Litige dans la copropriété d’un immeuble de NY autour de l’ascenseur de Shabbat
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Litige dans la copropriété d’un immeuble de NY autour de l’ascenseur de Shabbat

Les résidents religieux, qui ne manipulent pas l'électricité pendant 25 heures, sont contraints de rester chez eux ou d'engager quelqu'un pour appuyer sur les boutons à leur place

Les résidents juifs pratiquants de The Colony, une tour à Fort Lee, dans le New Jersey, poursuivent le conseil d'administration pour avoir interdit aux employés d'appuyer sur les boutons des ascenseurs pour ceux qui n'ont pas le droit de le faire pendant Shabbat. (Capture d'écran de Google Maps/ via JTA)
Les résidents juifs pratiquants de The Colony, une tour à Fort Lee, dans le New Jersey, poursuivent le conseil d'administration pour avoir interdit aux employés d'appuyer sur les boutons des ascenseurs pour ceux qui n'ont pas le droit de le faire pendant Shabbat. (Capture d'écran de Google Maps/ via JTA)

JTA — Lorsque Paul et Helaine Kurlansky ont emménagé pour la première fois à Fort Lee, dans le New Jersey, en 2019, ils étaient enthousiastes à l’idée d’accueillir leurs enfants et petits-enfants, qui vivaient dans une ville américaine voisine, pour le Shabbat et les fêtes.

Ils ont choisi The Colony, une tour résidentielle, en grande partie pour les aménagements réalisés pour les juifs observant le Shabbat comme eux, qui y vivaient. Les juifs orthodoxes n’actionnent pas les interrupteurs électriques pendant le Shabbat et les Kurlansky – il a 68 ans, elle 67 – vivent au 32e étage.

Le président du conseil syndical a dit au couple que le personnel de l’immeuble avait toujours appuyé sur les boutons de l’ascenseur pour les résidents observant le Shabbat et que les copropriétaires avaient récemment voté l’installation d’un ascenseur de Shabbat qui s’arrêterait automatiquement à chaque étage.

Donc quand le service d’ascenseur de Shabbat a été arrêté en juillet 2020 et que le personnel de l’immeuble a reçu l’ordre de ne pas appuyer sur les boutons d’ascenseur pour les résidents observant le Shabbat, le couple s’est retrouvé pratiquement bloqué pendant les 25 heures entre le vendredi et le samedi soir et les jours de fête.

« Nous avons acheté cet appartement avec l’idée que nous ne voulons vraiment pas déménager à nouveau », a déclaré Paul Kurlansky. « Et tout cela est parti en fumée. »

M. Kurlansky est l’un des nombreux résidents qui poursuivent en justice le président et d’autres membres du conseil d’administration de la copropriété, en alléguant que le conseil d’administration exerce une discrimination fondée sur la religion à l’encontre des résidents juifs comme eux. Le groupe a déposé une plainte devant un tribunal fédéral pour demander qu’il soit ordonné à l’immeuble de rétablir le service d’ascenseur de Shabbat.

Le conflit oppose certains résidents juifs de l’immeuble à d’autres résidents juifs et non juifs, transformant The Colony en un champ de bataille sur les facilités religieuses dans les espaces publics partagés.

« Franchement, les gens devraient être mieux informés de nos jours », a déclaré Yehudah Buchweitz, un avocat qui fait partie de l’équipe de Weil, Gotshal & Manges LLP représentant gratuitement les résidents observant le Shabbat.

The Colony n’a pas toujours été le genre d’endroit où les conflits entre copropriétaires se manifestaient par des courriers haineux et des insultes dans les couloirs. Pendant des années, les résidents juifs orthodoxes de l’immeuble disent avoir vécu confortablement en bonne intelligence avec leurs voisins, tout comme les juifs orthodoxes des autres tours du quartier – un quartier de grands immeubles résidentiels faisant face à Manhattan de l’autre côté du fleuve Hudson. Une synagogue orthodoxe, la Young Israel of Fort Lee, est située à quelques rues de là, ce qui rend le quartier attrayant pour les familles orthodoxes, et en particulier pour les retraités.

Avant l’installation de l’ascenseur de Shabbat, le personnel de l’immeuble appuyait volontiers sur les boutons de l’ascenseur pour les résidents.

Illustration : une vidéo promotionnelle israélienne humoristique mettant en scène un ascenseur de Shabbat. La légende indique : « Plus que sept étages à parcourir ». (Capture d’écran YouTube)

Lorsque le conseil d’administration a décidé de remplacer les ascenseurs, Marty Epstein, un résident qui y vit depuis 16 ans, a formé un comité avec d’autres personnes qui respectent le Shabbat dans l’immeuble pour faire pression en faveur de l’utilisation du réglage du Shabbat.

