Ramallah a des hôtels de luxe neufs et pas chers, mais a du mal à attirer les touristes
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Reportage‘Honnêtement, ce n’est pas un bon moment pour qu’un Israélien visite la ville’

Ramallah a des hôtels de luxe neufs et pas chers, mais a du mal à attirer les touristes

Le siège du pouvoir de l’AP est aimé des visiteurs, mais peu de touristes s’y rendent. En ce qui concerne les Israéliens, ce n’est pas une surprise

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

L'hôtel Millennium de Ramallah. (Crédit : HotelsCombined.com)
L'hôtel Millennium de Ramallah. (Crédit : HotelsCombined.com)

La ville palestinienne de Ramallah, située au nord de Jérusalem, ouvre ses bras aux touristes, en se vendant comme une destination dynamique et à la mode, avec des hôtels et des attraits équivalents à ceux qu’Israël propose, mais pour moitié moins cher. Mais jusqu’à présent, la philosophie « si vous le construisez, ils viendront », n’a pas vraiment fonctionné.

La ville, qui héberge le siège et les bureaux de l’Autorité palestinienne, s’est transformée ces dernières années en métropole moderne et trépidante du Moyen Orient, une fenêtre sur la vie politique, culturelle et sociale du peuple palestinien.

Ces dix dernières années, la ville a également vu l’ouverture de trois hôtels cinq étoiles, et un autre ouvrira bientôt, un signe évident que les perspectives touristiques de Ramallah augmentent.

Les hôtels comptent quelques critiques sur internet, et ne coûtent qu’environ la moitié du prix de leurs homologues à Tel Aviv ou Jérusalem. Deux auberges accueillent également les voyageurs économes.

Mais selon les informations fournies par le Bureau central palestinien des statistiques (BCPS), même si le nombre d’hôtels cinq étoiles de la ville est en hausse, le nombre de touristes a à peine changé ces dernières années, et le taux d’occupation des chambres est en moyenne de 27 %.

La place de l'horloge du centre de Ramallah, en août 2015. (Crédit : Micah Bond/Flash90)
La place de l’horloge du centre de Ramallah, en août 2015. (Crédit : Micah Bond/Flash90)

Selon Kamal Diabes, qui a été membre du conseil municipal de la ville pendant quatre ans, jusqu’en mai dernier, les projets de hausse du tourisme de Ramallah existent depuis au moins sept ans. Il a noté les deux offices du tourisme qui ont ouvert en 2011 et dans sa ville jumelle, El-Bireh.

« C’est spécial. Il n’y a pas d’autres endroits comme Ramallah en Palestine », a-t-il dit, citant les nombreux musées de la ville, sa diversité religieuse, ses fêtes, et la possibilité pour les touristes de passer « un bon moment » dans un club ou un bar.

La ville a été fondée au 16e siècle par des chrétiens de Jordanie, et est restée majoritairement chrétienne jusqu’à la guerre des Six Jours de 1967. Aujourd’hui, il n’existe pas de chiffre exact du nombre de chrétiens vivant à Ramallah, mais la ville grandit rapidement. La population totale était de 362 445 habitants fin 2016, contre 263 956 en 2002.

La municipalité ne dispose pas de données officielles sur le nombre de touristes venus ces dernières années. Son seul chiffre provient du nombre de voyageurs s’arrêtant dans l’un des deux offices du tourisme, qui est, selon les employés qui y travaillent, d’entre 40 et 60 personnes par jour.

Pour les Israéliens, Ramallah n’est pas exactement la première ville qui vient à l’esprit quand ils cherchent une destination touristique. Pendant la première Intifada de la fin des années 1980 et du début des années 1990, et la deuxième Intifada du début des années 2000, quand Israël a été la cible de massacres stratégiques réalisés par des terroristes kamikazes palestiniens, la ville a été le centre des activités anti-israéliennes, et les scènes d’affrontements de rue entre soldats israéliens et manifestants ont été diffusées par toutes les télévisions.

Dans un acte particulièrement atroce en 2000, une foule palestinienne en colère est entrée dans un commissariat qui détenait deux réservistes israéliens et les a lynchés.

