Importation du conflit : Les Juifs européens s’attendent à des répercussions
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Importation du conflit : Les Juifs européens s’attendent à des répercussions

Beaucoup craignent que “l’importation du conflit” ne provoque des agressions; en 2014 pendant la guerre de Gaza, l'Europe a connu la pire vague d’antisémitisme depuis la Shoah

Un incendie à Sarcelles, en France, à la suite d'un rassemblement pro-palestiniens qui s'est transformé en émeute, le 20 juillet 2014. (Crédit : Cnaan Liphshiz / JTA)
Un incendie à Sarcelles, en France, à la suite d'un rassemblement pro-palestiniens qui s'est transformé en émeute, le 20 juillet 2014. (Crédit : Cnaan Liphshiz / JTA)

JTA – Alors que le bilan des morts du conflit entre Israéliens et Palestiniens augmente, les craintes que les Juifs européens ne soient pris pour cible dans le phénomène dit « d’importation du conflit » augmentent également.

C’est ce qui s’était passé lors du conflit entre le Hamas et Israël en 2014, qui avait alors déclenché la pire vague de violence antisémite en Europe depuis la Shoah.

Cet été-là, des dizaines d’hommes, la plupart d’origine musulmane et certains sortis d’un grand rassemblement pro-palestinien, ont assiégé une synagogue bondée à Paris. Pendant de longues minutes, des hommes juifs ont tenu la foule à distance alors que les assaillants leur lançaient des objets lourds, notamment les meubles d’un café voisin.

Une dizaine de synagogues, la plupart en France, ont été incendiées. Et dans la banlieue parisienne de Sarcelles, des émeutiers ont brisé les fenêtres de plusieurs entreprises appartenant à des Juifs, produisant des séquelles qui pour certains évoquaient la Nuit de cristal, ou Kristallnacht, les pogroms de 1938 qui présageaient la Shoah.

Des manifestants affrontent la police anti-émeute à Sarcelles, une banlieue au nord de Paris, le 20 juillet 2014, lors d’une manifestation pour dénoncer la campagne militaire d’Israël à Gaza et montrer leur soutien au peuple palestinien. (AFP / Omar Bouyacoub)

Les Juifs avaient également subi des attaques quand Israël a combattu le Hamas en 2009, et pendant la deuxième Intifada qui a commencé en 2000 et déclenché la première grande flambée de violence antisémite en Europe en relation avec le conflit israélo-arabe. Des centaines d’attaques ont été documentées, notamment des incendies de synagogues.

Déjà, on décèle des signes annonciateurs que le cycle actuel de violence israélo-palestinienne pourrait se répandre en Europe. En début de semaine, des drapeaux israéliens ont été incendiés devant deux synagogues allemandes. Environ 200 personnes dans la ville de Gelsenkirchen, dans l’ouest de l’Allemagne, ont marché mercredi vers une synagogue locale en criant « Juifs de merde ». Et des graffitis « Palestine libre » ont été peints à la bombe sur une autre synagogue en Espagne.

À Londres, un militant pro-israélien a reçu un coup de pied dans la tête au milieu des chants de « f***ing Jews » lors d’une petite contre-manifestation près d’un vaste rassemblement mardi pour protester contre la réponse militaire d’Israël à Gaza.

Jusqu’à présent, l’intensité des incidents antisémites a été faible par rapport à 2014, selon Ophir Revach, directeur du Centre de sécurité et de crise du Congrès juif européen, qui coordonne les politiques de sécurité dans les communautés juives européennes. Revach a déclaré qu’il espérait que la fermeture de la plupart des institutions juives à cause de la pandémie de COVID-19 réduirait les possibilités de violence, mais il craint que les personnes visiblement juives ne soient en danger.

Une manifestation pro-palestinienne dans le centre de Manhattan, dans le contexte de la flambée de violence entre Israël et Gaza, le 11 mai 2021. (Capture d’écran / Twitter)

« Nous ne conseillons pas aux Juifs de retirer leur kippa en public, maintenant ou jamais », a-t-il dit. « Les Juifs devraient vivre leur vie comme ils l’entendent. Mais il y a un risque. Il y a toujours un risque. Et maintenant, il y a probablement un risque élevé pour les personnes qui portent une kippa. »

Ceux qui se souviennent du déroulement des événements dans le passé s’inquiètent de ce qui pourrait se produire dans les jours à venir.

