Après des mois de menaces de Trump, les signes vers une reprise de la guerre contre l’Iran se multiplient
Téhéran refusant de céder dans les négociations, tout porte à croire que les combats reprendront après les élections de mi-mandat
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Depuis que le protocole d’accord passé entre le président américain Donald Trump et l’Iran a, sans surprise, volé en éclats, une éventuelle attaque américaine – voire israélienne – contre la République islamique semble de plus en plus inévitable.
Ces prédictions font souvent suite aux dernières menaces incendiaires de Trump, qui se sont révélées être un indicateur fiable non pas de l’imminence d’une attaque, mais plutôt de son absence totale d’intention de relancer des opérations militaires intensives contre l’Iran.
Pourtant, un retour à la guerre dans les semaines à venir semble désormais probable.
Les raisons sont nombreuses de penser que les chances d’une attaque américaine – ou d’une nouvelle opération conjointe avec Israël – ont augmenté, et les Iraniens en sont conscients.
Mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils ont l’intention de céder.
« Aller jusqu’au bout »
Israël semble pressé de reprendre le combat contre l’Iran.
Selon de nombreuses sources, le Premier ministre Benjamin Netanyahu tente de convaincre Trump de lancer une frappe conjointe – ou, du moins, de donner son feu vert à une opération israélienne.
Voici deux semaines, des responsables américains ont déclaré à la chaîne d’information N12 qu’ils pensaient que Netanyahu souhaitait lancer une attaque avant les élections.
Une source américaine a indiqué que Netanyahu « avait abordé la question » d’une reprise des attaques « à plusieurs reprises », et que Trump avait répondu au Premier ministre qu’il pouvait « commencer à se préparer », sans toutefois s’engager officiellement à donner son feu vert à une attaque.
La semaine dernière, des sources ont confié au Financial Times qu’Israël était prêt, le week-end du 10 octobre, à mener des frappes contre des installations nucléaires et des centrales électriques iraniennes, mais que Trump l’en avait empêché.
Et dimanche, des informations ont fait état d’une « confrontation sans précédent » ces derniers jours entre Netanyahu et le chef d’état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, au sujet d’une action militaire non précisée que le Premier ministre souhaitait faire avancer. D’après des responsables de la Défense, cette opération risquait d’entraîner une confrontation rapide avec l’Iran peu avant les élections.
« Cela concerne une action pouvant conduire à une escalade avec l’Iran, à un moment critique et délicat, ce qui pourrait entraîner [potentiellement] une erreur d’appréciation », a déclaré une source des services de sécurité à N12.
Depuis que Trump a brusquement mis un terme à la campagne américano-israélienne contre l’Iran en avril, son intention de ne pas reprendre la guerre avant les élections de mi-mandat de novembre est devenue évidente.
Ce scénario n’a pas changé. Lundi, CNN a rapporté qu’Israël avait fait pression sur les États-Unis la semaine dernière pour qu’ils soutiennent, voire s’associent, à des frappes israéliennes contre l’Iran. Mais Trump a demandé à Israël de patienter, laissant entendre qu’il donnerait prochainement son accord à des opérations conjointes.
« Il n’y aura pas de frappe aujourd’hui », a affirmé Trump aux journalistes dimanche.
Mais les élections de mi-mandat approchent à grands pas, et Trump a durci son discours ces derniers jours.
« À moins qu’ils ne changent rapidement d’attitude, nous allons bientôt finir le travail », a déclaré Trump dans son premier message de soutien à Netanyahu, dans lequel il se vantait des dégâts infligés à l’Iran par les États-Unis et Israël.
« Nous devons aller jusqu’au bout ! », a écrit Trump dimanche dans un deuxième message de soutien, dans lequel il réaffirmait une nouvelle fois leurs liens.
Si ces déclarations de Trump n’ont en elles-mêmes pas nécessairement une grande portée, elles interviennent dans un contexte marqué par des mesures concrètes en vue d’une nouvelle attaque de grande envergure.
Au début du mois, Trump a ordonné au porte-avions USS Theodore Roosevelt et à son groupe aéronaval de mettre le cap sur le Moyen-Orient, avec environ 10 000 Marines du groupe amphibie USS Makin Island. Leur arrivée est prévue d’ici la fin novembre. Elle portera à trois le nombre de porte-avions américains au large des côtes iraniennes.
« Une question de temps »
Les Iraniens s’attendent depuis longtemps à une reprise des hostilités.
« Les Iraniens estiment, avec une forte probabilité en tout état de cause, que Trump a sans doute l’intention de lancer de nouvelles attaques après les élections de mi-mandat », a déclaré Raz Zimmt, spécialiste de l’Iran à l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS).
« Ils sont témoins des préparatifs, ils constatent les mesures de préparation et ils entendent les déclarations ; surtout, ils savent que la fracture actuelle, du moins entre les États-Unis et l’Iran, est extrêmement difficile à surmonter. C’est pourquoi, en Iran, les autorités partent du principe que la reprise de la guerre n’est qu’une question de temps. »
Malgré les versions légèrement divergentes exprimées par divers responsables américains, les principales exigences de Trump sont claires : l’Iran devra renoncer à l’enrichissement d’uranium sur son territoire, exporter son uranium enrichi et mettre fin à toute menace visant la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Ce n’est qu’alors qu’il pourra commencer à bénéficier d’un allègement significatif de ses sanctions économiques.