Des manifestants palestiniens brandissent des portraits de Marwan Barghouthi devant la statue de Nelson Mandela pendant un rassemblement de soutien aux prisonniers en grève de la faim dans les prisons israéliennes, à Ramallah, en Cisjordanie, le 3 mai 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)
Des manifestants palestiniens brandissent des portraits de Marwan Barghouthi devant la statue de Nelson Mandela pendant un rassemblement de soutien aux prisonniers en grève de la faim dans les prisons israéliennes, à Ramallah, en Cisjordanie, le 3 mai 2017. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

De plus, selon la loi israélienne, il est illégal pour les Israéliens de se rendre à Ramallah sans autorisation de l’armée, comme dans tout le reste de la zone A de Cisjordanie, sous contrôle total de l’Autorité palestinienne. Des panneaux rouges placés à l’entrée de la ville préviennent les Israéliens que l’entrée peut mettre leur vie en danger.

Malgré quelques incidents ces dernières années où les biens de civils israéliens ont été abimés, il n’y a pas eu d’attaque majeure contre les Israéliens dans la ville, et certains, en particulier ceux qui ont aussi une autre nationalité, s’y rendent régulièrement.

« Honnêtement, a dit Diabes, ce n’est pas un bon moment pour qu’un Israélien visite [la ville]. »

Il a expliqué que les Israéliens qui savaient exactement où ils allaient, et étaient accompagnés d’un Palestinien, étaient en sécurité, et a ajouté qu’il connaissait des Israéliens juifs qui rendaient visite à des amis à Ramallah.

Cependant, si un Israélien qui ne parle qu’hébreu visitait la ville, a dit Diabes, cette personne pourrait être prise pour « un colon », ce qui serait dangereux.

« Ce n’est pas facile d’accepter un colon israélien », a-t-il dit, expliquant que beaucoup de Palestiniens étaient frustrés par les « saisies israéliennes de terre » en Cisjordanie.

Israël considère que la Cisjordanie est un « territoire disputé », même s’il reconnait que ses habitants palestiniens sont protégés par les traités internationaux relatifs aux droits des personnes occupées, et affirme que le destin des implantations doit être décidé dans le cadre de négociations de paix.

Le département d’Etat américain prévient ses ressortissants en Cisjordanie de « maintenir un haut degré de vigilance à la situation, et d’être prudent à chaque instant, en particulier aux checkpoints et dans d’autres zones où la présence des forces de sécurité est très importante. » Le département d’Etat souligne également que Ramallah est fortement sécurisée par les forces palestiniennes. Une heure dans la ville suffit pour vérifier ce fait.

Bonnes critiques, prix bas, peu de clients

La hauteur de l’hôtel le plus luxueux de Ramallah est en fait un héritage britannico-suisse : le Millennium, qui appartenait jusqu’au 29 mai 2016 à la chaîne Movenpick. L’hôtel cinq étoiles compte 171 chambres, deux suites présidentielles, un restaurant italien, deux bars, une salle de sport, et une piscine extérieure chauffée.

Sur les nombreux sites de réservation, l’hôtel a été parfois critiqué : il obtient une note de 4,7/5 sur hotels.com, et 9,7/10 sur hotelscombined.com. Les critiques sur TripAdvisor sont tout autant élogieuses, la plupart des clients louant la qualité professionnelle des employés et du service.

En comparaison, les hôtels cinq étoiles de Tel Aviv sont notés entre 7 et 8/10 sur Hotels Combined.

Une chambre de luxe coûte environ 250 dollars la nuit, alors qu’une réservation similaire coûte 500 dollars par nuit.

Quand le Times of Israël a visité l’hôtel en février, la direction a poliment refusé de répondre aux questions, notamment sur le taux d’occupation et les nationalités de ses clients. Les critiques sur booking.com montrent un mélange d’Européens et d’Arabes, ainsi que de nombreux Arabes israéliens. En février, le très chic hall était presque vide.

Vue depuis l'hôtel Plazza Palestine de Ramallah. (Crédit : HotelsCombined.com)
Vue depuis l’hôtel Plazza Palestine de Ramallah. (Crédit : HotelsCombined.com)

Le Plazza Palestine, un autre hôtel cinq étoiles, est le plus grand bâtiment de la ville, et par beau temps, on peut voir la Méditerranée. Ici, une chambre coûte 180 dollars la nuit.

L’hôtel Grand Park, dont le hall et le bar sont des lieux de rencontre prisés des responsables et des journalistes palestiniens, est lui aussi très bien noté, et une chambre y coûte 230 dollars.

Un autre hôtel cinq étoiles, le Carmel, est en cours de construction, a indiqué Diabes.

