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Séisme en Israël : faute de préparation menée par l’État, des bénévoles s’entraînent

« Combien le ministère des Finances donnerait-il pour revenir au 6 octobre 2023, avec les connaissances que nous avons aujourd'hui », interroge Elad Blumental ; Le pays accuse un retard important dans le renforcement des structures ; une ONG entraine les civils à fouiller les décombres

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Des bénévoles de OneDay de la vallée de Hefer, dans le centre d'Israël, pendant leur formation pour devenir secouristes d'urgence. (Avec l'aimable autorisation de OneDay)
Des bénévoles de OneDay de la vallée de Hefer, dans le centre d'Israël, pendant leur formation pour devenir secouristes d'urgence. (Avec l'aimable autorisation de OneDay)

Suite aux rapports successifs du contrôleur de l’État et aux auditions des commissions de la Knesset faisant état de l’impréparation d’Israël face aux inévitables tremblements de terre, un père de trois enfants de 38 ans originaire de Rishon Lezion a pris les choses en main.

Elad Blumental explique avoir toujours eu la phobie des tremblements de terre, mais après un séminaire sur les dangers qui guettent Israël, il y a de cela deux ans, il explique que ses « peurs passées ne sont rien en comparaison de celles qu'[il] devrait avoir ».

Des régions de l’est d’Israël et de la Cisjordanie se trouvent en effet à cheval sur la faille syro-africaine, une zone sismiquement active où les experts estiment qu’un séisme majeur se produit tous les 80 à 100 ans. La dernière secousse importante a frappé en 1927, en faisant 500 vicitmes.

Le bilan humain potentiel a toutefois considérablement augmenté, car la population — et sa densité — ont été multipliées par plus de onze ces cent dernières années.

« Je pense à tous les Israéliens tués depuis le 7-Octobre », confie Blumental en évoquant l’effroyable pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 et les presque trois années de guerre qui s’en sont suivies.

« Après un tremblement de terre, on parle de 7 000 morts, de 28 600 bâtiments effondrés ou gravement endommagés, et de 9 500 personnes piégées sous les décombres », explique-t-il en citant les chiffres du plan de l’Autorité nationale des urgences basé sur un scénario similaire au séisme de magnitude 7,8 qui a frappé la Turquie et la Syrie en février 2023.

Il y a dix ans, donc, Blumental a fondé l’ONG OneDay, laquelle propose du bénévolat social ponctuel. L’organisation dispense également des formations pour les équipes bénévoles de secours en cas de tremblement de terre.

Des personnes se tiennent au-dessus des décombres lors des opérations de secours suite au tremblement de terre de magnitude 7,8 qui a frappé la région frontalière de la Turquie et de la Syrie, à Hatay, en Turquie, le 12 février 2023. (BULENT KILIC/AFP)

« Il faudra des années et beaucoup d’argent pour renforcer les bâtiments », estime Blumental. En attendant, le fait de renforcer les services de secours locaux et civils est une solution rapide, bon marché et plus immédiate.

Lorsqu’un bâtiment s’effondre, les secouristes disposent de très peu de temps pour dégager les personne piégées sous les décombres — on parle de 24 heures, même s’il est parfois possible de secourir des personnes 72 heures plus tard, explique Blumental.

En cas de tremblement de terre de grande ampleur, les pompiers israéliens seraient accaparés par la gestion des matières dangereuses et des incendies, rappelle-t-il, et les équipes de secours du Commandement du Front intérieur ne pourraient gérer que quelques dizaines de bâtiments à la fois.

Compte tenu du manque criant de soldats de combat, il serait difficile de mobiliser davantage de réservistes, ajoute-t-il, et leur plein déploiement pourrait prendre des jours, en supposant que les routes soient praticables et que les soldats ne soient pas eux-mêmes piégés sous les décombres.

Elad Blumental, fondateur et PDG de OneDay (Adi Lamm)

Après avoir vu les ministères et le Commandement du Front intérieur, Blumental a découvert que les équipes de secours des autorités locales manquaient d’effectifs, n’étaient pas en bonne condition physique et ne s’entraînaient qu’une fois par an. Itzik Bar, le nouveau chef de l’Autorité nationale des urgences, a déclaré le mois dernier devant une commission de la Knesset que le dernier exercice national « tremblement de terre  » du Commandement du Front intérieur remontait à 2017.

Le Commandement du Front intérieur n’a pas souhaité faire de commentaires sur ses effectifs, invoquant des raisons de sécurité. Il a déclaré que le Collège national de la résilience et le Commandement du Front intérieur formaient les autorités locales, les hôpitaux et d’autres institutions à faire face à « diverses situations d’urgence, y compris des tremblements de terre d’ampleur variable ».

Selon le communiqué des services d’incendie et de secours d’Israël, l’organisation est « préparée et entraînée à fournir une réponse opérationnelle immédiate, à grande échelle et continue, en cas de tremblement de terre ou de catastrophe induisant des destructions massives… pendant plusieurs jours et nuits, sur des dizaines de sites en simultané ».

