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New York : Une synagogue fait ses adieux à un mémorial de la Shoah signé Louise Nevelson

Alors que le nombre de fidèles diminue au Temple Beth-El de Great Neck, la congrégation cherche des fonds pour pouvoir faire don de sa précieuse sculpture à un musée

Les fidèles se réunissent à la congrégation Beth El pour faire leurs adieux à "The White Flame of the Six Million", une sculpture de la célèbre artiste Louise Nevelson qui servait de bimah, à Great Neck, dans l’État de New York, le 1er octobre 2026. (Crédit : Michelle Falkenstein/JTA)
Les fidèles se réunissent à la congrégation Beth El pour faire leurs adieux à "The White Flame of the Six Million", une sculpture de la célèbre artiste Louise Nevelson qui servait de bimah, à Great Neck, dans l’État de New York, le 1er octobre 2026. (Crédit : Michelle Falkenstein/JTA)

JTA — Louise Nevelson, la célèbre artiste américaine, avait créé « La Flamme blanche des six millions », une sculpture de bimah de 15 mètres de long et de plus de trois mètres de haut, pour le Temple Beth El de Great Neck, dans l’état de New York. L’œuvre, qui comprend une arche sainte contenant les rouleaux de Torah et qui sert de mémorial de la Shoah, sera restée dans le lieu de culte pendant plus de cinq décennies.

Aujourd’hui, en raison de l’évolution démographique qui est actuellement en cours dans la banlieue de Long Island, l’œuvre a été désacralisée.

Au mois de septembre, tout de suite après la Neilah, les prières de clôture de Yom Kippour, les rouleaux de Torah ont été retirés de l’arche. La sculpture elle-même sera bientôt démontée et mise en dépôt, son nouvel emplacement restant à déterminer.

La congrégation de Beth-El accueillait autrefois 1 500 familles impliquées dans la vie de la synagogue – et la liste d’attente pour l’intégrer était longue. Un nombre qui, avec les changements survenus dans la composition de la communauté juive de Great Neck, est tombé à 400 familles. La congrégation, qui appartient au mouvement réformé, a vendu son bien immobilier à la Yeshivat Kol Yaakov, une yeshiva orthodoxe iranienne/séfarade. Beth-El loue actuellement sa chapelle d’origine au séminaire religieux.

Le 1er octobre, les membres de la synagogue ont fait leurs « adieux sacrés » à la sculpture de Nevelson lors d’une réception qui s’est tenue en présence de Maria Nevelson, la petite-fille de l’artiste qui a aussi créé la fondation qui porte le nom de son illustre aïeule. Des conservateurs du Musée juif de New York et du Musée d’art de Caroline du Nord à Raleigh avaient également fait le déplacement. Ces deux institutions possèdent d’importantes collections d’objets judaïques et ils ont manifesté leur intérêt pour cette œuvre.

La synagogue a fait appel à une spécialiste qui est désormais chargée de lever des fonds afin de faciliter le don de la sculpture à un musée.

« A travers le travail effectué par ma fondation, je garde un œil sur ce que je vais laisser aux générations futures pour qu’elles puissent disposer d’informations de qualité », a commenté Maria Nevelson, qui portait autour du cou la reproduction en argent d’un collier créé par sa grand-mère. « C’est sous cet angle que j’appréhende le transfert de ‘The White Flame’ par le Temple Beth-El et j’aime le fait que le musée qui aura la chance de l’accueillir reconnaîtra toujours le rôle qui a été joué par le Temple dans la création de cette sculpture impressionnante… Ma grand-mère vivait dans le présent et je suis sûre qu’elle approuverait ce changement ».

La soirée a été douce-amère, avec de nombreux fidèles de longue date qui ont exprimé leur attachement à la sculpture de Nevelson, racontant comment elle avait marqué leur vie et partageant leur enthousiasme pour le nouveau chapitre de son histoire.

L’œuvre a joué un rôle essentiel lors des offices et des événements et elle figure sur de nombreuses photos de bar-mitsva et de mariage.

L’artiste Louise Nevelson pose sous son œuvre « Sky Gate, New York » lors de son inauguration au World Trade Center de New York, dans le sud de Manhattan, le 12 décembre 1978. (Crédit: AP)

Roger Tillis, dont les parents avaient participé à l’acquisition de la bimah en 1970, s’est souvenu qu’à l’âge de 10 ans, ses parents avaient invité Louise Nevelson à dîner. « Je l’ai rencontrée dans le salon », a-t-il raconté. « Elle portait une babouchka. C’était un moment très émouvant ».

