15 ans après l’incendie du Carmel, le budget de l’État pour la prévention reste insuffisant
Une commission de la Knesset évalue l’impact du manque de fonds sur le projet pilote de coupe-feu, l’approvisionnement en eau et les effectifs des services d’incendie
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

À l’occasion du 15ᵉ anniversaire de l’incendie le plus meurtrier de l’histoire d’Israël, une commission de la Knesset a indiqué mardi que les fonds publics, destinés à aménager des coupe-feu, à garantir un approvisionnement suffisant en eau pour lutter contre les incendies et à renforcer les effectifs des services d’incendie et de secours, restaient bloqués.
Seul un quart des coupe-feu prévus dans 20 zones à haut risque d’incendie, dans le cadre d’un projet pilote de cinq ans, a été achevé faute de financement. Aucun budget n’a été alloué à l’entretien essentiel de la végétation autour des coupe-feu déjà créés.
Le 2 décembre 2010, un incendie s’était déclaré près de la ville druze d’Isfiya, dans le nord du pays. Attisé par des vents chauds venus de l’est, il s’était propagé jusqu’à atteindre 35 mètres de hauteur en deux heures, ravageant la forêt du Carmel. Des milliers d’habitants avaient été évacués et 44 personnes avaient péri, pour la plupart des passagers d’un bus de l’administration pénitentiaire qui empruntait une route étroite et escarpée menant à la prison voisine de Damon.
À l’époque, déjà, les fonds destinés à la lutte contre les incendies faisaient défaut. Dans un rapport publié en 2012, le contrôleur général de l’État avait critiqué les ministres de l’Intérieur et des Finances de l’époque, Eli Yishai et Yuval Steinitz, pour s’être affrontés pendant des années au sujet du financement au lieu de résoudre le problème.
À ce jour, les règlements rédigés par les services d’incendie et de secours après la catastrophe du Carmel n’ont toujours pas été approuvés. Les ministères de l’Intérieur et des Finances refusent de les signer tant qu’un financement adéquat n’est pas garanti.
Il y a trois ans, la décision gouvernementale 1091 avait imposé la création d’une équipe conjointe de directeurs généraux chargée de « formuler et mettre en œuvre un plan national » visant à protéger les communautés et institutions publiques exposées aux risques d’incendie en établissant et en entretenant des zones tampons.
Une enveloppe de 65 millions de shekels avait été approuvée pour un programme pilote de cinq ans, prévu pour 2022-2026. Les sites devaient être sélectionnés parmi une liste de 583 villages et quartiers identifiés par les services d’incendie et de secours comme particulièrement exposés aux incendies de forêt.
Le projet pilote devait servir de base à un plan national de coupe-feu élaboré par le ministère de l’Intérieur, devenu depuis le ministère de la Sécurité nationale, dirigé par Itamar Ben Gvir.
Sur les 583 sites recensés, 81 avaient été classés à risque particulièrement élevé, et 20 retenus pour le projet pilote.
Or, l’an dernier, le gouvernement a réduit ce budget de 15 %, le faisant passer à 50 millions de shekels. Le Fonds pour les espaces ouverts de l’Autorité foncière israélienne, censé financer une partie du projet, n’a transféré aucun fonds.
Dans les faits, seules cinq des 20 zones tampons ont été mises en place, selon un rapport du Centre de recherche et d’information de la Knesset préparé pour la réunion de mardi de la commission de contrôle de l’État, à la demande du député Yorai Lahav-Hertzano.
Le rapport a souligné que le budget alloué était, dès le départ, irréaliste, un constat confirmé par plusieurs représentants des autorités locales et régionales intervenus lors de la réunion.
Dans la ville de Haïfa, au nord du pays, 12 millions de shekels avaient été alloués pour créer sept coupe-feu, c’est-à-dire des zones dépourvues de végétation ou d’autres matériaux combustibles destinées à ralentir ou stopper la propagation des incendies de forêt. Cependant, seuls cinq ont pu être aménagés, faute de moyens.
Dans la ville voisine de Nesher, 1,58 million de shekels ont été alloués à la création de deux coupe-feu, mais 800 000 shekels supplémentaires sont encore nécessaires pour terminer les travaux.
