3 responsables démissionnent du conseil d’administration d’Auschwitz
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3 responsables démissionnent du conseil d’administration d’Auschwitz

Ils protestent contre la nomination de Beata Szydlo au conseil d’administration de ce musée national polonais, car son parti Droit et justice aurait manipulé le bilan de la Shoah

La Premier ministre polonaise de l'époque, Beata Szydlo, allume une bougie au Monument international aux victimes du fascisme, après une cérémonie marquant le 72e anniversaire de la libération du camp d'extermination nazi allemand d'Auschwitz-Birkenau, à Oswiecim, en Pologne, le 27 janvier 2017. (Crédit : AP Photo / Czarek Sokolowski)
La Premier ministre polonaise de l'époque, Beata Szydlo, allume une bougie au Monument international aux victimes du fascisme, après une cérémonie marquant le 72e anniversaire de la libération du camp d'extermination nazi allemand d'Auschwitz-Birkenau, à Oswiecim, en Pologne, le 27 janvier 2017. (Crédit : AP Photo / Czarek Sokolowski)

Une éminente femme politique polonaise de droite, Beata Szydło, du parti Droit et justice, a été nommée au conseil d’administration du musée national d’Auschwitz, ce qui a poussé ces derniers jours trois membres du conseil d’administration à démissionner, alléguant un acte de politisation.

Le responsable juif et philosophe Stanislaw Krajewski a été le premier à prendre cette décision. Il a été suivi par les historiens Marek Lasota, qui appartient également au parti au pouvoir, et Krystyna Oleksy, ancienne directrice adjointe du musée d’Auschwitz.

Le conseil d’administration du musée national d’Auschwitz était jusqu’alors composé d’experts – il réunit neuf membres polonais qui se réunissent une fois par an pour conseiller le directeur du musée et est distinct du Conseil international d’Auschwitz, qui comprend des survivants de la Shoah et des experts internationaux.

Beata Szydło y a été nommée pour un mandat de quatre ans par le ministre de la Culture Piotr Gliński, membre du même parti de droite. Szydło a été présidente du Conseil des ministres polonais pendant près de deux ans, entre 2015 et 2017.

« Je comprends cela comme une politisation du Conseil », a écrit Krajewski, qui devait entamer un troisième mandat de quatre ans, dans une lettre à Gliński, a rapporté Onet. « Dans une telle situation, je ne vois aucune possibilité pour moi de continuer ma fonction dans ce contexte. »

« Il est difficile de dire ce qui se passerait, mais cela changerait considérablement la nature du groupe », a déclaré Krajewski. « Je ne veux pas faire partie du même conseil qu’un responsable politique majeur du parti au pouvoir aujourd’hui. »

Le soleil éclaire les bâtiments de l’entrée de l’ancien camp de la mort nazi d’Auschwitz à Oswiecim, en Pologne, le 6 décembre 2019. (Crédit : Markus Schreiber/AP)

Sous la direction du parti Droit et Justice, la Pologne a été accusée d’avoir manipulé le bilan historique de la Shoah – une allégation que le parti a rejetée, affirmant qu’il préserve le pays de tels abus. En 2019, Droit et Justice a adopté une loi controversée qui interdit de blâmer la Pologne pour la Shoah.

Le musée national d’Auschwitz est resté autant que possible en dehors de ce débat, et a maintenu son statut international de site majeur de préservation et de recherche.

Cependant, le musée semble avoir politisé sa qualité de lieu de cérémonies de commémoration de la Shoah, puisque le gouvernement polonais sous la direction du parti Droit et Justice a effectivement désinvité le président russe Vladimir Poutine à ces cérémonies.

Ce sont pourtant les troupes russes qui ont libéré le camp d’Auschwitz, construit par l’Allemagne nazie en Pologne occupée.

« La crainte est que [la nomination de Szydło] ne soit un autre pas pour diriger le musée d’Auschwitz-Birkenau vers leur politique historique », a déclaré Krajewski.

Sebastian Rejak, directeur par intérim du bureau du Comité juif américain pour l’Europe centrale, a déclaré qu’il soutenait pleinement la décision des trois responsables de démissionner, ajoutant : « Moins il y a de politique dans l’enseignement de l’histoire et la mémoire du passé, mieux c’est. »

Plus tôt cette semaine, Beata Szydło, qui a fait des études d’ethnographie et d’histoire, a qualifié sa nomination « d’honneur et de grand devoir pour [elle], habitante de la région d’Oswiecim », où se trouve le camp nazi.

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