Ayal Segal, directeur exécutif du site australien Hotels Combined, a dit dans un communiqué de presse publié en janvier que l’AP connaissait une « révolution touristique », avec des hôtels qui répondent aux « normes internationales ».

Les chiffres du BCPS montrent que la majorité des clients des hôtels de Cisjordanie sont des Européens, puis des Israéliens, et enfin des Palestiniens.

Même si aucun chiffre n’est disponible pour les hôtels de Ramallah en particulier, les données du BCPS pour le « centre de la Cisjordanie », dont Ramallah, El-Bireh, Jéricho et Al-Aghwar, montrent un taux d’occupation moyen de 27 % ces dernières années.

A titre de comparaison, en 2015, selon le Bureau central israélien des statistiques, les hôtels de Tel Aviv affichent un taux de 70 %, et ceux de Jérusalem de 55 %.

En 2008, quand les hôtels cinq étoiles ont commencé à faire leur apparition à Ramallah, le nombre total de clients dans le « centre de la Cisjordanie » était de 82 055. En 2016, ce nombre était tombé à 67 897.

Diabes a expliqué qu’en raison des restrictions de la circulation imposées par Israël, et de la difficulté à obtenir un visa d’Israël pour visiter les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne, beaucoup de touristes arabes ne viennent pas à Ramallah. S’ils viennent dans la région, a-t-il dit, ils préfèrent séjourner à Jérusalem, où ils peuvent aller à la mosquée Al-Aqsa, ou aux lieux saints chrétiens.

Les Occidentaux qui descendent dans les hôtels de Ramallah, a-t-il dit, viennent probablement pour des raisons professionnelles ou commerciales, ou, comme pour les Arabes israéliens, pour voir leur famille.

Pour ceux qui ont l’autorisation de visiter la ville – comme nous le soulignons ici, les Israéliens n’ont pas le droit de s’y rendre – voici quelques informations utiles.

Voyager vers et dans Ramallah

En voiture :

Le moyen le plus facile d’aller à Ramallah reste la voiture. Si vous conduisez, entrez et sortez de Cisjordanie par le checkpoint de Hizme : il est de loin plus sûr, plus simple et plus rapide de passer par là que par le checkpoint principal Jérusalem – Ramallah de Qalandiya. Vous trouverez ICI l’emplacement du checkpoint Hizme.

Ne vous inquiétez pas si vous avez une plaque d’immatriculation israélienne, c’est très fréquent dans les villes palestiniennes. Assurez-vous cependant que votre voiture de location est assurée pour les villes palestiniennes, ce qui n’est généralement pas le cas par défaut.

En transports en commun :

Il est aussi relativement simple d’aller à Ramallah en transports en commun. Un arrêt de bus est situé juste en face de la porte de Damas, devant le Vieille Ville de Jérusalem. Le bus indique clairement qu’il va à Ramallah. Sur la route, vous passerez par le checkpoint de Qalandiya. Vous n’aurez pas besoin de montrer votre pièce d’identité à l’aller, mais pour revenir en Israël, il vous faudra des papiers vous autorisant à être en Israël, au risque d’être renvoyé à Ramallah.

Arabes israéliens et Palestiniens à la gare routière de Jérusalem Est pour prendre le bus à destination de Ramallah. Illustration. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)
Arabes israéliens et Palestiniens à la gare routière de Jérusalem Est pour prendre le bus à destination de Ramallah. Illustration. (Crédit : Noam Moskowitz/Flash90)

Une fois que vous avez passé le checkpoint, et la barrière de sécurité israélienne, vous êtes toujours techniquement à Jérusalem. En allant vers Ramallah, vous verrez des panneaux en hébreu, et si vous êtes attentif, les délimitations de la municipalité de Jérusalem.

Prenez le bus jusqu’au terminus. Vous arriverez à la gare routière d’El-Bireh, qui est en fait à quelques minutes du centre de Ramallah.

Si vous voulez revenir en Israël le soir, assurez-vous de revenir à la gare routière avant 20h00, l’heure du départ du dernier bus.

Que faire :

Votre premier arrêt à Ramallah devrait être le centre culturel et touristique d’El-Bireh, situé juste à côté de la gare routière. Là-bas, des employés anglophones vous parleront de tous les évènements particuliers organisés dans la ville, qui peuvent être des danses folkloriques ou salsa, des expositions artistiques, ou des concerts de jazz.