Les forces de recherche et de sauvetage du Commandement du Front intérieur travaillent au milieu des décombres d’un bâtiment résidentiel frappé par un missile iranien à Haïfa, le 6 avril 2026. (Armée israélienne)

Ces douze derniers mois, tous les districts de pompiers ont mené des exercices de sauvetage complexes à plusieurs endroits, y compris dans les installations d’entraînement du Commandement du Front intérieur, poursuit le communiqué. Ce qui n’empêche pas la porte-parole de confirmer que les près de 2 400 pompiers mobilisés dans les 139 casernes — soit une moyenne de 17 pompiers par caserne — ne représentaient qu’un dixième des effectifs requis par les réglementations européennes.

Selon un rapport du Centre de recherche et d’information de la Knesset de novembre dernier consacré à la préparation aux tremblements de terre, les informations officielles concernant la préparation des autorités locales aux urgences, et notamment aux tremblements de terre, sont rares.

Des premiers intervenants participent à un exercice d’urgence simulant un tremblement de terre à la Knesset, à Jérusalem, le 13 juin 2017. (Hadas Parush/Flash90)

Les seules informations à jour dont disposait le centre lui venaient du ministère de la Défense, et dataient de 2015. Celles-ci montraient que, pour les urgences en temps de guerre, 73 % des autorités locales (responsables de 46 % des habitants du pays) étaient « en difficulté » ou « susceptibles d’être en difficulté », c’est-à-dire dans une situation d’impréparation aux urgences. Seules 27 % des autorités locales étaient estimées capables de faire face.

Le rapport notait que si le Commandement du Front intérieur était responsable de la formation des équipes des autorités locales, il n’avait pas le pouvoir de les forcer ä faire des exercices.

C’est dans ce contexte que Blumental a décidé de s’associer aux autorités locales pour former 10 équipes de bénévoles, dans le cadre d’un projet pilote, et a obtenu le soutien des Fédérations juives de Los Angeles, Philadelphie et Boston. Ces équipes desservent Kiryat Shmona, Safed, Haïfa, Nesher, la vallée de Jezreel et Akko dans le nord, ainsi que Tel Aviv, la vallée de Hefer, Herzliya et Rishon Lezion dans le centre d’Israël.

« Nous avons pris près de 350 bénévoles en bonne condition physique, âgés de 20 à 40 ans, et nous les avons formés au sauvetage, de base et avancé, sur trois jours », explique Blumental. « Ils se réunissent désormais tous les deux mois pour des formations sur des sujets tels que la santé physique et mentale ou encore la manière de diriger d’autres personnes dans un contexte de secours. »

Des bénévoles de OneDay de la vallée de Hefer, dans le centre d’Israël, pendant leur formation pour devenir des secouristes d’urgence. (Avec l’aimable autorisation de OneDay)

« Chaque bénévole dispose d’un sac avec un casque, des bottes, des gants, des genouillères et une trousse de premiers secours », ajoute-t-il.

« Chaque équipe dispose d’une remorque de neuf mètres carrés remplie d’équipements lourds, tels que des marteaux-piqueurs, des scies à disque ou des générateurs… Ils savent comment briser, creuser et se frayer un chemin à travers les décombres pour atteindre les victimes Ils ont des casques en plus qu’ils peuvent distribuer aux riverains qui souhaiteraient aider à déblayer les débris. »

Les autorités locales participantes ont donné d’excellents avis, ajoute Blumental, tandis que le Commandement du Front intérieur a déclaré dans une lettre que les équipes de OneDay étaient « un pilier essentiel et complémentaire du système d’urgence national » qui « contribue grandement à améliorer la résilience de l’État d’Israël et sa préparation à des scénarios extrêmes ».

Lorsque des missiles iraniens se sont écrasés en Israël, ces douze derniers mois, les équipes ont pu mettre leur formation à profit en travaillant aux côtés des secouristes du Commandement du Front intérieur pour fouiller les décombres.

« Nos équipes ont travaillé lors des deux guerres contre l’Iran, l’an dernier et cette année », ajoute Blumental. « Et désormais, nous souhaitons créer des dizaines d’équipes de plus dans tout le pays. »

En l’absence de fonds publics, qu’il continue de solliciter, il souhaite collecter des dons supplémentaires.

Des années essentielles pour la préparation aux tremblements de terre

En janvier dernier, le ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré que cette année et la suivante seraient des « années essentielles pour la préparation aux tremblements de terre ».

Pourtant, lors d’une discussion de la commission des Affaires intérieures et de l’Environnement de la Knesset sur la protection contre les séismes, le mois dernier, il a été largement question de plans entravés, faute de fonds.

