honorifique d’une université israélienne, et permettra ainsi de fait, de vaincre un boycott universitaire. Les autres noms cités comprennent le Prof. Steven Zipperstein de l’université de Stanford, la Prof. Michele Rivkin-Fish de l’université de Caroline du Nord et le Dr Phillip Mendes.

Où est la « ligne dans le sable » ?

Au panel de lundi, les participants ont souligné que la critique d’Israël est la bienvenue.

Cependant, Herzog a expliqué qu’il doit y avoir « une ligne dans le sable » – comprendre qu’Israël « a le droit d’exister et à l’auto-détermination comme l’Etat national du peuple juif dans sa patrie ancestrale ».

Ceux qui appellent à la délégitimation d’Israël sont évidemment en dehors de la tente, et, selon Herzog, sont antisémites. « Appelons un chat un chat », a-t-il clamé, en disant que ces organisations devraient être exposées et sont « honteuses ».

Ido Daniel, directeur du programme national de l'ISCA - des étudiants israéliens qui luttent contre l'antisémitisme au sein de l'Union nationale des étudiants israéliens (NUIS) lors de la Conférence des présidents à Jérusalem, le 16 février 2016 (Crédit : Tamir Hayoun)

Ido Daniel, directeur du programme national de l’ISCA – des étudiants israéliens qui luttent contre l’antisémitisme au sein de l’Union nationale des étudiants israéliens (NUIS) lors de la Conférence des présidents à Jérusalem, le 16 février 2016 (Crédit : Tamir Hayoun)

Ido Daniel, qui est à la tête des étudiants israéliens qui luttent contre l’antisémitisme dans l’organisation Union nationale des étudiants israéliens, a précisé qu’ « une fois que vous soutenez le BDS, vous n’êtes pas avec nous ». Il a qualifié la tactique du boycott qui cible les produits des implantations de « stratégie pour combler l’écart » utilisée par des groupes comme Jewish Voice for Peace (JVP).

Daniel a qualifié le JVP d’ « organisation antisémite » qui « empoisonne les cœurs et les esprits chaque jour ».

« Ils ne sont pas pour la paix et la justice. Jewish Voice for Peace est de la haine pure… Ils se jouent de vous, ne vous tournez pas vers eux », a déclaré Daniel.

Un autre intervenant, Akiva Tor, le chef du bureau des Affaires mondiales juives et des religions du monde au ministère des Affaires étrangères, a mis en garde contre l’utilisation de l’étiquette antisémite.

Tor, qui travaille avec une équipe qui est sur le terrain dans les communautés juives pour combattre les propositions du BDS, comme celles proposées par les églises presbytériennes et méthodistes, a déclaré : « souvent, les gens n’ont pas conscience qu’ils sont antisémites… Les presbytériens ne comprennent pas que leur comportement est antisémite, même s’ils le sont ».

Le ministère israélien des Affaires étrangères pousse les pays européens à adopter une définition juridique de l’antisémitisme sur la base de celle du Département d’Etat américain, qui comprend une clause stipulant que « nier au peuple juif le droit à l’auto-détermination, et nier à Israël le droit d’exister » est de l’antisémistisme.

Pas de ‘centre de gravité’

Avec autant de personnes sur le ring, est ce que la lutte contre le BDS n’a pas de « centre de gravité » comme Herzog l’a suggéré ?

« Aujourd’hui, il y a trop d’organismes de lutte » et il « manque une stratégie cohérente avec un budget », a déclaré Herzog.

Le ministre des Affaires stratégiques Gilad Erdan à la cérémonie d'assermentation des nouveaux agents de police au ministère de la Sécurité intérieur à jérusalem le 11 janvier 2016 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le ministre des Affaires stratégiques Gilad Erdan à la cérémonie d’assermentation des nouveaux agents de police au ministère de la Sécurité intérieur à jérusalem le 11 janvier 2016 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

On pourrait supposer que la « stratégie budgetaire » vient en la personne du ministre des Affaires stratégiques Gilad Erdan, qui a également pris la parole à la Conférence des présidents lundi à propos de la lutte contre le BDS.

« Aussi bien le BDS et ce que certains appellent les attaques de ‘loups solitaires’ proviennent de la même branche : la délégitimation d’Israël et le refus du peuple juif d’avoir un Etat », a-t-il débuté, faisant écho aux déclarations des panélistes.

Au cours de son discours, Erdan a relevé le programme de la Conférence des présidents, y compris son « initiative de la guerre juridique » – qui comprend un lobbying pro-actif des organisations et des Etats pour adopter une définition large de l’anti-israélisme comme étant de l’antisémitisme – et le contenu de From the Grapevine, un site rempli de matériaux parfois obscurément pro-Israël.

Le site vise les jeunes et est dirigé par reThink Israël, une ONG fondée par un expert en marketing commercial, Gerald Ostrov, l’ancien PDG de Bausch and Lomb.

Adoptant une approche de commercialisation pragmatique, un Ostrov enthousiaste a déclaré que si l’apathie règne dans les campus universitaires, les étudiants doivent être émus dans leurs cœurs et non pas dans leurs têtes. Et de quoi les étudiants se soucient-ils ? La nourriture, la nature, les arts, l’innovation, les célébrités, selon les analystes du marché d’Ostrov. (Ses analystes ont également souligné un lectorat très répandu alors que les actions directes rapportées sur un échantillonnage aléatoire des articles du site ne démontrent pas une grande popularité.)

Gerald M. Ostrov, le PDG de ReThink Israël (Crédit : Tamir Hayoun)

Gerald M. Ostrov, le PDG de ReThink Israël (Crédit : Tamir Hayoun)

À une époque où non seulement le sionisme mais également Israël lui-même est un mot lourd de sens, Ostrov, et apparemment la Conférence des présidents, couvrent leurs paris en rabaissant la nation par des articles bien illustrés avec des liens tangibles à de «  Games Of Throne ».

Mais c’est aussi une stratégie.

Lors d’un entretien avec le Times of Israel après le panel de lundi, Ostrov a plaisanté en disant qu’il avait dit au Premier ministre Benjamin Netanyahu que la meilleure chose qu’il pouvait faire pour aider à la réussite de Grapevine était de rester à l’écart. Comme l’a dit Ostrov, le site ne vise pas à être un véhicule pour les étudiants qui deviendront des défenseurs automatiques d’Israël.

L’idée est que ces articles potentiellement viraux puissent servir de manière apolitique de passerelle non menaçante pour changer une atmosphère de plus en plus empoisonnée par le BDS.

Leur but est d’aider les élèves à « au moins ne pas haïr Israël », a déclaré Ostrov. « Ce n’est pas la réponse mais un point de départ », a-t-il conclu.