Violences des résidents d’implantations : D’anciens généraux de Tsahal pressent Trump d’intervenir
Des centaines d'ex-responsables de la sécurité appellent le président à faire pression sur Benjamin Netanyahu concernant la Cisjordanie, affirmant que les considérations politiques “limitent considérablement l'action de l'armée face aux terroristes juifs”
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Dans une lettre publiée lundi, des centaines de généraux et de colonels à la retraite de l’armée israélienne ont exhorté le président américain Donald Trump à faire pression sur Israël pour que ce dernier réprime les nombreux actes de violence commises par les résidents d’implantations contre les Palestiniens en Cisjordanie.
Cette lettre a été publiée alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’apprêtait à se rendre à Washington pour une rencontre avec Trump, et au terme d’une semaine au cours de laquelle les violences commises par les résidents d’implantations avaient déjà atteint un niveau élevé, puis avaient connu une nouvelle flambée à la suite d’un affrontement meurtrier entre ces derniers et des Palestiniens, ce week-end.
« À moins d’être enrayée rapidement et de manière décisive, l’escalade de la violence en Cisjordanie risque de mettre la région en ébullition et d’avoir de graves répercussions tant sur la sécurité israélienne que sur les intérêts régionaux des États-Unis », a écrit Matan Vilnai, général de division à la retraite de Tsahal, au nom du mouvement Commanders for Israel’s Security (« Commandants pour la sécurité d’Israël »).
« Selon notre jugement professionnel, vous seul, monsieur le Président, pouvez éviter cette catastrophe », a-t-il écrit, exhortant Trump à faire pression sur Netanyahu à ce sujet lors de leur rencontre à Washington mardi.
« Alors que nos services de sécurité excellent dans la lutte contre le Hamas et d’autres groupes terroristes palestiniens de Cisjordanie, ils sont fortement limités lorsqu’il s’agit de terroristes juifs », a poursuivi Vilnai.
« Ce n’est un secret pour personne que certains membres de notre gouvernement actuel orchestrent une grande partie du chaos, notamment en mettant à l’abri de la loi et de son application leurs partisans – qui sont armés et animés par des pulsions messianiques. »
L’ancien commandant n’a pas nommé les responsables gouvernementaux auxquels il faisait référence, mais des accusations similaires ont été largement portées contre les ministres Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, entre autres.
Ben Gvir, qui a déjà été condamné à plusieurs reprises pour trouble à l’ordre public, incitation à la haine raciale et soutien à un groupe terroriste, supervise la police à une époque où peu de personnes ont été arrêtées pour les attaques commises par des résidents d’implantations, et encore moins poursuivies en justice, malgré des descentes quasi quotidiennes dans les communautés palestiniennes, accompagnées d’incendies criminels, de cambriolages et d’agressions physiques.
Il a également salué la décision du ministre de la Défense, Israel Katz, de mettre fin à la détention administrative, un mécanisme permettant de détenir des personnes indéfiniment pour prévenir des attentats terroristes, sans le seuil de preuve requis pour une arrestation classique, à l’encontre des Juifs.
Quant à Smotrich, il a été critiqué pour ses efforts visant à affaiblir l’Autorité palestinienne (AP) et l’économie de la Cisjordanie, dans le but déclaré d’empêcher la création d’un État palestinien. Il a également joué un rôle majeur dans la prolifération des avant-postes illégaux à travers le territoire.
La lettre met en garde contre des conséquences pires que celles du 7-Octobre
Dans sa lettre adressée à Trump, Vilnai met en garde : « Si la recrudescence des actes terroristes commis par les résidents d’implantations et la politique gouvernementale visant à étouffer l’Autorité palestinienne (sur le plan financier et autres) se poursuivent, les conséquences pourraient s’avérer encore plus catastrophiques que les atrocités commises par le Hamas le 7-Octobre et leurs répercussions sur plusieurs fronts. »
« Cette trajectoire menace de dévaster la sécurité d’Israël, de compromettre les intérêts américains et de briser la stabilité régionale. Elle compromettra toute possibilité de mettre en œuvre votre « Plan en 20 points pour Gaza » et votre admirable ambition d’étendre votre grande réussite : les Accords d’Abraham », a-t-il écrit.
La lettre a été signée au nom des Commanders for Israel’s Security, un mouvement dont le site web affirme compter parmi ses membres « plus de 550 colonels et généraux à la retraite de Tsahal, ainsi que des membres de l’agence de renseignement du Mossad, de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, de la police, du Conseil de sécurité nationale et du corps diplomatique ».
Alors que le gouvernement de droite de Netanyahu a réagi à la recrudescence des violences en ordonnant une répression contre les Palestiniens, des experts se sont fait l’écho de la lettre adressée à Trump, insistant sur le fait que l’incapacité à mettre fin aux violences des résidents d’implantations constituait le principal problème.
Lundi, Michael Milstein, ancien chef du département palestinien de l’agence de renseignement militaire israélienne, a déclaré sur la radio de l’armée, Galei Tsahal : « Je ne vois pas le drapeau de l’Intifada se lever du côté palestinien », faisant référence aux soulèvements meurtriers motivés par le terrorisme qui ont secoué Israël par le passé.
« Les menaces se multiplient principalement en raison du comportement de la partie juive. »
Les chiffres publiés en février par le Shin Bet ont révélé que le nombre de Palestiniens victimes d’attaques terroristes en Cisjordanie était trois fois supérieur à celui des Juifs, ce qui fait écho aux mises en garde formulées par divers responsables de la sécurité, dont des hauts gradés de Tsahal.
