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Pour certains, le gefilte fish est plus qu’un symbole — c’est de la subsistance

En ce Nouvel an juif, les associations européennes se mobilisent pour proposer aux membres pauvres de la communauté juive un repas de fête réconfortant et chaleureux

Des seniors juifs prennent part à un repas de Rosh HaShana au Hesed de Triaspol, en Transnistrie, en 2018. (Autorisation du JDC)
Des seniors juifs prennent part à un repas de Rosh HaShana au Hesed de Triaspol, en Transnistrie, en 2018. (Autorisation du JDC)

JTA — À chaque Rosh HaShana, Anna Kondrashenko prépare des centaines de plats de gefilte fish pour les seniors de la communauté juive déclinante de Transnistrie, une république sécessionniste située entre la Moldavie et l’Ukraine qui figure comme le pays le plus pauvre d’Europe.

Directrice du Hesed, le bureau d’aide locale de l’American Jewish Joint Distribution Committee, Anna Kondrashenko prépare le repas chez elle avec des membres de sa famille qui lui ont proposé leur aide. Elle apportera ensuite le plat au centre Hesed de la capitale transnistrienne, Tiraspol, pour le festin de fête.

« Rosh HaShana sans gefilte, ce n’est pas Rosh HaShana du tout pour les Juifs de la République moldave du Dniestr », explique-t-elle, reprenant le nom officiel de l’enclave. « C’est tout simplement une coutume locale. »

Carpe farcie traditionnellement accompagnée de carottes et très appréciée des Juifs ashkénazes, le gefilte fish est souvent servi le soir de Rosh HaShana, le Nouvel an juif qui a démarré soir — même si dans la Moldavie et la Transnistrie enclavées, il est plus communément servi lors du seder de Pessah. Manger du poisson à Rosh HaShana est une coutume ancienne qui symbolise la vie, la fertilité et l’époque messianique.

Mais pour les quelque 200 personnes qui se rendront au centre Hesed pour son repas annuel de Rosh HaShana — pour la plupart des personnes âgées, très pauvres et seules — Anna Kondrashenko précise que le poisson renvoie à davantage que de la nourriture ou du symbolisme religieux.

« C’est un sentiment d’appartenance, se souvenir de ce que la famille a perdu ou abandonné », explique-t-elle.

Une assiette de gefilte fish. (CC-BY-SA Ovedc/Wikimedia Commons)

Pour les associations d’aide juives, Rosh HaShana nécessite une importante organisation logistique pour venir en aide aux Juifs dans le besoin. Le repas de Tiraspol fait partie d’un plus vaste projet du JDC qui a pour ambition de distribuer à plus de 8 500 Juifs pauvres et âgés d’ex-URSS des paniers repas et autres.

En Transnistrie, où les personnes âgées perçoivent des allocations de 65 à 90 euros par mois, environ la moitié des 1 500 Juifs obtiennent de l’aide de la JDC.

« Nos clients nous disent que sans cette aide que nous leur apportons, ils ne survivraient pas », assure Anna Kondrashenko.

Mais pour de nombreux Juifs dans le besoin, cette assistance pour les fêtes représente plus que de la survie. La plupart des bénévoles reconnaissent qu’il ne s’agit pas juste de leur distribuer à manger — mais de leur apporter également un peu de douceur.

À Yekaterinburg, en Russie, l’association servira à manger aux Juifs dans le besoin, mais avec une touche personnelle. Ils distribueront du pain ‘hallah et de la confiture préparés par leurs soins.

À Kharkov, en Ukraine, et à Rostoff, en Russie, les bénévoles du JDC rendront visite aux Juifs ne pouvant pas sortir de chez eux et à ceux âgés pour leur livrer des paniers de Rosh HaShana et apporter un peu de compagnie à ceux sans famille en cette période de fêtes.

Au Maroc, la maison de retraite juive de Casablanca organisera une fête pour les résidents où des bénévoles locaux leur distribueront des cadeaux. À Berlin, 50 repas à domicile sont prévus à travers la ville par de jeunes adultes.

« Rencontrer les âmes ayant besoin d’un sourire, de conversations et de nourriture, et leur apporter tout ça avec de l’amour rend le monde meilleur », se félicite Lynn Friedin, une bénévole qui distribue des paniers de fête aux Israéliens dans le besoin grâce à des fonds de l’organisation philanthropique, International Fellowship of Christians and Jews.

Une table de Rosh HaShana. (Autorisation)

Cette association basée en Israël, qui reçoit environ 125 millions d’euros de dons chaque année, en grande partie de la part de Chrétiens aux États-Unis, prévoyait de livrer 1 200 paniers cadeaux, 17 000 paniers repas et des cartes cadeaux vestimentaires aux Israéliens nécessiteux en vue du Nouvel an. Elle s’est également assurée que 19 soupes populaires réparties en Israël serviront à manger à au moins 1 500 personnes.

Pour Vitaly Demitrinko, un Israélien âgé dont l’épouse est décédée il y a une dizaine d’années, ce sont les visites à domicile des bénévoles le jour de Rosh HaShana qui comptent le plus.

« Je suis aux anges à chaque fois que pour les fêtes quelqu’un vient frapper à ma porte avec un large sourire aux lèvres comme s’il ou elle était un membre de ma famille », confie Vitaly Demitrinko.

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