Les dirigeants de Standing Together lancent le nouveau parti arabo-juif Makom Lekulanu
Un parti « véritablement égalitaire », dirigé par Rula Daood et Alon-Lee Green, co-directeurs d’une organisation de gauche militant pour une société solidaire et contre la guerre
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Rula Daood et Alon-Lee Green, les dirigeants du mouvement de gauche arabo-juif Standing Together, ont lancé mardi un nouveau parti politique arabo-juif baptisé Makom Lekulanu (« Un endroit pour tous ») en vue des prochaines élections nationales. Une formation qu’ils présentent comme « un nouvel espace politique dédié aux Juifs et aux Arabes qui œuvrent pour la paix, l’égalité, la justice sociale et la lutte contre la violence et la criminalité ».
À la tête de ce nouveau parti siègent les co-directeurs nationaux de Standing Together, qui ont décidé de prendre un congé du mouvement pour se consacrer pleinement à leur nouvelle fonction. Makom Lekulanu décrit Rula Daood comme la première femme palestinienne à diriger un parti national en Israël.
À l’occasion du lancement du parti à Nazareth, celle-ci a estimé que cette initiative représentait « notre dernière chance de sauver notre société ».
« On nous abandonne, on nous assassine, notre avenir part en fumée », a lancé Daood, dans un discours prononcé à la fois en arabe et en hébreu, avant d’ajouter que toute tentative visant à changer le gouvernement devait s’accompagner d’une vision positive.
Faisant référence au Premier ministre, au ministre de la Sécurité intérieure et au ministre des Finances, elle a poursuivi : « Non seulement nous participerons à la lutte pour détrôner Netanyahu, Ben Gvir et Smotrich, mais nous nous battrons également pour la paix entre Israéliens et Palestiniens, pour l’égalité nationale et civile, ainsi que pour la justice sociale. »
Green a expliqué au Times of Israel que le parti avait pour objectif de proposer un modèle de partenariat judéo-arabe, jusqu’ici largement absent de la politique israélienne.
« Il est temps d’instaurer un partenariat judéo-arabe véritablement égalitaire », a-t-il souligné. « Pour moi, cela ne signifie pas qu’un représentant arabe doive siéger dans un parti juif, ni qu’un représentant juif doive siéger dans un parti arabe. Le partenariat judéo-arabe peut trouver son expression au sein d’un même parti politique. »
גאה במנהיגים שלי שהחליטו להקים מפלגה משותפת ולרוץ לכנסת מתוך רצון להשפיע מבפנים, בראשות רולא דאוד ואלון לי גרין.
'لكلّنا مكان מקום לכולנו' באה להציע לא עוד מאותו דבר. ובאמת שלא זוכר מתי בפעם האחרונה קראתי אג'נדה כזאת. זה העתיד שמגיע לכולנו. שופו:https://t.co/JAek16Kz9W pic.twitter.com/er12ML45Qk
— Amin Amara أمين أماره (@Amin921125) June 16, 2026
Le parti à majorité arabe Hadash, qui se présente aux élections dans le cadre d’une alliance avec les partis arabes Taal et Balad, réserve sur sa liste un siège à un candidat juif ; de même, de nombreux partis à majorité juive, dont le parti de gauche Les Démocrates, conservent une place pour un candidat arabe. Le Likud, parti au pouvoir, dispose aussi d’un siège réservé, traditionnellement occupé par un député druze.
Ce nouveau parti annonce qu’il mettra l’accent sur différentes questions, notamment la lutte contre la violence et la criminalité – une préoccupation majeure au sein de la communauté arabe, frappée par une très forte vague de criminalité -, le coût de la vie et la crise du logement, ainsi que la promotion d’un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens.
On ignore encore si le parti organisera des primaires internes, ou comment seront sélectionnés les candidats de sa liste pour la Knesset. Green a simplement fait savoir au Times of Israel que les décisions seraient prises « démocratiquement ». Un porte-parole a précisé par la suite que la liste serait élaborée par un conseil élu, et que Daood et Green en occuperaient les deux premières places, même si leur ordre n’a pas encore été déterminé.
