Le kibboutz Holit, ravagé le 7-Octobre, se bat pour récolter des dons et se reconstruire
10 % des habitants de cette oasis en plein désert autrefois florissante ont été tués ; les grandes localités monopolisant l’attention, ce petit kibboutz peine à financer sa réhabilitation
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Une petite communauté frontalière de Gaza, toujours évacuée, doit mener un combat difficile pour obtenir des fonds de reconstruction après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, au cours duquel un dixième de ses habitants ont été assassinés.
Les quatre autres communautés toujours évacuées après deux ans de guerre – les kibboutzim Kissufim, Beeri, Kfar Aza et Nir Oz – sont au centre de l’attention publique en raison de leurs pertes considérables et du nombre d’otages qui y ont été enlevés.
Holit, un petit kibboutz isolé situé près des frontières sud de la bande de Gaza et de la péninsule du Sinaï, ne comptait que 150 habitants lorsque des dizaines de terroristes armés l’ont envahi et ont assassiné quinze de ses habitants.
Ainsi, au prorata par habitant, ce chiffre est comparable à celui du kibboutz Beeri, qui a perdu 102 habitants sur 1 000, soit un sur dix. Au total, quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont massacré plus de 1 200 personnes dans le sud d’Israël, pour la plupart des civils, et en ont enlevé et emporté de force 251 autres dans la bande de Gaza.
Comme ses voisins, Holit a également été le théâtre d’enlèvements.
Avital Aladjem a été prise en otage avec deux jeunes enfants dont la mère, Adi Vital-Kaploun, a été assassinée sous leurs yeux. Laissés seuls momentanément au cours d’une marche forcée vers Gaza, Aladjem et les deux orphelins sont parvenus à s’échapper et à regagner le kibboutz.
Quatre membres de la famille bédouine Ziyadne, originaire de la communauté du même nom, située près de Rahat, ont été enlevés à la laiterie de Holit, où travaillaient Youssef Ziyadne, 53 ans, et son fils Hamza, 22 ans. Aïsha et Bilal Ziyadne, alors âgés de 17 et 18 ans, ont été relâchés par le Hamas en novembre 2023, en même temps que les corps de deux travailleurs étrangers de Holit. Youssef et Hamza ont été tués au cours de leur captivité. L’armée israélienne a retrouvé leurs corps en janvier.
À Beeri, un kibboutz riche et prospère qui conserve l’ancien modèle coopératif, la construction de nouvelles maisons pour remplacer celles détruites le 7-Octobre se poursuit à un rythme soutenu, comme on peut le voir depuis la Route 232 qui passe à proximité. Un porte-parole du kibboutz a expliqué au Times of Israel qu’il n’était pas « approprié » de visiter le chantier avant le retour de tous les otages morts.
Deux otages sont toujours détenus à Gaza : Sudthisak Rinthalak, un ouvrier agricole thaïlandais, a été assassiné au kibboutz Beeri, et le sergent-chef Ran Gvili, de l’unité de patrouille spéciale Yasam de la police du district du Néguev, a été tué en combattant des terroristes du Hamas au kibboutz Alumim.
En revanche, à Holit, les premières fondations de dix nouvelles unités ne seront enfoncées dans le sol sablonneux qu’au cours des deux prochaines semaines ; la construction de quatre autres unités est actuellement retardée en raison de désaccords au sein des familles.
Une situation économique précaire
Holit a été fondé à son emplacement actuel en 1982, en même temps que le kibboutz Sufa situé à proximité.
Avec une grande partie de ses habitants travaillant dans l’éducation ou l’agriculture, la situation économique de ce kibboutz a toujours été précaire, dépendant presque entièrement de l’agriculture.
Il s’agit du premier kibboutz à avoir procédé à une évacuation volontaire le 7-Octobre, ses habitants s’installant dans un premier temps dans un hôtel du kibboutz Ein Gedi. Environ deux tiers d’entre eux ont ensuite trouvé refuge dans des logements temporaires au kibboutz Revivim, situé dans le sud, tandis que le tiers restant s’est installé à Rehovot. Quelques personnes se sont quant à elles dispersées ailleurs.