Un ancien bâtiment sur pilotis (au centre) et un bâtiment rénové juste à côté (à droite) dans le Nord de Tel Aviv, le 18 mai 2026. (Miriam Alster/FLASH90)

Depuis 1980, en Israël, les nouveaux immeubles de logements sont tenus de respecter la norme 413 en matière de résistance aux séismes. Mais, comme l’a relevé le contrôleur de l’État Matanyahu Englman, l’été dernier, 80 000 bâtiments de trois étages ou plus, abritant plus de 810 000 appartements, ont été construits avant cette date et ne sont toujours pas renforcés. Nombre d’entre eux se trouvent dans des villes du centre du pays telles que Tel Aviv, Holon ou encore Bat Yam. Et de nombreux bâtiments publics, y compris des hôpitaux, des postes de secours d’urgence du Magen David Adom et 400 écoles, ne peuvent pas être renforcés et devront donc être démolis puis reconstruits.

Malgré les efforts déployés pour encourager la modernisation via le plan de renouvellement urbain « Tama 38 », seuls 3 900 bâtiments — soit environ 5 % de ceux qui le devraient — ont été renforcés ces vingt dernières années, selon le rapport du Centre de recherche et d’information de la Knesset présenté à la commission en novembre. Par ailleurs, 14 % ont demandé des permis.

Selon l’intervention de M. Bar, de l’Autorité nationale des urgences, lors de la réunion de la commission, ses services venaient de finaliser un plan directeur pour les séismes lorsqu’a éclaté la guerre contre l’Iran, fin février. Il a précisé que le plan reposait sur l’hypothèse d’un séisme qui ferait 7 000 morts, 8 600 blessés graves, 9 500 personnes piégées sous les décombres, 28 600 bâtiments gravement endommagés, 290 000 structures présentant des dommages légers à modérés et 170 000 sans-abri.

Un bâtiment touché par un missile tiré depuis le Liban dans la ville septentrionale de Kiryat Shmona, le 20 novembre 2024. (Ayal Margolin/Flash90)

M. Bar a indiqué que l’autorité souhaitait se concentrer sur le renforcement de 10 villes particulièrement vulnérables, parmi lesquelles Kiryat Shmona, à la frontière libanaise, où les bâtiments ont également besoin de protection contre les tirs du Hezbollah. La Commission a pris conscience qu’à Kiryat Shmona, 5 000 bâtiments nécessitaient une protection contre les tremblements de terre et les missiles, et que la construction de huit nouveaux complexes était en projet, alors que l’État n’avait proposé que 23 millions de NIS de subventions pour la totalité, ce qui est insuffisant pour inciter les constructeurs privés.

« La plus grande menace pour Israël aujourd’hui »

En sa qualité de géologue et de chercheur principal à l’Institut d’études de la sécurité nationale, Ariel Heimann passe ses journées, depuis 26 ans, à taper du poing sur la table pour inciter les décideurs à se préparer à ce qui, selon lui, n’est « pas une hypothèse mais une question de temps » et constitue « la plus grande menace pour Israël aujourd’hui ».

Occupé à dresser la liste des équipements que les gens devraient acheter pour s’aider les uns les autres, il évoque deux éléments fondamentaux, à savoir la création d’une instance de coordination, au sein des services du Premier ministre, dotée d’une autorité réelle et d’un budget (notant que l’Autorité nationale des urgences est un organe consultatif incapable de donner des instructions aux ministères), ainsi que de fonds en faveur du renforcement des bâtiments.

« Si tous les budgets promis ces 26 dernières années avaient été accordés, nous serions bien plus avancés », poursuit-il en ajoutant : « Mais le ministère des Finances n’est pas impliqué ».

« Israël investit des milliards [de shekels] contre la menace iranienne, qui met en danger la sécurité nationale », explique Heimann au Times of Israel. « Comment se fait-il qu’on ne trouve pas même un milliard pour la préparation aux tremblements de terre ? Cela représente moins de 1 % du budget de la défense et environ 0,13 % du budget de l’État ».

Le Dr Ariel Heimann (Autorisation)

« Il faudrait que ce milliard, que le gouvernement promet depuis longtemps sans jamais le donner, soit utilisé », dit-il. « Une étude menée aux États-Unis a montré que chaque dollar investi dans le renforcement des infrastructures avant un tremblement de terre permettait d’économiser près de 13 dollars en coûts de réhabilitation par la suite ».

Ce à quoi il ajoute : « Nous devons nous rappeler que les guerres, aussi dures soient-elles, ne reportent pas les tremblements de terre ».

Blumental ajoute qu’Israël ne fait rien pour se préparer à une catastrophe qu’il sait inévitable.

« Combien le ministère des Finances donnerait-il pour revenir au 6 octobre 2023, avec les connaissances que nous avons aujourd’hui », interroge-t-il. « Pourquoi l’accent mis sur les tremblements de terre est-il différent ? Avons-nous besoin d’être à nouveau surpris par les événements ? Alors qu’il s’agit d’un danger clairement identifié et bien présent. Pourquoi n’apprenons-nous pas de nos erreurs passées vis-à-vis d’un événement dont nous savons pertinemment qu’il va se produire ? »

Zev Stub a contribué à cet article.

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