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Au moins 100 soldats, à Gaza, ont attrapé la leishmaniose cutanée

Contractée dans le sud d'Israël avant d'entrer dans la bande, cette maladie, transmise par les mouches des sables, entraîne des lésions profondes - mais n'empêche pas les militaires de se battre dans la plupart des cas

Photo d'illustration : Une mouche des sables sous un microscope. (Crédit : Organisation mondiale de la Santé)
Photo d'illustration : Une mouche des sables sous un microscope. (Crédit : Organisation mondiale de la Santé)

Alors que les soldats de l’armée israélienne se battent contre les terroristes, à Gaza, certains souffrent de leishmaniose cutanée, une maladie causée par la piqûre d’une mouche des sables infectée par un parasite et qui entraîne des lésions et des ulcères sur la peau.

Selon des informations transmises par les médias israéliens, il y a plusieurs jours, ce sont des dizaines de militaires qui sont actuellement concernés. L’armée a confirmé auprès du Times of Israel, mardi, que ce chiffre était d’environ cent.

Selon le professeur Eli Schwartz, chef du laboratoire moléculaire des maladies tropicales à l’hôpital Sheba et qui est également président de la Société israélienne de parasitologie et de maladies tropicales, le nombre exact de cas reste difficile à déterminer en période de guerre.

« Il pourrait bien être nettement supérieur dans la mesure où les soldats dont les lésions sont plus petites peuvent ne pas encore avoir demandé à être soignés. Ils sont engagés sur le front et ils ont des choses plus urgentes à gérer », explique Schwartz.

Schwartz précise rapidement que les militaires, selon toute probabilité, ont été piqués par des mouches des sables porteuses du parasite avant d’entrer à Gaza. En effet, ce type particulier de leishmaniose (elle est aussi connue en Israël sous le nom de « Rose de Jéricho) est endémique en Israël, pas à Gaza.

Il faut un mois pour que les lésions disgracieuses, qui ont une forme de cratère, fassent leur apparition après la piqûre initiale.

Les mouches ont probablement piqué les troupes alors que ces dernières étaient amassées le long de la frontière de Gaza – elles étaient des dizaines de milliers – s’entraînant et se préparant en vue de l’incursion terrestre qui a finalement été lancée en date du 27 octobre.

Photo d’illustration : Une lésion cutanée ulcéreuse causée par la leishmaniose sur la main d’un homme originaire d’Amérique centrale. (Crédit : CDC/Dr. D.S. Martin via Wikimedia Commons)

La leishmaniose cutanée est aussi présente dans d’autres parties du monde, en particulier en Amérique du sud où des souches très virulentes nécessitent, pour les malades, des traitements généralisés dont les effets secondaires sont lourds et nombreux. Selon Schwartz, l’armée américaine avait été aux prises avec cette maladie – qui avait alors posé d’importants problèmes à ses militaires – lors de la guerre menée par les États-Unis dans le Golfe persique, dans les années 1990.

Il y a deux types de leishmaniose différents selon le parasite impliqué dans sa propagation, l’hôte du parasite et la région où ils évoluent.

Le premier type de leishmaniose cutanée est entraîné par le parasite leishmania tropica. C’est le Daman du cap, connu également sous le nom de blaireau des rochers, qui vit dans les secteurs rocailleux de Judée-Samarie et de Galilée, qui sert d’hôte à ce parasite.

Le deuxième est entraîné par le principal parasite leishmania. Divers rongeurs – gerbilles, certaines espèces de rat, mériones, mulots… – peuvent être vecteurs de ce parasite, qui se trouve dans les zones plus sablonneuses du pays et notamment dans la région d’Araya et du Neguev, ce qui comprend la zone frontière de la bande de Gaza.

Photo d’illustration : Une famille de Damans du cap. (Crédit : CC, BY-SA Siegmund K. M./Wikimedia)

Dans les deux cas, c’est une mouche des sables femelle qui pique l’animal hôte, lui transmettant ainsi du sang infecté. L’insecte, à la recherche d’un nouveau repas, pique un être humain et l’infecte à son tour. La lésion cutanée se développe finalement à l’endroit de la blessure.