« La communauté n’était pas prête à parler de Holit, encore moins de reconstruction, avant d’avoir achevé le déménagement vers Revivim », a expliqué Aviad Bashari, membre du kibboutz et responsable de la liaison avec l’Autorité Tekuma, l’organisme public chargé de superviser la réhabilitation de la zone frontalière avec Gaza.
Tous les bâtiments publics de Holit ont été plus ou moins endommagés, tout comme la plupart des bâtiments résidentiels, a précisé Bashari.
Des travaux de réparation et de rénovation à différents niveaux sont en cours dans plus de 100 logements, qui abritent 73 ménages.
Parmi les maisons les plus durement touchées – dont plus de la moitié ont été incendiées par les terroristes du Hamas – quatorze ont été démolies.
En raison du manque d’irrigation, la plupart des terres de Holit, autrefois couvertes de pelouses, d’arbres et de plantes luxuriantes, sont redevenues désertiques.
Les zones nues indiquent les endroits où des bâtiments ont été démolis et où de nouveaux bâtiments doivent être construits.
« C’était une oasis dans le désert ici », a souligné Bashari.
« Les gens se préoccupaient davantage de l’aménagement paysager que de leurs maisons. »
Bashari a expliqué qu’il était souvent difficile d’amener les familles à venir visiter leur maison ou même à en parler après ce qu’elles avaient vécu le 7-Octobre.
« Il est déjà parfois compliqué pour les familles de se mettre d’accord sur le type de cuisine ou de sol, sans même tenir compte de ce qui s’est passé », a-t-il déclaré.
« Aujourd’hui, même si les fonds et le calendrier sont prêts, certaines personnes ont encore peur de revenir dans leur maison ou de faire leurs cartons pour préparer les réparations », a poursuivi Bashari.
Il est prévu que les habitants de Holit reviennent à partir de juillet.
« Le gouvernement nous presse [de reconstruire et de revenir]. Nous parlons à des gens que d’autres ont tenté de brûler vifs. Tout cela prend du temps. Comme nous ne nous sommes pas précipités pour revenir, nous avons le privilège de pouvoir le faire progressivement et avec tact », a expliqué Bashari.
Le kibboutz a entamé les travaux de reconstruction en faisant appel à des ingénieurs et à un géomètre pour évaluer les dégâts.
Le processus de participation communautaire a été lancé en janvier, avec l’aide d’un professionnel chargé des relations avec la communauté, financé par l’Autorité Tekuma.
Une série de consultations avec des particuliers, des kibboutzim et des tables rondes a abouti à l’approbation d’un programme à l’échelle du kibboutz en avril.
« Nous avons demandé à chaque résident ce qu’il ou elle considérait comme important, ce qui l’aiderait à rentrer chez lui et ce qui améliorerait sa vie à Holit », a expliqué Bashari.
« Les gens veulent une meilleure sécurité pour le kibboutz, pour les bâtiments publics et pour les maisons. Nous avons donc décidé d’équiper chaque maison d’une porte d’entrée blindée, de stores électriques et de portes résistantes aux balles pour le mamad [l’abri antiatomique]. Avant le 7-Octobre, le kibboutz était très ouvert et aucun des bâtiments publics n’était protégé. À partir de maintenant, ils seront protégés afin que les activités puissent se poursuivre en cas de détérioration de la situation sécuritaire. »
« Le deuxième point essentiel est l’éducation », poursuit Bashari.
« Les gens veulent que le bâtiment dédié à l’éducation informelle soit correctement protégé. Ils souhaitent également disposer d’un établissement préscolaire au sein du kibboutz. Auparavant, les parents hésitaient souvent à inscrire leurs enfants dans des structures situées en dehors du kibboutz, par crainte d’une attaque en provenance de Gaza. »
Un complexe dédié à l’éducation préscolaire, comprenant une crèche et un jardin d’enfants, est actuellement en cours de construction. La crèche a été conçue par les studios Zarta.