Parmi les autres candidats figurant sur la liste du nouveau parti, on trouve Sally Abed, conseillère municipale de Haïfa, le militant Itamar Avneri, Yonatan Zeigen, fils de Vivian Silver, une militante pour la paix tuée lors du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, et l’activiste Ghadir Hani.
Le porte-parole a tenu à préciser que le parti était totalement indépendant, tant sur le plan juridique que sur le plan financier, de Standing Together.
Dans un communiqué, le mouvement a indiqué qu’il « félicitait » les membres de l’organisation qui se présentaient aux élections, mais qu’il « demeurerait un mouvement populaire, sans affiliation politique, œuvrant au renforcement du partenariat judéo-arabe » et « luttant sur le terrain pour la paix, l’égalité et la justice sociale et environnementale ».
Fondé en 2015, Standing Together s’est imposé comme l’un des mouvements anti-guerre et en faveur d’une société solidaire les plus importants d’Israël après le 7-Octobre ; il affirme compter aujourd’hui plus de 7 000 membres cotisants. Le mouvement a essuyé les critiques de certains Israéliens juifs, qui l’accusent de trahison, et de certains Palestiniens, qui lui reprochent de normaliser le sionisme.
Ce lancement intervient alors que les partis opposés au gouvernement sont à la recherche d’alliances et d’autres arrangements politiques leur permettant d’optimiser leur nombre de sièges et de proposer une alternative viable après les élections, qui doivent se tenir avant le 27 octobre.
L’émergence d’un nouveau parti de centre-gauche soulève des questions quant à une nouvelle fragmentation du bloc anti-Netanyahu, particulièrement s’il parvient à rallier des électeurs qui, sans cela, accorderaient leur soutien au parti de gauche Les Démocrates ou au parti arabo-juif Hadash.
Les formations qui échouent à franchir le seuil électoral de 3,25 %, soit quatre sièges à la Knesset, voient leurs voix effectivement perdues. Pour cette raison, les petits partis se présentent parfois sous une liste commune, afin d’optimiser leurs voix et de s’assurer une entrée à la Knesset, avant de se scinder en factions distinctes une fois les élections passées.
Un porte-parole du parti a expliqué au Times of Israel que les sondages internes, réalisés avant le lancement de la campagne, donnaient au parti trois sièges à la Knesset, soit un de moins que les quatre nécessaires pour y entrer. Mais la campagne devrait, selon lui, élargir ce soutien, notamment auprès des femmes et des jeunes adultes de la communauté arabe en Israël, une communauté dans laquelle les sondages ont révélé « un niveau d’enthousiasme particulièrement fort ».
Lors du lancement, Green a assuré que le nouveau parti « soutiendrait les efforts visant à écarter Ben Gvir, Smotrich et Netanyahu du pouvoir », soulignant qu’il « mobiliserait les jeunes électeurs qui, en l’absence d’un parti judéo-arabe, ne se rendraient pas aux urnes ».
Plus de 1 000 personnes ont rejoint le parti ces dernières semaines, a-t-il fait savoir au Times of Israel, un chiffre qui, selon lui, devrait encore augmenter après le lancement.
Par ailleurs, le porte-parole a précisé que le parti était « ouvert à des partenariats et à des alliances avec quiconque partage nos valeurs et croit aux principes auxquels nous adhérons ».
Le parti, qui vise explicitement à détrôner le gouvernement, a en outre manifesté son intérêt pour rejoindre une nouvelle coalition au pouvoir. Selon son porte-parole, il est prêt à intégrer une coalition dirigée par l’un des deux principaux prétendants à la succession du Premier ministre Benjamin Netanyahu : l’ancien Premier ministre et chef de la liste commune BeYahad, Naftali Bennett, ou le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot.
On ignore toutefois encore si les partis d’opposition seraient favorables à l’intégration de Makom Lekulanu dans une coalition gouvernementale. Plusieurs leaders de l’opposition ont, en effet, exprimé leur réticence, voire rejeté catégoriquement, l’idée de s’appuyer sur des partis arabes pour former un nouvel exécutif.
Les sondages successifs montrent que, pour obtenir la majorité de 61 sièges nécessaire à la formation d’une coalition, le bloc d’opposition doit impérativement rallier au moins l’un des partis arabes.
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