Tzipi Livni quitte la politique
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Tzipi Livni quitte la politique

Elle avait été récemment abandonnée par le Parti travailliste d'Avi Gabbay avec qui son mouvement Hatnua formait l'Union sioniste

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

La cheffe du parti Hatnua Tzipi Livni, en campagne électorale le 29 janvier 2019. (Crédit: Flash90)
La cheffe du parti Hatnua Tzipi Livni, en campagne électorale le 29 janvier 2019. (Crédit: Flash90)

L’ancienne ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni a annoncé lundi qu’elle se retirait de la vie politique, constatant la perte totale d’influence de son mouvement moins de deux mois avant les législatives.

Avec Mme Livni, c’est une figure éminente de la politique israélienne et ancienne actrice de premier plan des négociations avec les Palestiniens qui quitte la scène. Mme Livni, 60 ans, avait manqué de peu devenir Première ministre en 2009.

Les sondages en vue des législatives anticipées du 9 avril ne laissaient aucun espoir à son mouvement, HaTnua, de franchir le seuil nécessaire pour être représenté à la Knesset.

« Je me retire de la vie politique et le mouvement que je dirige ne se présentera pas aux prochaines élections », a annoncé Mme Livni lors d’une conférence de presse à Tel-Aviv.

« Nous n’avons pas assez de poids politique pour nous présenter seuls », a-t-elle ajouté.

La députée vétéran Tzipi Livni, qui siège à la Knesset depuis presque 20 ans, a annoncé lundi qu’elle quitterait la politique à la fin de la session actuelle de la Knesset et qu’elle retirait son parti Hatnua de la course électorale en raison de ses faibles performances dans les sondages.

« J’annonce que Hatnua ne se présentera pas lors des prochaines élections », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse à Tel Aviv. « Nous n’avons pas assez de pouvoir politique pour réaliser les principes qui nous sont chers et je ne me pardonnerai jamais si des votes devaient être gaspillés. Je rends les armes aujourd’hui sachant que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour mon pays bien-aimé ».

Cette annonce est survenue trois jours avant la date-butoir de dépôt des listes électorales pour les partis.

Deux sondages publiés dimanche par la Douzième chaîne et la chaîne Kan accordaient à Hatnua moins de 1 % des votes. Avec un seuil électoral qui est actuellement fixé à 3,25 % des suffrages, les partis doivent remporter approximativement 150 000 voix pour entrer à la Knesset – tout nombre inférieur peut-être considéré comme un « gaspillage » des suffrages, dans le sens où ces derniers seront accordés à une formation qui n’entrera pas au parlement israélien.

« Il y a vingt ans, j’ai été élue à la Knesset d’Israël, l’Etat du peuple juif, une démocratie qui assure l’égalité pour tous, la préservation d’une majorité juive en Israël et l’établissement de la reconnaissance d’Israël en tant que démocratie du peuple juif », a dit Livni, retenant ses larmes et la voix tremblant à de multiples reprises durant son discours, hautement critique envers le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Les dernières années ont été dures, la paix est devenue un mot sale, la démocratie est attaquée et avoir un positionnement politique différent de celui du gouvernement est devenu une malédiction, l’annexion est de plus en plus soutenue et aujourd’hui, celui qui a la charge du pays tente de prendre le contrôle du système de la justice tout en attaquant les médias et les forces chargées de faire appliquer la loi », a-t-elle accusé.

« S’il ne s’arrête pas, ces élections seront le dernier souffle de la démocratie en Israël. Nous devons défendre la liberté d’expression de ceux qui ne partagent pas leurs points de vue ».

« Aujourd’hui, je demande à tous les hommes et à toutes les femmes qui m’ont soutenue et qui m’ont demandé de continuer de me pardonner. Je suis encore forte mais c’est la bonne décision à prendre. Continuez à croire en ce chemin que nous avons forgé ensemble, vous pouvez changer la politique », a-t-elle conclu.