Lors de la visite de notre journaliste, des ouvriers s’affairaient dans le centre d’éducation informel et ajoutaient des espaces protégés aux anciennes « maisons des enfants », qui ont ensuite servi à accueillir les participants à un cours de formation pré-militaire.
Des finances gravement compromises
Incapable de poursuivre ses activités agricoles depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, le kibboutz est dans une situation financière très précaire.
« Nous avons entamé la reconstruction dans un contexte économique compliqué, aggravé par les dommages économiques causés par le 7-Octobre », a souligné Bashari.
« Nous sommes un petit kibboutz modeste, avec relativement peu d’habitants et peu de ressources de l’État. Nous avons toujours lutté pour survivre. En ce qui concerne l’agriculture, qui représentait 97 % de nos revenus, certaines années étaient bonnes, d’autres mauvaises. »
« Nous savions que des dizaines de millions de dollars seraient nécessaires, mais nous étions terrifiés à l’idée de dépenser de l’argent avant de l’avoir obtenu. Les responsables avec qui nous avons discuté comprenaient la nécessité du versement d’une avance, mais ne peuvent pas l’obtenir en suivant les procédures bureaucratiques », a-t-il déclaré.
En décembre 2024, l’Autorité Tekuma a approuvé un budget de 57 millions de shekels pour la reconstruction et a versé une avance. Une autre subvention gouvernementale unique de 16 millions de shekels a également été accordée au kibboutz pour financer des travaux de construction ou d’infrastructure.
Avec un déficit de 10 millions de shekels, Holit a sollicité des donateurs pour obtenir de l’aide afin de financer les travaux de sécurisation des bâtiments publics et des habitations.
« Les gens ont l’habitude de tout faire eux-mêmes. Ils sont fiers. L’une des choses les plus difficiles est de se retrouver dans une situation où l’on doit demander de l’aide. Mais un million de dollars supplémentaire pourrait faire des miracles », a souligné Bashari.
« Nous sommes petits. Les gens ne comprennent pas ce qui s’est passé ici. Les dons vont automatiquement aux kibboutzim dont les gens ont entendu parler, et je ne critique pas cela. Pour nous, il est plus difficile d’attirer ces fonds. Nous avons moins d’histoires à raconter, et les gens ici ne veulent pas être interviewés une fois de plus », a expliqué Nir Caspi, dont les beaux-parents, Roland et Ronit Sultan, ont été assassinés le 7-Octobre .
Interrogée sur le nombre de personnes qui reviendraient, Caspi a répondu : « Telle est la grande question. Contrairement à ce que je pensais, nous sommes toujours unis et nous cherchons un moyen de nous reconstruire. »
« Mais nous sommes encore sous le choc », a-t-elle ajouté.
« Tant que nous ne serons pas revenus et que nous n’aurons pas fait venir de nouvelles personnes, nous ne pourrons pas nous remettre complètement. »
Bashari reste optimiste.
L’État ayant décidé de doubler la population de la zone frontalière de Gaza pour atteindre 120 000 habitants d’ici le 7 octobre 2033, l’Autorité Tekuma offre à toutes les communautés des subventions pour construire de nouveaux bâtiments et répondre ainsi à la croissance démographique.
« Nous allons obtenir 14 millions de shekels pour financer ce qui, selon nos estimations avant la planification détaillée, devrait nous coûter 32 millions de shekels pour construire 28 nouveaux logements destinés à la vente et à la location », a indiqué Bashari.
Il espère que six autres logements déjà achevés dans un nouveau quartier de douze habitations, dont la construction s’est achevée peu avant le 7-Octobre, seront occupés d’ici l’été.
Pour améliorer le niveau de sécurité financière, Bashari a élaboré un plan stratégique avec Deloitte visant à accroître et à diversifier l’économie de Holit.
« Tout se passe comme prévu », a déclaré Bashari, soulignant l’intérêt manifesté par une usine pour s’installer à Holit, l’installation de panneaux solaires pour renforcer la sécurité énergétique et la création prévue d’un centre logistique pour desservir les entreprises extérieures.
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