Le renseignement militaire fait de la Cisjordanie sa priorité
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Le renseignement militaire fait de la Cisjordanie sa priorité

Une unité d'élite du renseignement utilise des drones, des satellites espions et des logiciels pour faire un "Google Maps, mais militaire" de la zone

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un soldat de l'unité 9900 de renseignement militaire, qui se spécialise dans le renseignement visuel, utilise une carte sur une base du centre d'Israël à une date inconnue. (Autorisation : Armée israélienne)
Un soldat de l'unité 9900 de renseignement militaire, qui se spécialise dans le renseignement visuel, utilise une carte sur une base du centre d'Israël à une date inconnue. (Autorisation : Armée israélienne)

L’armée israélienne a fait de la Cisjordanie sa priorité, au-dessus d’autres fronts, en vue d’une possible décision d’annexion du gouvernement, a déclaré jeudi un officier du renseignement militaire.

L’officier, qui sert dans l’Unité 9900 spécialisée sur le renseignement visuel, a révélé aux journalistes que le Commandement central de Tsahal « cartographiait des maisons de Cisjordanie en haute résolution » alors que le gouvernement envisage d’annexer des parties de la zone.

« J’aurais préféré [me focaliser sur] un autre front, mais j’en ai fait ma priorité », a indiqué l’officier, s’exprimant sous couvert d’anonymat, sans dire précisément à quel « autre front » il faisait référence.

Des responsables de la Défense – actuels et anciens – ont prévenu que la décision d’annexion pourrait déclencher des violences. Cela contraindrait l’armée à détourner des ressources d’autres fronts, notamment en Syrie et au Liban. Des hauts gradés de l’armée se sont plaints d’être tenu à l’écart des projets d’annexion du gouvernement, ce qui rend encore plus difficile leurs préparations militaires.

L’officier haut gradé a fait savoir que l’Unité 9900 avait récemment mené un exercice simulant les conséquences possibles de l’annexion.

Après des mois de spéculations et d’anticipation que le gouvernement allait annoncer une décision d’annexer certaines zones de la Cisjordanie le mercredi 1er juillet – le premier jour autorisé pour procéder à l’annexion en vertu de l’accord de coalition conclu entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz – aucune déclaration n’a été faite. Le sujet reste pourtant bien à l’agenda du cabinet, en l’attente d’un consensus interne et du feu vert des États-Unis.

En préparation d’une telle décision, l’Unité 9900 du renseignent militaire a reçu pour mission de produire des cartes à jour de l’ensemble de la Cisjordanie.

L’Unité 9900 est un service original du renseignement militaire de Tsahal, formé en 1948. Ces dernières années, elle a pris une importance grandissante avec le développement de logiciels avancés de cartographie et d’algorithme de big data. L’arrivée de capteurs et de drones puissants et peu onéreux permet aux soldats sur le terrain de recevoir des images consistant en des cartes interactives, très détaillées et en trois dimensions de zones dans lesquelles ils opèrent.

L’objectif de l’unité est effectivement de créer un « Google Maps, mais militaire », a confirmé un autre officier de l’unité.

Des soldats de l’unité 9900 de renseignement militaire, spécialisée dans le renseignement visuel, testent un simulateur de combat sur une base du centre d’Israël à une date inconnue. (Autorisation : Armée israélienne)

Mais l’armée opère avec des contraintes beaucoup strictes et plus lourdes qu’une entreprise civile : si Google donne le mauvais horaire pour une boutique, un utilisateur pourrait avoir à attendre un jour de plus pour acheter le produit qu’il désire. Si l’Unité 9900 dit à un pilote qu’un bâtiment est vide alors qu’il ne l’est pas, des innocents peuvent mourir.

L’unité collecte des renseignements pour ses cartes des trois manières : avec des satellites espions, des avions de reconnaissance – en coopération avec l’armée de l’Air israélienne – et des drones. L’unité peut également recevoir des informations d’autres unités au sein du renseignement militaire, ce qui peut encore l’aider à améliorer ses cartes.

« Tout ce qui peut m’apporter des données de localisation, je peux l’utiliser dans une carte », a noté un troisième officier de l’unité.