En mai 2019, le conseil d’administration a soumis la question au vote des copropriétaires, qui ont approuvé le mode Shabbat. La mise en service a commencé en septembre de la même année, fonctionnant pendant neuf heures chaque Shabbat autour des heures où les résidents se rendaient à la synagogue et en revenaient.

Mais lors d’une réunion en janvier 2020, Moe Marshall, le président du conseil d’administration, et un autre membre du conseil ont déclaré que l’ascenseur de Shabbat entraînait une usure supplémentaire des portes de l’ascenseur de l’immeuble, selon l’action en justice. Ce mois-là, le service a été réduit de neuf heures à cinq heures au cours de chaque Shabbat. Le 24 juillet 2020, les résidents ont reçu une lettre les informant que le mode Shabbat de l’ascenseur serait désactivé.

Et en septembre, quelques jours avant Rosh HaShana, un membre du personnel a dit à un résident que les employés avaient reçu l’ordre de ne pas appuyer sur les boutons d’ascenseur pour les résidents observant le Shabbat.

Tout au long des années pendant lesquelles l’ascenseur de Shabbat a fait l’objet de débats et de modifications, les résidents observant le Shabbat ont déclaré qu’ils ont subi des remarques acerbes, des courriers haineux et une vague menace de la part de la direction.

Dans la lettre annonçant l’arrêt du service d’ascenseur pour le Shabbat, le conseil d’administration fait allusion à la possibilité d’un procès coûteux intenté par les résidents observant le Shabbat.

« Par le passé, un petit groupe de copropriétaires a évoqué des poursuites potentielles contre le conseil d’administration et la direction lorsque l’option d’interrompre le service d’ascenseur pour le Shabbat a été mentionnée », écrit le conseil dans la lettre. « Nous espérons que les résidents ne voudront pas être partie prenante d’un procès injustifié qui entraînerait des frais de justice à la charge de tous les copropriétaires. »

Epstein, un plaignant dans le procès contre les membres du conseil, a déclaré qu’un autre résident lui a crié dessus dans le hall d’entrée le 7 avril, lui reprochant d’augmenter les frais de l’immeuble.

Dans le procès intenté par les résidents respectueux du Shabbat, plusieurs personnes ont accusé les membres du conseil d’administration de faire des commentaires désobligeants sur les Juifs.

Joan et Glenn Katz affirment dans leur plainte qu’en 2017, ils ont entendu Carol Lichtbraun, qui a rejoint le conseil d’administration en 2018, dire qu’elle ne voulait pas que « trop de ce types de juifs emménagent dans l’immeuble », en référence aux juifs orthodoxes.

Lors d’une réunion sur l’ascenseur de Shabbat début 2019, selon la plainte, Mordecai Appleton a entendu un autre résident faire un commentaire similaire : « Nous n’avons pas besoin de ce genre… Qu’ils aillent ailleurs ».

Les futurs résidents qui pourraient être intéressés par le complexe reçoivent un message clair : les juifs pratiquants ne sont pas les bienvenus.

Cette année, le 21 avril, Epstein a déclaré avoir reçu un courrier haineux le qualifiant « d’embarras et de déshonneur pour les Juifs ». Deux autres résidents ont reçu des lettres similaires.

En novembre, l’Anti-Defamation League (ADL) a envoyé une lettre au conseil d’administration dans laquelle elle qualifiait de « discriminatoire à première vue » sa politique consistant à empêcher le personnel d’appuyer sur les boutons d’ascenseur pour les observateurs du Shabbat.

« Les futurs résidents qui pourraient être intéressés par le complexe reçoivent un message clair : les juifs pratiquants ne sont pas les bienvenus », indique la lettre.

Les membres du conseil d’administration de la copropriété désignés comme accusés dans l’action en justice n’ont pas répondu aux messages téléphoniques demandant un commentaire. Un directeur adjoint de l’immeuble a également refusé de faire des commentaires. Ils avaient jusqu’au 19 juillet pour répondre à la plainte.

Pour l’instant, les résidents observant le Shabbat se contentent de le passer tranquillement chez eux ou d’engager une personne pour appuyer sur les boutons d’ascenseur à leur place afin de pouvoir aller à la synagogue le samedi matin.

Paul Kurlansky n’a toujours pas pu passer Shabbat avec ses petits-enfants, comme il l’espérait lorsqu’il a acheté son appartement en 2019.

« Tout ce que The Colony a à faire, c’est d’allumer un interrupteur », a déclaré Kurlansky, « et nous en aurons fini ».

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