« Les mouches des sables piquent la nuit et ainsi, ce sont toutes les zones exposées de l’épiderme qui peuvent être touchées. Cela peut être les pieds si le soldat a enlevé ses bottes et ses chaussettes. Cela peut être aussi le visage ou les mains », explique Schwartz.

Cette leishmaniose a tendance à être plus problématique au printemps, plus chaud, pendant l’été ou dans les premiers mois de l’automne, quand les mouches des sables sont plus actives. Il y a toujours eu des cas de la maladie, fait remarquer Schwartz, qui ajoute toutefois qu’une recrudescence est claire parmi les soldats qui étaient amassés le long de la frontière au lendemain de l’attaque meurtrière commise, le 7 octobre, dans le sud d’Israël.

« Nous venons tout juste de terminer de rassembler des données et nous avons habituellement environ un millier de cas par an sur tout le sol israélien. Ces cas semblent donc beaucoup plus courants aujourd’hui », souligne Schwartz.

Il y a parfois des épidémies locales au sein des communautés – 50 cas de leishmaniose cutanée avaient été enregistrés à Tzofim, dans le nord de la Cisjordanie, et dans ses environs pendant le printemps 2016.

Le meilleur moyen de prévenir une piqûre de mouche des sables est d’utiliser un répulsif anti-moustique sur tout le corps et d’utiliser aussi des filets et des moustiquaires du crépuscule jusqu’au lever du soleil.

Les dégâts entraînés par la souche de la maladie présente en Israël ne concernent habituellement que la peau. Les ulcères ne sont que temporaires mais ils peuvent être à l’origine d’une infection ou laisser une cicatrice. Ils peuvent aussi être douloureux et gêner les mouvements.

Le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Herzi Halevi, s’adressant aux soldats dans le sud d’Israël, le 15 octobre 2023. (Crédit : Armée israélienne)

Toutefois, la leishmaniose cutanée reste beaucoup moins grave que la leishmaniose viscérale, qui attaque les organes et qui est mortelle dans 95 % des cas si elle n’est pas soignée, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

« Cette version de la maladie provient d’une différente espèce de parasite. Elle se rencontre habituellement dans certaines parties de l’Afrique ou en Inde. Dans l’ensemble, la leishmaniose est une maladie des pays pauvres, sous-développés. Israël fait réellement figure d’exception et le gouvernement devrait faire davantage pour contrôler les animaux qui sont porteurs de ces parasites », ajoute Schwartz.

Selon lui, les militaires atteints par la leishmaniose peuvent, de manière générale et une fois le diagnostic dûment posé, être soignés sur le terrain par les médecins de l’armée et continuer le combat. Seuls les cas très graves nécessiteront une prise en charge dans un hôpital israélien.

« Dans la majorité des cas, il n’est pas nécessaire de soumettre le malade à un traitement médicamenteux généralisé qui est risqué », note-t-il.

Si c’est nécessaire, des médicaments pourront être directement injectés dans l’ulcère. Des médecins utilisent aussi, parfois, de l’azote liquide pour geler la lésion.

Photo d’illustration : Un petit garçon atteint d’une leishmaniose se fait administrer de l’azote liquide à l’hôpital de dermatologie Bir Al-Ostah Milad de Tripoli, en Libye, le 11 février 2019. (Crédit : Mahmud Turkia/AFP)

« Pour la majorité des patients, nous utilisions une pommade tropicale anti-parasitique appelée Leshcutan. Elle était fabriquée par Teva [la firme pharmaceutique israélienne] mais Teva a récemment arrêté de la commercialiser », dit Schwartz.

L’armée a donc des difficultés à trouver une alternative. Selon Schwartz, elle a ainsi fait appel à une pharmacie majeure qui a rapidement produit une préparation similaire à destination de l’armée exclusivement.

« Ce qui apparaît clairement suite à cela et suite à ce que nous pouvons constater par ailleurs, c’est que nous avons réellement besoin d’un meilleur traitement pour la leishmaniose », s’exclame Schwartz.

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