Louise Nevelson, qui était née Leah Berliawsky en 1899 en Ukraine, est devenue connue pour ses assemblages monumentaux et monochromes en bois, des œuvres réalisées à partir d’objets du quotidien récupérés et de fragments architecturaux qui avaient été mis au rebut. Certaines de ses sculptures avaient été réalisées en métal – c’est le cas de « Night Presence IV », une œuvre qui a été installée à l’angle de Park Avenue et de la 92e rue à New York.

Ses travaux ont intégré les collections de plus de 250 musées et autres espaces publics à travers le monde, selon sa fondation. Nevelson a créé des scuptures pour d’autres lieux de culte, notamment pour le Temple Israel à Boston en 1973 et pour la chapelle du Bon Pasteur au sein de l’église luthérienne Saint-Pierre à New York, en 1977.

Toutefois, « The White Flame » est la plus longue sculpture murale d’un seul tenant que Nevelson ait jamais réalisée. Dans l’article qu’il avait fait paraître au moment de sa mort, en 1988, le New York Times avait évoqué une artiste « pionnière de la sculpture environnementale, devenue l’une des plus connues au monde ».

Elle avait tissé des liens avec Great Neck dans les années 1950 – elle y donnait des cours de sculpture et elle s’était fait connaître au sein de la communauté juive. En 1970, le promoteur immobilier Wilfred Cohen et son épouse Rose, qui fréquentaient Beth-El, lui avaient commandé une sculpture de bimah pour un nouveau sanctuaire en capacité d’accueillir 1 900 personnes, qui venait alors s’ajouter à la chapelle d’origine de la congrégation. Cette dernière, construite en 1932, pouvait initialement accueillir 250 personnes.

Nevelson avait également conçu le ner tamid – la flamme éternelle – du lieu de culte.

« Pour ceux qui, parmi nous, faisons partie du Temple Beth-El depuis de nombreuses années, cette arche est bien plus qu’une œuvre d’art remarquable », a dit Jordana Levine, la présidente du conseil d’administration, lors de l’événement qui était organisé 1er octobre. « Elle est au cœur de notre sanctuaire et elle fait partie de la vie de cette congrégation depuis plus de 50 ans. Des générations de fidèles, ici, ont prié devant elle. Ils ont célébré les fêtes à ses côtés et ils ont trouvé en elle réconfort et sens ».

Aucun document n’indique le montant qui avait été versé à Nevelson pour son œuvre – mais une maquette de « The White Flame », longue de deux mètres, a été vendue au prix de 327 600 dollars chez Sotheby’s en 2022. Ann Freedman, de FreedmanArt, qui détient un contrat d’exclusivité pour trouver un nouveau lieu d’accueil à la sculpture de la bimah, s’efforce de lever des fonds afin que l’œuvre puisse être donnée à un musée pour y être exposée de manière permanente.

Une gardienne à côté des sculptures de l’artiste américaine Louise Nevelson lors de l’avant-première de l’exposition « Louise Nevelson », le 15 avril 2013 au Palazzo Sciarra, organisée par la Fondazione Roma Museo à Rome. (Crédit: AFP PHOTO/ALBERTO PIZZOLI)

Andy Aaron, un fidèle de la congrégation Beth-El depuis cinq décennies, a confié qu’il percevait, dans les découpes ondulées de la bimah, des silhouettes humaines. « Les plus petites, en bas, ce sont des enfants », a-t-il expliqué. D’autres membres ont signalé apercevoir des flammes ou des âmes s’élever dans cette œuvre entièrement blanche — une couleur inhabituelle pour Nevelson, qui peignait généralement ses sculptures en noir.

Certains fidèles ont souligné que l’œuvre fonctionnait comme un cadran solaire pendant les offices, à mesure que des faisceaux de lumière se déplaçaient sur sa surface.

Le Temple Beth-El était l’une des synagogues réformées les plus en vue du pays dans les années 1960. Elle avait accueilli d’éminents visiteurs – Martin Luther King Jr., Robert F. Kennedy, le gouverneur Nelson Rockefeller et le pianiste Peter Nero, qui avait joué lors de l’inauguration du nouveau sanctuaire.

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