Un chef terroriste plusieurs fois blessé qui a, de peu, survécu à trois tentatives israéliennes de le tuer laisse croire plusieurs experts israéliens qu’il supervise la stratégie et la tactique du Hamas dans le présent conflit.

La gestion par Mohammed Deif d’une série d’attaques terroristes – notamment des attentats suicides et enlèvements – l’a vu monter jusqu’à la tête de la branche militaire du Hamas, les brigades Izz al-Din al-Qassam, et devenir une des cibles numéro 1 israéliennes durant les deux dernières décennies.

Ses blessures l’ont mis sur le côté mais certains membres de la classe dirigeante dans le domaine de la sécurité croient qu’il a repris le commandement des brigades suite à l’assassinat d’Ahmed Jabari, en novembre 2012, un assassinat ciblé qui avait lancé le départ de l’opération Pilier de Défense.

Mardi dans la nuit, l’armée de l’air israélienne a bombardé sa maison de Khan Younis. Les responsables militaires n’auraient jamais pensé qu’il serait dedans. Ils ont fait passer un message.

Cloué à un fauteuil roulant après avoir perdu ses bras et ses jambes dans une attaque aérienne de l’armée en juillet 2006 sur sa maison de Gaza alors qu’il se cachait – et un œil dans une attaque d’hélicoptère sur sa voiture dans la banlieue de Cheikh Radwan à Gaza en septembre 2002 – Deif a toujours la capacité mentale de commander l’appareil militaire du Hamas, a expliqué l’ancien vice-commandant du Shin Bet et actuel député à la Knesset, Israël Hasson (Kadima).

« Il a beaucoup d’expérience sur le terrain. Il sait comment calculer ses mouvements et actions en total secret » a dit Hasson au Times of Israël. « Mais cela ne lui sera d’aucune aide. Il mourra de la mort naturelle qui convient à un terroriste criminel ».

Les commentaires d’Hasson reflètent la frustration des leaders dans la sécurité avec l’homme appelé « le puzzle humain ».

Né dans le camp de réfugiés de Khan Younis, au sud de la bande de Gaza, en 1965, Deif est devenu commandant des brigades Al-Qassam en juillet 2002, suite à l’assassinat par Israël de son commandant Salah Shehadeh. L’ascension de Deif a été le résultat d’années d’activités terroristes à Gaza et en Cisjordanie, notamment l’enlèvement et l’assassinat du soldat Israélien Nachshon Wachsman en 1994 et l’envoi de kamikazes dans deux bus de Jérusalem en février et mars 1996.

« Nombreux en Israël se sont demandé comment Deif avait fait pour survivre après qu’un missile Hellfire, tiré depuis un avion a frappé sa voiture, propulsant des éclats d’obus dans sa tête et écrasant des organes vitaux » a écrit le journaliste israélien Shlomi Eldar, décrivant la tentative d’assassinat de 2002, dans son livre de 2012 « Apprendre à connaître le Hamas ».

« La photo prise à la suite de la tentative d’assassinat avortée montre Deif blessé, en sang, pouvant à peine ramper avec ses coudes à l’extérieur de la voiture en feu, ses vêtements couverts de poussière et de cendres. Il n’y a presque pas d’autres photos de cet homme mystérieux, qui – grâce à son mode de vie secret – a survécu à la tête de Izz ad-Din Al-Qassam plus longtemps que tous ses prédécesseurs « .

Un raté israélien plus dramatique encore a eu lieu en septembre 2003 quand Israël a lâché une bombe sur le domicile à Gaza du parlementaire Palestinien Marwan Abu Ras alors que toute la direction du Hamas y était réunie, Deif inclus.

Méfiant à l’idée de lâcher une bombe qui détruirait l’immeuble entier et tuerait des civils craignant d’être dans la zone, le Premier ministre de l’époque, Ariel Sharon, a opté pour un dispositif d’un quart de tonne plutôt que d’un beaucoup plus grand. La bombe a détruit le dernier étage de l’immeuble, mais la direction du Hamas – notamment le chef spirituel du Hamas, le Cheikh Ahmed Yacine – a survécu indemne, plus bas.

Suite à la dernière tentative d’assassinat en 2006 qui l’a rendu paralysé, Deif a réellement dû se cacher. Des rapports confus l’ont localisé en Egypte pour un traitement médical de 3 mois. Son second Ahmed Jabari a pris le contrôle effectif des brigades Qassam, mais le titre honorifique de chef a continué à être réservé à Deif.

Les membres de l’establishment sécuritaire, tels que le député Hasson, insistent sur le fait que Deif a repris les commandes des Qassam à la mort de Jabari. D’autres avancent que Deif est juste un membre d’un plus large conseil militaire qui prend des décisions après consultations.

En novembre 2012, moins d’une semaine après la mort de Jabari, la télévision du Hamas Al-Aqsa a diffusé un message audio dans lequel Deif menace qu’une incursion israélienne dans Gaza permettrait au Hamas de libérer les prisonniers, faisant référence indirectement à l’intention du mouvement de capturer des soldats Israéliens.

Certains observateurs mettent en doute l’affirmation selon laquelle Deif serait toujours actif. Gershon Baskin, un militant israélien pour la paix qui a joué un rôle dans la médiation de l’échange de prisonniers contre Gilad Shalit et a dit qu’il maintenait toujours des contacts avec la direction politique du Hamas, voit difficilement comment Deif pourrait être autre chose qu’une figure symbolique.

« Je certifie qu’il est plus un symbole qu’un commandant active » a affirmé Baskin au Times of Israël. « C’est l’esprit, le mythe mais j’aurais du mal à croire qu’il est vraiment un être humain fonctionnel ».

« A ma connaissance, le Hamas n’a pas de commandement central fonctionnel. Aujourd’hui, il n’y a pas de communication car Israël pourrait les trouver. Il y a des commandants sur le terrain et les zones (de combat) sont toutes clairement séparées. Ils ont eu beaucoup de temps pour se préparer ».

Supervisé par Deif ou non, le Hamas dans ce conflit a tiré quelques 1 500 roquettes sur Israël, a tenté sans succès des infiltrations par la mer, et a cherché à au moins cinq occasions de perpétrer des attaques terroristes dans le sud d’Israël via un grand réseau, qu’Israël appelle « tunnels terroristes » s’étendant des environs de Gaza sous la frontière israélienne.

Six soldats Israéliens sont morts dans des attaques de tunnels, et environ 20 terroristes du Hamas ont été tués.

Nombreuses des roquettes du Hamas, et des entrées de tunnels, sont mises en places dans les zones résidentielles de Gaza où l’armée israélienne et les combattants du Hamas ont mené de lourds affrontements depuis qu’Israël a lancé une opération terrestre, jeudi dernier.

Le nombre de morts côté armée israélienne s’élève à 27 au moment de l’écriture ; les sources militaires israéliennes font état de 160 hommes armés du Hamas tués.