Cette décision a été prise après que Livni a échoué à négocier un accord d’union avec un autre parti centriste ou de gauche.

« Je n’ai pas l’intention de jeter les votes de centre-gauche », avait dit Livni à des proches lors de conversations privées, a fait savoir lundi le Yedioth Ahronoth.

Dans la précédente Knesset, Hatnua avait établi un partenariat avec le parti Travailliste pour former l’Union sioniste. Le 1er janvier, elle avait appris la fin de cette alliance d’opposition lors d’une émission retransmise à la télévision en direct de la bouche du leader Travailliste Avi Gabbay et depuis, Hatnua n’avait cessé de chuter dans les sondages. En unissant sa formation à une autre plus importante, au centre de l’échiquier politique, les enquêtes d’opinion avaient montré que Livni pouvait apporter deux sièges ou plus au parti concerné.

Le départ de Livni de l’arène politique a entraîné les réactions d’un grand nombre de députés de gauche, qui ont tous estimé que la disparition de Hatnua était une perte et que la responsable politique serait regrettée.

Le chef du parti travailliste Avi Gabbay et la députée Shelly Yachimovich lors d’une conférence du Parti travailliste à Tel Aviv, le 14 septembre 2017. (Crédit : Flash90)

« Livni a pris une décision courageuse et la politique israélienne a perdu une personnalité précieuse et importante », a déclaré la cheffe de l’opposition Shelly Yachimovich, qui appartient au parti Travailliste. « Je suis sûre que Livni continuera à servir le pays, à l’extérieur de la Knesset également et je lui souhaite bonne chance ».

Tamar Zandberg, dirigeante du Meretz, a qualifié Livni de « lueur brillante dans une Knesset sombre et raciste », ajoutant qu’elle avait été particulièrement impressionnée par son « parcours depuis la droite profonde jusqu’à devenir une voix pro-paix, pro-démocratie et anti-incitations parmi les plus fortes, et ce alors que d’autres gardaient le silence ».

« Elle manquera à la prochaine Knesset, c’est indubitable », a-t-elle continué, tout en ajoutant qu’elle avait la certitude que Livni ne partait pas pour de bon.

« J’ai siégé auprès de Tzipi Livni au cabinet, j’ai siégé auprès de Tzipi Livni dans l’opposition », a pour sa part déclaré le président de Yesh Atid, Yair Lapid. « Nous n’étions pas d’accord sur tout, mais j’apprécie l’honnêteté et la raison. J’apprécie le fait qu’elle ait eu des principes moraux clairs et le fait qu’elle est toujours restée fidèle à ce qu’elle était, même quand c’était difficile. La politique israélienne a perdu aujourd’hui une voix claire et importante. Je lui souhaite de connaître beaucoup de réussite ».

Livni avait commencé sa carrière politique en tant que députée du parti du Likud à la Knesset en 1999. En 2005, elle avait rejoint la formation Kadima, mise en place par l’ancien Premier ministre Ariel Sharon avant le désengagement de la bande de Gaza et elle avait été élue présidente de la formation en 2008. Lors du scrutin qui avait suivi, Kadima avait remporté la majorité des suffrages et était devenu le parti le plus important, mais Livni s’était trouvée dans l’incapacité de former une coalition et Netanyahu était devenu Premier ministre.

En 2012, elle avait créé sa propre formation, Hatnua, après avoir démissionné de la Knesset, la même année, suite à sa défaite lors des Primaires organisées par Kadima pour le leadership du parti. Lors des élections de 2013, Hatnua s’était adjugé six sièges, et elle était devenue ministre de la Justice dans une coalition avec Netanyahu. Elle avait été alors également désignée pour mener les négociations avec les Palestiniens. Lors des élections de 2014, elle avait uni Hatnua au parti Travailliste pour former l’Union sioniste. Elle aura été cheffe de l’opposition du mois de juillet 2017 jusqu’au début de l’année 2019, lorsque l’Union sioniste avait été dissoute.

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