La majorité des touristes viennent en été – l’hiver peut être froid – mais ils ne sont cependant pas nombreux. Selon les représentants du centre touristique, il y a en moyenne entre 20 et 30 touristes par jour.

Posted by Mohammad Silwadi on Thursday, 15 June 2017

Le centre peut aussi vous fournir une carte en anglais de la ville, dont vous aurez besoin.

Il est facile de marcher dans Ramallah, mais le meilleur moyen de se déplacer, qui n’est pas si cher, reste le taxi.

Tous les jeudis, une visite historique part du centre touristique de la vieille ville de Ramallah à 9h00. Pendant la visite, si vous le souhaitez, vous pourrez visiter la tombe de Yasser Arafat, et comprendre à quel point le premier président de l’AP, qui a dirigé pendant des décennies le plus grand groupe terroriste palestinien, est vénéré.

The Ramallah mausoleum where former Palestinian leader Yasser Arafat is buried (photo credit: Issam Rimawi/Flash90)
Le mausolée de Yasser Arafat à Ramallah. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Depuis le centre touristique d’El-Bireh, il est facile de se rendre à pieds sur la place Manara, le centre principal de la ville, qui accueille souvent des manifestations politiques.

Avant d’y aller, envisagez de commencer votre journée aux bains turcs voisins.

Vous pouvez aussi y revenir plus tard, puisque la section des femmes ferme à 20h00, et celle des hommes à minuit.

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Posted by The Turkish Bath Palestine on Saturday, 8 October 2016

Sur le chemin vers Manara, vous passerez devant un marché extérieur de fruits et légumes. Une fois sur la place, essayez un jus de fruits frais du célèbre magasin al-Silwadi. Une grande portion ne coûtera pas plus de 2,5 dollars. Vous pouvez aussi essayez une spécialité régionale, le jus de sucre de canne.

Sur la place Manara se trouve également le célèbre Stars-N-Bucks, où vous trouverez du Wifi et du café, si vous avez besoin d’un ravitaillement.

Depuis la place Manara, dirigez vous vers la vieille ville de Ramallah, où se trouve le quartier musulman, également appelé Tahta.

La place Manara de Ramallah, en Cisjordanie. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
La place Manara de Ramallah, en Cisjordanie. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Là-bas, on peut trouver de vieilles églises, des mosquées, des musées et des magasins vendant de l’alcool.

En vous promenant dans Tahta, assurez-vous d’aller dans l’un des restaurants de houmous les plus célèbres de Ramallah, Bandali, où l’eau glacée, des pois chiches frais, de l’ail, du jus de citron et une riche huile d’olive constituent les seuls ingrédients de l’un des plats préférés de la ville.

Depuis le centre, vous pouvez marcher ou prendre un taxi vers l’un des plus beaux quartiers de Ramallah, Al Maysoon, où les rues calmes surplombant la ville vibrante abritent de luxueuses maisons.

Ici, vous trouverez des restaurants haut-de-gamme comme Orjuwan, qui sert une cuisine méditerranéenne et palestinienne, avec une viande délicieuse, des fruits de mer, et du vin.

Si vous cherchez quelque chose de moins chic, vous pouvez allez au Garage Café, un restaurant hipster qui ne jurerait pas dans Greenwich Village.

Posted by Garage Coffee Shop & BAR on Friday, 18 September 2015

Dans le café, vous trouverez de la musique jazz, des burgers, des sandwichs, et une sélection de bière pression, que vous pouvez déguster aux côtés d’artistes palestiniens locaux.

Le café sert même un hamburger BLT pour 27 shekels, qui va plutôt bien avec un grand verre, lui aussi à un prix raisonnable, de Hoegaarden.

Une fois que vous avez mangé, vous pourrez voir ce que la vie nocturne de Ramallah a à offrir.

Snobar, qui veut dire « pins » en arabe, est le bar le plus connu de Ramallah. Le bar tire son nom des pins qui entourent le complexe, majoritairement extérieur, une échappée tranquille de la ville trépidante. Le site dispose d’un grill, d’un four en briques pour les pizzas et même d’une piscine (ouverte uniquement pendant les mois chauds).

Snobar, situé dans un autre quartier chic appelé al-Irsal, n’est pas très loin de la place Manara. N’importe quel chauffeur de taxi devrait savoir comment le trouver.

Snow Bar in Ramallah is a really pleasant, chilled out spot. We smoked shisha and enjoyed excellent food.

Posted by Jonathan Sacerdoti on Friday, 19 May 2017

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