Ces conditions sont à des années-lumière de la position de l’Iran. En échange d’un simple cessez-le-feu initial de sept jours suivi de négociations, l’Iran a exigé que les États-Unis mettent fin à leur blocus de la navigation iranienne, lèvent les sanctions pétrolières, débloquent les avoirs gelés et mettent fin à la guerre « sur tous les fronts » – un euphémisme utilisé pour forcer Israël à se retirer du Sud-Liban.
Ou, comme l’a formulé Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, l’Iran exige tout d’emblée : « La levée du blocus, des sanctions, des sanctions internationales et l’accès à des milliards d’actifs, juste pour entamer des discussions. »
Et même si ces discussions devaient avoir lieu, la situation dans le détroit d’Ormuz ne reviendra pas à ce qu’elle était avant la guerre, assure l’Iran. Les dirigeants de la République islamique considèrent le contrôle de ce passage stratégique comme l’une des principales victoires de leur pays dans cette guerre ; ils sont déterminés à ne faire aucune concession à ce sujet.
L’Iran ne semble pas non plus disposé à faire des concessions sur ses autres conditions. Même face à un blocus américain particulièrement efficace, alors que l’inflation s’emballe et que l’économie ralentit, l’Iran n’a renoncé à aucune de ses exigences.
Le blocus américain et la menace de guerre ont beau représenter un danger, la République islamique reste convaincue que céder aux exigences des États-Unis serait bien plus risqué pour le régime.
L’Iran sait que son programme nucléaire est désormais son meilleur atout de négociation et qu’il doit arracher aux États-Unis toutes les concessions possibles avant même d’accepter des restrictions, aussi modérées soient-elles.
Une campagne plus ciblée
En l’absence de véritable perspective de règlement négocié, toutes les parties se préparent à un retour à la guerre.
Netanyahu n’a cessé de mettre en garde contre une éventuelle attaque iranienne visant Israël avant les élections de mardi.
Mais cette hypothèse n’est guère plausible. L’Iran s’attend certes à une nouvelle vague de combats, mais il n’a guère de raisons d’en provoquer une.
Et s’il intensifie la pression sur les alliés arabes des États-Unis, en particulier l’Arabie saoudite, il évite ostensiblement tout ce qui pourrait déclencher une nouvelle attaque de la part du pays qu’il redoute le plus actuellement.
« L’Iran n’a pas attaqué directement Israël depuis le début du mois de juin, car il craint, à juste titre, une riposte sévère de Jérusalem », a déclaré Michael Makovsky, président-directeur général du Jewish Institute for National Security of America, « qui viserait des infrastructures énergétiques nationales telles que les raffineries et les centrales à gaz naturel qui alimentent le réseau électrique, ainsi que des cibles stratégiques, des missiles et peut-être même des installations nucléaires. »
Désormais, le lancement d’une telle opération ne semble plus être qu’une question de temps. Une fois les élections de mi-mandat américaines passées, début novembre, Trump abordera les deux dernières années de son mandat avec l’intention de laisser une empreinte durable.
Tant que le conflit avec l’Iran restera sans issue, les citoyens américains continueront de supporter la hausse des prix de l’essence et l’inflation. Trump, qui a fait de la situation économique des États-Unis un axe central de ses deux mandats, refuse d’être considéré comme le président qui a laissé le pays en ruine.
Il ne souhaite pas non plus apparaître comme un président incapable de trouver une issue, quelle qu’elle soit, à la question nucléaire iranienne – et à la menace que représente Téhéran pour le détroit d’Ormuz.
Il n’est par ailleurs pas certain qu’une nouvelle campagne américano-israélienne soit couronnée de succès si ses objectifs sont trop ambitieux.
Les alliés désirent peut-être voir la République islamique s’effondrer définitivement, mais un changement de régime n’est pas quelque chose qu’une campagne de bombardements pourrait permettre d’obtenir, comme l’a clairement montré le conflit survenu plus tôt cette année.
Une approche plus raisonnable consisterait à tenter d’influencer les choix de l’Iran concernant un accord avec les États-Unis.
Des frappes contre les installations énergétiques iraniennes pourraient intensifier la pression exercée sur le régime depuis l’intérieur du pays, l’obligeant à assouplir sa position. La neutralisation des capacités iraniennes en matière de drones et de missiles rendrait plus difficile pour Téhéran de menacer le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.
Une telle campagne pourrait également viser les éléments restants du programme nucléaire iranien, en particulier le mont Kolang. Ce site, profondément enfoui sous une montagne au sud du site d’enrichissement nucléaire iranien de Natanz, n’a pas été touché lors des deux campagnes américano-israéliennes. L’agence de surveillance nucléaire des Nations unies n’y a d’ailleurs jamais eu accès.
Selon les États-Unis et Israël, l’Iran aurait transféré ses centrifugeuses et une partie de son uranium hautement enrichi vers ce site.
Netanyahu préfèrerait évidemment mener une telle attaque avec un mandat clair des électeurs israéliens lui permettant de continuer à combattre l’axe iranien aux côtés de Trump.
Mais il est loin d’être certain qu’il obtienne ce mandat ; et s’il ne l’obtient pas, il disposera tout de même brièvement, avant la formation d’un nouveau gouvernement israélien de l’autorité nécessaire pour ordonner une nouvelle campagne contre l’Iran. Ce scénario pourrait même être pour lui la meilleure façon de quitter le pouvoir.
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