Selon certaines informations, Netanyahu et son gouvernement auraient voté en mars en faveur d’un plan visant à lutter contre les violences commises par les résidents d’implantations, mais n’auraient pas annoncé cette décision publiquement pour des raisons politiques.
Le Premier ministre avait affirmé en décembre que les résidents d’implantations violents ne comptaient pas plus de 70 jeunes, qui, selon lui, n’étaient même pas originaires de Cisjordanie. Au début du mois, il a revu ce chiffre à la hausse, évoquant 150 « délinquants juvéniles » qui, selon lui, auraient été « amenés en Cisjordanie ».
Eisenkot : La Cisjordanie « au bord de l’anarchie »
Suscitant également des inquiétudes lundi, le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de Tsahal et principal rival de Netanyahu pour le poste de Premier ministre lors des élections législatives d’octobre, a déclaré au quotidien Yediot Aharonot qu’il craignait une perte de contrôle de la Cisjordanie, affirmant : « La situation sur place est extrêmement tendue, au bord de l’anarchie, malgré les efforts de Tsahal et du Shin Bet pour éliminer le terrorisme. »
Eisenkot a spécifiquement imputé la responsabilité de cette situation à Netanyahu, Smotrich et Ben Gvir.
Selon lui, pour les besoins de la coalition, Netanyahu a « de fait démantelé l’organisation qui gouverne la Judée et la Samarie, à savoir Tsahal, en tant qu’autorité souveraine ».
« Ce que je constate aujourd’hui, c’est un manque de soutien du gouvernement envers les commandants de Tsahal, voire une diffamation par l’intermédiaire des porte-parole du Premier ministre », a dénoncé l’ancien général.
Le débat sur les violences en Cisjordanie a été remis sur le devant de la scène cette semaine après un incident meurtrier survenu vendredi dans le village palestinien de Tell, au cours duquel deux Israéliens – un commandant de Tsahal et un membre de l’équipe de sécurité civile d’une implantation voisine – ont été tués, ainsi que quatre Palestiniens, après qu’un Palestinien s’est emparé du fusil du membre de l’équipe de sécurité civile.
L’affrontement s’est produit lors d’une confrontation entre des habitants du village et un groupe d’Israéliens (comprenant des enfants et des adultes civils armés) qui avaient pénétré dans cette zone interdite aux Israéliens sans coordination avec l’armée. Certains Palestiniens ont accusé le groupe d’avoir attaqué des habitants avant l’altercation, ce que les Israéliens ont nié.
À la suite de la fusillade de vendredi, des groupes de résidents d’implantations ont attaqué plusieurs villes et villages palestiniens pendant la nuit, incendiant deux mosquées, une maison et plusieurs véhicules, et taguant des graffitis appelant à la « vengeance ».
Des résidents d’implantations auraient incendié des camions dans un village de la région de Naplouse
Les violences se sont poursuivies dans la nuit de samedi à dimanche. Les Palestiniens ont rapporté une attaque menée par des résidents d’implantations contre le village de Beita, en Cisjordanie, au sud de Naplouse. Ils affirment que les assaillants ont fait irruption dans une zone industrielle et incendié des camions à proximité d’une usine.
مصادر محلية: مستوطنون يخطّون شعارات عنصرية على جدارن منزل المواطن واجد مسلم من بلدة تلفيت قضاء نابلس، ويحاولون إحراقه. pic.twitter.com/BCA2EGwb35
— بوابة اللاجئين الفلسطينيين (@refugeesps) July 27, 2026
Selon les médias palestiniens, des résidents d’implantations auraient également tenté de mettre le feu à une maison dans le village de Talfit. D’après des images tournées sur place, l’entrée de la maison a subi de légers dommages dus à l’incendie. Aucune victime n’est à déplorer.
Des graffitis en hébreu ont été tagués sur le mur à l’entrée de la maison, sur lesquels on pouvait lire « Benyahu, vengeance » – faisant manifestement référence à Benyahu Mellet, tué lors de la fusillade près de Tell – et « Salutations à Bluth », faisant vraisemblablement référence au général de division Avi Bluth, chef du Commandement du Centre.
Les tensions en Israël et en Cisjordanie sont montées en flèche depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes ont fait irruption en Israël par la frontière de Gaza dans le cadre du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, tuant plus de 1 200 personnes et prenant 251 otages.
Selon le ministère de la Santé de l’AP, plus de 1 100 Palestiniens de Cisjordanie ont été tués au cours de cette période. L’armée israélienne affirme que la grande majorité d’entre eux étaient des terroristes armés tués lors d’échanges de tirs, des émeutiers qui se sont heurtés aux troupes ou des terroristes qui menaient des attaques.
Au cours de la même période, 68 Israéliens, dont des membres des forces de sécurité, ont été tués dans des attaques terroristes palestiniennes en Israël et en Cisjordanie. Huit autres membres des forces de sécurité ont été tués lors d’affrontements avec des terroristes en Cisjordanie.
Cette période a également été marquée par une forte augmentation des attaques perpétrées par des extrémistes juifs contre des Palestiniens à travers la Cisjordanie. Tsahal a recensé plus de 867 faits de criminalité nationaliste et de violence commis par des résidents d’implantations en 2025. Le total pour 2024 s’élevait à 682 cas.
Nurit Yohanan a contribué à cet article.
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