Israël maintient sa menace d’attaque contre l’Iran en cas de « mauvais accord » sur le nucléaire iranien mais les experts y voient surtout un moyen d’influer sur les négociations en cours à Vienne et jugent peu probable un passage à l’acte.

Alors qu’il ne reste plus que quelques dizaines d’heures de discussions avant la date butoir de lundi, le ministre israélien du Renseignement Yuval Steinitz a une nouvelle fois tenté de faire pression sur le groupe « 5+1 » (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne), qui veulent s’assurer du caractère strictement pacifique du programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions internationales contre Téhéran.

Ce proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu a averti qu’en cas d’un accord qui laisserait à l’Iran la possibilité de se doter en quelques mois de la bombe atomique, nous « préserverons toutes les options et tous nos droits de faire ce que nous jugeons bon pour défendre Israël », une allusion claire à une possible action militaire pour un pays qui se considère comme la première cible potentielle d’un Iran doté de l’arme nucléaire.

Pour tenter de donner du poids à cette menace, une « fuite » aux médias israéliens révélait en mars que Netanyahu et son ministre de la défense Moshe Yaalon avaient ordonné à l’armée de constituer une réserve budgétaire de 10 milliards de shekels (près de 3 milliards de dollars) pour préparer une possible offensive contre les installations nucléaires iraniennes.

En public, Yaalon avait même émis des critiques contre Washington. « Les Etats-Unis ont commencé des négociations avec les Iraniens, mais malheureusement dans ce qui est devenu un bazar persan, les Iraniens sont les meilleurs », avait-il déploré.

L’armée israélienne a mis les bouchées doubles pour la mise au point d’une nouvelle version du Hetz (la flèche en hébreu), système d’interception de missiles balistiques que l’Iran pourrait tirer en représailles à une attaque israélienne.

‘Israël ne veut pas la guerre’

Mais pour Ephraim Kam, de l’Institut des études pour la sécurité nationale, il n’y a pratiquement aucune chance qu’Israël passe à l’offensive.

« Les Américains ne parlent plus d’option militaire depuis un an. Si les négociations sont prolongées – ce qui a de fortes chances de se produire – Israël ne pourra se permettre de passer seul à l’action alors que les Américains continuent à discuter avec les Iraniens ».

« Israël dispose des capacités de retarder de plusieurs années le programme nucléaire iranien, mais pas de le réduire à néant », poursuit-il.

Ephraim Asculai, spécialiste des questions nucléaires dans le même institut, estime qu’Israël « a tout intérêt à jouer la carte diplomatique pour que les sanctions internationales imposées à l’Iran ne soient pas levées ». « En cas d’accord, Israël ne pourra attaquer un pays qui vient de s’entendre avec les Etats-Unis », dit-il.

Pour Emily Landau, chef d’un projet sur le contrôle des armements, les menaces israéliennes visent un autre objectif. « Israël ne veut pas la guerre. En brandissant la menace d’une intervention militaire, Israël mise sur l’effet de dissuasion. Cela a marché auprès des Européens, qui par crainte d’une guerre dans le Golfe, ont imposé un embargo sur leurs achats de brut iranien ».

Mais, selon elle, un « bon accord n’est pas possible car il n’inclura pas les missiles balistiques iraniens qui pourraient être dotés de têtes nucléaires ».

Sur la même longueur d’onde, Ephraim Halevy, ex-patron des services de renseignements israéliens qui, selon des experts, mène depuis des années une campagne clandestine de sabotage et d’assassinats de savants atomistes iraniens, « Israël dispose des moyens de provoquer de gros dégâts en Iran ».

« Mais la véritable option militaire relève avant tout des Etats-Unis avec leurs troupes, leur marine et leur aviation déployées dans le Golfe. L’idéal pour Israël comme pour les Etats-Unis serait de gagner la partie en montrant sa force sans avoir à s’en servir », ajoute cet ancien maître espion.

Israël est considéré comme la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient et n’a pas signé le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).