« La dynamique est la suivante : les hostilités commencent à Gaza ou en Judée-Samarie, l’incitation commence dans les mosquées et sur Internet en France, ça macère pendant quelques jours, puis le vendredi arrive, il y a des prières dans les mosquées, et la violence se déchaîne lors d’une manifestation », a déclaré Sammy Ghozlan, ancien policier qui dirige désormais un groupe de surveillance de la communauté juive en France, le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme. (Judée-Samarie est le nom biblique de la Cisjordanie.)

« Le point critique à surveiller est le vendredi 14 mai », a déclaré Ghozlan en début de semaine. « Si les combats se poursuivent jusque-là, des violences contre les Juifs se produiront en France, en Europe. »

Les autorités françaises, qui luttent contre une vague d’attaques islamistes contre des cibles juives et non juives, semblent partager ces inquiétudes. Mercredi, ils ont refusé de délivrer un permis pour une manifestation prévue à Paris contre les actions israéliennes à Gaza.

C’est une décision inhabituelle, car la capitale a autorisé des manifestations malgré une politique stricte liée à la COVID-19, qui comprend des couvre-feux, une fermeture totale des restaurants et une exigence de masque même à l’extérieur.

Les événements risquent « d’importer le conflit sur le territoire national dans un contexte préexistant de tensions fortes et pourraient conduire à un trouble de l’ordre public », a déclaré Didier Lallement, qui dirige la préfecture de police de Paris.

Bertrand Heilbronn, un activiste pro-palestinien, a été brièvement placé en garde à vue mercredi soir pour avoir tenté d’organiser des manifestations sans autorisation.

Les actions d’Israël ont reçu le soutien sans équivoque de certains gouvernements européens, notamment la République tchèque, dont le Premier ministre Andrej Babis a écrit mercredi sur Twitter : « Nous sommes aux côtés d’Israël ». Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjártó, a écrit : « Nous manifestons notre pleine solidarité avec Israël et reconnaissons son droit à la légitime défense. »

Le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, a déclaré mercredi dans un communiqué : « Israël a le droit de se défendre contre ces attaques » des djihadistes du Hamas et de Gaza, dont « l’objectif est de tuer sans discrimination » et qui « n’ont aucune justification ».

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a fait une déclaration plus impartiale qui impliquait une critique d’Israël. « Je suis profondément préoccupé par l’escalade en cours au Moyen-Orient causée par un manque d’horizon politique face à une situation qui dure depuis trop longtemps. J’appelle toutes les parties impliquées à faire preuve de la plus grande retenue », a-t-il déclaré.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a tweeté que le Royaume-Uni « condamne les attaques à la roquette du Hamas contre des civils et appelle à la désescalade de la violence en Israël et dans les territoires palestiniens occupés ».

Des roquettes sont lancées depuis la bande de Gaza vers Israël, le mercredi 12 mai 2021. (Crédit : AP Photo / Khalil Hamra)

Pendant ce temps, au Royaume-Uni, la COVID-19 ne semble pas tempérer les tensions, selon Dave Rich, responsable de la politique au Community Security Trust, une organisation juive de surveillance.

« Ça serait même plutôt l’inverse », a-t-il déclaré à la Jewish Telegraphic Agency. « Les gens en ont assez et cela leur donne une excuse pour sortir et protester contre quelque chose. »

Mardi, des milliers de personnes ont manifesté à Londres contre les actions israéliennes – de loin la plus grande manifestation en Europe à ce jour. Des violences ont éclaté – ainsi que des chants antisémites contre les « f***ing Jews » – lorsque des contre-manifestants ont déployé un drapeau israélien. Les activistes pro-palestiniens ont tenté de se précipiter sur les contre-manifestants, donnant des coups de pied dans la tête d’un partisan d’Israël, pendant que la police tentait de l’extraire, ainsi que d’autres manifestants.

L’homme qui a été frappé, Jonathan Hoffman, est un ancien vice-président de la Fédération sioniste de Grande-Bretagne. Il a ensuite écrit sur Facebook qu’une manifestation de soutien à Israël samedi avait été annulée.

« Nous avons décidé que pour le moment, il est trop dangereux pour nous et pour la police d’être dans la rue », a écrit Hoffman.

L’affrontement est survenu dans un contexte d’inquiétude, qui précède le conflit actuel, sur l’antisémitisme local.

« Nous constatons une augmentation du nombre d’incidents antisémites, en particulier en ligne », a déclaré Rich. « De toute évidence, nous craignons que le conflit ne s’intensifie si le conflit entre Israël et Gaza se poursuit ou s’aggrave davantage. »

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