Un rapport du contrôleur de l’État publié en juillet a révélé que le plan national pluriannuel décrit dans la décision gouvernementale n’avait jamais été mis en œuvre. Aucun plan n’a par ailleurs été élaboré pour créer des coupe-feu dans les zones situées en dehors du projet pilote, bien qu’elles aient également été classées comme à haut risque.
Lors de la réunion de la commission de la Knesset mardi, Moti Ben David, maire de Maalot-Tarshiha, située à seulement 6,5 kilomètres de la frontière libanaise, a souligné que Haïfa n’était « qu’un point parmi tant d’autres en Israël qui nécessitent une attention particulière ».
Entourée de forêts, sa ville est exposée à un « danger énorme » de feux de forêt, a-t-il déclaré. « Pendant la guerre [de Gaza], nous avons fait appel à tous les organismes compétents pour nous conseiller. Nous avons simplement eu la chance qu’il n’y ait pas eu de catastrophe, car des roquettes sont tombées dans certaines de ces zones », a-t-il ajouté.
Danny Ivri, qui dirige l’Autorité régionale de Misgav, également dans le nord, a averti que si un incendie de forêt venait à se déclarer aujourd’hui, « non seulement les gros camions de pompiers ne pourraient pas accéder au site, mais ils n’auraient pas d’eau pour lutter contre les flammes. Nous avons besoin d’infrastructures hydrauliques ainsi que de coupe-feu ».
« Dans notre région, on recense 250 incendies par an, un chiffre qui est monté à 400 pendant la guerre », a-t-il poursuivi, ajoutant que son fils avait failli mourir en combattant l’un de ces incendies. Il a expliqué que la région compte des centaines de petites communautés, toutes entourées de forêts. « Nous avons un plan, nous savons ce que cela coûtera et, grâce aux bénévoles et aux collectes de fonds, nous y parviendrons. La question est de savoir quand », a-t-il déclaré.
Zafrir Shifman, responsable de la sécurité à l’Autorité régionale de Mateh Yehuda dans les collines de Jérusalem, sujettes aux incendies, a souligné la difficulté d’obliger les propriétaires fonciers privés à maintenir une végétation basse pour prévenir les incendies. Il a ajouté que les compagnies des eaux, tenues par la loi de fournir des bouches d’incendie, n’interviennent qu’à l’intérieur des limites municipales. Or, a-t-il expliqué, l’eau est plus cruciale que les coupe-feu pour lutter contre les incendies, car des étincelles peuvent jaillir à des centaines de mètres.
Plusieurs responsables municipaux ont insisté sur la nécessité d’augmenter les budgets consacrés à l’entretien des coupe-feu.
Natan Elbaz, directeur forestier du district nord de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, a évoqué le manque de personnel, affirmant que les coupe-feu ne suffiraient pas à contenir les incendies s’il n’y avait pas suffisamment de pompiers formés pour lutter contre les flammes.
Le commissaire aux forêts du ministère de l’Agriculture, Erez Barkae, a rappelé que les coupe-feu nécessitent une planification rigoureuse. « Il ne s’agit pas simplement de venir abattre des arbres », a-t-il déclaré. Il a ajouté que le manque d’experts du secteur privé compétents en matière de planification des coupe-feu, ainsi que la pénurie de bons entrepreneurs spécialisés dans le déboisement, contribuent à allonger les délais de mise en œuvre.
Rejetant l’idée selon laquelle seuls 20 sites seraient concernés, il a estimé que 20 % des terres gérées par le Fonds national juif (KKL-JNF) et par l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, ainsi qu’environ la moitié des terres relevant des autorités locales, disposent déjà de coupe-feu.
Miri Shmueli, directrice générale adjointe du ministère de la Sécurité nationale, a indiqué que les conclusions du projet pilote seraient prêtes dans deux mois.
Elle a également révélé que des négociations étaient en cours pour l’achat de deux hélicoptères Black Hawk destinés à la lutte contre les incendies. Selon Ronen Mechtaiev, commissaire adjoint des services d’incendie et de secours, ces hélicoptères changeraient la donne, car ils peuvent transporter davantage d’eau que les avions bombardiers d’eau.
Mechtaiev a enfin précisé que les travaux débutaient pour créer des coupe-feu autour des villes de Kesalon et Srigim, dans une zone des collines de Jérusalem ravagée par les incendies en mai.
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