Arméniens, Yazidis et Rom, les 1001 visages du nouveau Parlement turc
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Arméniens, Yazidis et Rom, les 1001 visages du nouveau Parlement turc

Le nouveau Parlement compte 96 femmes sur 550 députés, un record dans un pays quasi exclusivement musulman où la parité reste un défi, surtout en zones rurales

Illustration du drapeau de la Turquie (Crédit : domaine public)
Illustration du drapeau de la Turquie (Crédit : domaine public)

Des députés d’origine arménienne, des représentants de la minorité yazidie, une Rom, de nombreuses femmes : le Parlement turc issu des législatives du 7 juin, qui a débuté ses travaux mardi, affiche une inédite diversité ethnique, religieuse et de genre.

Trois députés d’origine arménienne, Selina Dogan du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), Garo Paylan du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde) et Markar Eseyan, du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) au pouvoir, ont décroché un siège à la « Grande Assemblée nationale ».

« Je ne représenterai pas que les Arméniens » au Parlement, a déclaré à l’AFP Selina Dogan, avocate.

« Comme nous, les femmes musulmanes sunnites peuvent aussi se sentir ‘l’autre’ dans ce pays si elles ne portent par le foulard islamique », a-t-elle expliqué, en promettant de tout faire pour favoriser le dialogue entre son pays et l’Arménie.

Même s’ils ne sont pas les premiers « Arméniens » à y siéger, l’entrée de ces députés dans l’hémicycle revêt une importance symbolique en cette année du centenaire des massacres perpétrés contre leurs aînés par l’Empire ottoman pendant la Première guerre mondiale.

Les commémorations du 24 avril dernier ont suscité de vives tensions entre Ankara, qui nie tout génocide, et les pays qui ont reconnu le caractère systématique des tueries.

D’environ deux millions de personnes à l’époque, la communauté arménienne de Turquie est réduite aujourd’hui à 60 000 membres, selon les chiffres officiels. Mais de plus en plus de Turcs découvrent leurs racines arméniennes, enfouies lors de conversions forcées à l’islam.

Autre particularité du nouveau Parlement, il accueille deux représentants yazidis, une première.

Jusque-là très peu connus, les Yazidis, une communauté kurdophone non-musulmane, ont fait la une de l’actualité en août 2014, lorsque le groupe Etat islamique (EI) a pris le contrôle des alentours du Sinjar, dans le nord de l’Irak.

Les djihadistes ont alors exécuté de nombreux hommes et enlevé des milliers de femmes de cette communauté, vendues comme épouses aux djihadistes ou réduites à l’état d’esclave sexuelle, selon Amnesty International.

Feleknas Uca et Ali Atalan portent tous les deux les couleurs du HDP.

Elue de Diyarbakir (est), Mme Uca veut apporter un peu de « couleur ».

« En Turquie, le système repose sur une nation, une langue, un pays et une religion. Nous, nous voulons plus de religions, plus de langues et plus de nations », a-t-elle déclaré à l’AFP.

A signaler aussi au titre de la diversité, l’entrée au Parlement d’Özcan Purcu (CHP), première députée issue de la communauté Rom de Turquie, et la réélection d’Erol Dora, chrétien syriaque (HDP).

Présenté comme proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le HDP a envoyé au Parlement quelques proches des figures de la rébellion kurde.

Celle qui porte le nom le plus célèbre est Dilek Öcalan, 28 ans, nièce du chef historique du PKK, Abdullah Öcalan, qui purge depuis 1999 une peine de réclusion à vie sur l’île-prison d’Imrali (nord-ouest).

Autre élu, Ziya Pir est le neveu d’un des cofondateurs du mouvement qui mène la rébellion contre l’Etat turc depuis 1984. Après avoir vécu plusieurs années en Allemagne, cet économiste a décidé de rentrer au pays pour se lancer dans la politique.

« Kemal Pir était mon oncle, mort au 57e jour d’une grève de la faim dans une prison située à seulement 200 m de là », a raconté M. Pir à l’AFP.

« Je suis un réaliste qui croit au droit (…) nous allons mener un combat démocratique pour que les droits des Kurdes soient inscrits dans la Constitution », a-t-il promis.

La communauté kurde représente 20 % de la population de Turquie, soit 15 millions de personnes. Des pourparlers de paix ont débuté fin 2012 entre le gouvernement turc et M. Öcalan, mais ils n’ont pas encore abouti à un accord de paix.

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