Avec ces informations et en utilisant de puissantes techniques informatiques comme le réseau de neurones artificiels et d’autres formes d’intelligence artificielle, l’unité espère construire des cartes qui seront ensuite disponibles pour les officiers de terrain, en leur fournissant des modèles en trois dimensions des bâtiments, y compris l’organisation des étages dans certains cas. Ces cartes sont aussi interactives, permettant à la fois aux unités sur le terrain et aux officiels du renseignement à l’écart du front d’identifier et de définir les cibler à attaquer, mais aussi les menaces ou les civils à éviter. Ces informations ont pour vocation d’être disponibles à l’ensemble de l’armée, ce qui signifie qu’un officier de l’infanterie au sol, une batterie de canons à quelques kilomètres et un avion de chasse au-dessus peuvent tous voir la même cible. Cela permet aux commandants de décider qui d’entre eux devrait mener l’attaque.

Un soldat de l’unité 9900 de renseignement militaire, spécialisée dans le renseignement visuel, teste un simulateur de combat sur une base du centre d’Israël à une date inconnue. (Autorisation : Armée israélienne)

Certains aspects de ces cartes sont toujours en processus de développement, alors que beaucoup d’entre eux sont prêts à être testés. De fait, la 36e division de Tsahal, qui opère dans le nord d’Israël, va bientôt tester ces nouveaux systèmes dans un exercice qui concernera toute la division. Après cela, le système sera utilisé le long de la frontière de Gaza, selon l’armée.

En plus de leurs applications sur le terrain, les cartes de haute qualité peuvent aussi être utilisées pour créer des simulations informatiques réalistes – comme des jeux vidéos proches de la vie réelle – que les unités peuvent utiliser pour préparer des missions.

Pour l’opération Entebbe de 1976, au cours de laquelle des commandos israéliens ont sauvé des otages juifs qui étaient détenus par des terroristes dans un aéroport en Ouganda, une équipe de constructeurs avait été mobilisée pour construire des modèles physiques de la structure afin que les soldats puissent s’entraîner. Maintenant, une équipe de programmeurs informatiques peut construire un modèle numérique presque parfait en un rien de temps.

Des drones, des drones partout

Alors que l’unité utilise des satellites espions et des avions de reconnaissance depuis des décennies, l’utilisation de drones s’est fortement développée ces dernières années. Le prix des drones et des capteurs a énormément baissé, devenant facilement accessibles sur le marché civil.

Ces outils autrefois onéreux coûtent maintenant « des broutilles, pour un budget militaire », a souligné un quatrième officier. Cela signifie qu’ils coûtent entre quelques milliers et centaines de milliers de shekels à l’unité.

Un drone « Matrice » avec des capacités de vision nocturne. (Judah Ari Gross/Times of Israël)

Les drones, les caméras et autres capteurs peuvent aussi être achetés dans le grand commerce. Si et quand ils tombent dans le territoire ennemi, il n’y a aucun risque de dévoiler des technologies secrètes.

« Si un drone est abattu, l’ennemi va découvrir un élément top secret : il y a une entreprise appelée Sony, et elle vend des caméras », a plaisanté l’officier.

Un autre officier de l’unité a déclaré que l’avantage de tels drones est qu’ils volent assez bas pour ne pas être détectés par des radars ou être affectés par des nuages et assez haut pour ne pas être facilement repérés à l’œil nu. Il a cependant insisté qu’ils sur le fait qu’ils n’avaient pas vocation à être furtifs.

Les opérateurs de ces drones sont en alerte constante, avec leurs appareils et ordinateurs de contrôle rangés dans une camionnette. Ils peuvent être mobilisés en l’espace de quelques minutes sur une zone pour effectuer des vols de reconnaissance et donner des cartes en trois dimensions.

Interrogé sur la possibilité de voir des drones construits par des entreprises chinoises être un jour exploités par Pékin – inquiétude qui a conduit l’armée américaine à rejeter toute utilisation de drones chinois – l’officier a reconnu que l’armée était effectivement préoccupée par cette éventualité.

« Nous essayons de ne pas utiliser de drones chinois en opération, a-t-il déclaré, ajoutant que les modèles chinois de l’unité 9900 étaient principalement utilisés à l’entraînement.

Les drones utilisés en opération sont soit produits par des entreprises israéliennes ou acheté auprès d’autres pays.

« Mais les [drones en eux-mêmes] ne sont pas très importants, ce sont les capteurs qui comptent », a précisé l’officier.

Alors que les drones et les capteurs sont tous achetés à des entreprises civiles, l’armée a demandé que le nom des fabricants et des modèles spécifiques ne soient pas publiés.

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