Un labo israélien innove en « éteignant » des connecteurs cérébraux
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Un labo israélien innove en « éteignant » des connecteurs cérébraux

Des scientifiques affirment avoir réussi à fermer des voies dans le cerveau d'animaux, ce qui permettrait de trouver des traitements pour les maladies du cerveau humain

Illustration 3D des voies neuronales, reliant les parties du cerveau. (Crédit : ChrisChrisW via iStock by Getty Images)
Illustration 3D des voies neuronales, reliant les parties du cerveau. (Crédit : ChrisChrisW via iStock by Getty Images)

Des scientifiques israéliens ont mis au point un moyen de désactiver les connecteurs qui relient différentes parties du cerveau, une avancée qui, selon eux, pourrait s’avérer déterminante dans le traitement de troubles neurologiques tels que l’épilepsie.

Cette innovation, qui repose sur une protéine photosensible provenant de moustiques, a été publiée mardi dans la revue à comité de lecture Neuron. Cette découverte fait l’objet de discussions dans les milieux médicaux depuis plusieurs semaines, et des dizaines d’équipes de neurobiologie dans le monde entier ont déjà commandé la protéine et utilisé le protocole dans leurs propres laboratoires.

« Notre nouvelle méthode est la première qui permette aux scientifiques d’augmenter ou de diminuer la fonction de certaines voies qui relient certaines parties du cerveau, ou de les désactiver complètement », a déclaré le professeur Ofer Yizhar de l’Institut Weizmann des sciences au Times of Israël.

« L’objectif ultime est que cela nous permette de mieux comprendre les voies du cerveau, et lesquelles d’entre elles peuvent être ciblées pour traiter divers troubles cérébraux. »

Les scientifiques utilisent largement des animaux génétiquement modifiés, imitant diverses maladies humaines, pour tenter de trouver des remèdes. Toutefois, l’étude des troubles cérébraux à l’aide de tels animaux est plus difficile que celle d’autres maladies.

L’équipe de Yizhar a utilisé avec succès sa méthode pour ajuster, arrêter et réactiver des voies dans le cerveau des souris. La méthode a bien fonctionné sur les sept souris de l’expérience.

Cerveau d’une souris sur laquellela nouvelle innovation cérébrale de l’Institut Weizmann a été testée. En rouge, les voies qui ont été désactivées. (Crédit : professeur Ofer Yizhar)

Selon Yizhar, les scientifiques du monde entier qui travaillent sur une maladie du cerveau humain peuvent désormais prendre un cerveau animal imitant la maladie et « éteindre » ses connecteurs un par un afin d’essayer systématiquement d’identifier où les problèmes se produisent et ce qui peut être fait pour les résoudre.

D’une manière qui n’a jamais été possible auparavant, nous serons en mesure de déconstruire un « circuit » très complexe en désactivant ses « composants » un par un, comme on le ferait pour réparer des appareils électroniques », a expliqué Yizhar.

La méthode consiste à injecter une protéine provenant de moustiques, greffée sur un virus, dans le cerveau de l’animal. Cette protéine rend les voies du cerveau sensibles à la lumière.

Professeur Ofer Yizhar. (Autorisation)

« Nous allumons de minuscules diodes électroluminescentes, comme celles qui se trouvent dans les téléviseurs, près des parties du cerveau que nous voulons inhiber, et les voies qui les relient au reste du cerveau réduisent leur activité ou s’éteignent complètement », a expliqué Yizhar. Lorsque la lumière est supprimée, les voies recommencent à fonctionner normalement.

L’équipe de Weizmann travaille sur cette méthode depuis cinq ans et pense qu’elle contribuera au développement de nombreux médicaments.

« Cette méthode peut faire progresser la recherche sur l’autisme, l’épilepsie et toute une série d’autres troubles, en aidant les scientifiques à comprendre quelles voies peuvent constituer des options thérapeutiques », a déclaré Yizhar.

Il a ajouté que cela permettra également de mieux comprendre le cerveau en général, notamment dans des domaines tels que la prise de décision et le comportement social. Son équipe a mis toutes ses recherches à la disposition de l’ensemble de la communauté scientifique, qui peut commander la protéine nécessaire pour utiliser la méthode dans ses propres recherches. Des équipes en Europe, aux États-Unis et au Japon le font déjà.

La protéine était vendue au prix coûtant, soit moins de 200 dollars, a déclaré Yizhar. « Des dizaines de laboratoires l’ont déjà commandée, et il y a beaucoup d’enthousiasme ».

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