Il y a plusieurs éléments dans le puzzle de l’accord sur le nucléaire iranien concocté actuellement à Lausanne – du nombre de centrifugeuses d’enrichissement d’uranium jusqu’aux dimensions militaires possibles du programme, en passant par le sort de l’installation souterraine de Fordow.

Mais l’avenir, en supposant qu’un accord soit signé, dépendra du contrôle et de la vérification, qui, pour reprendre une expression d’un proche d’Obama, est un problème infernal.

Le premier défi sera la détection des violations. La conseillère à la sécurité nationale des États-Unis, Susan Rice, a déclaré à l’AIPAC, il y a quelques semaines : « Nous ne nous basons en rien sur la confiance. » Au lieu de cela, elle a fait valoir que « nous avons insisté sur – et obtenu – un accès sans précédent au programme nucléaire de l’Iran », y compris « un accès quotidien » aux sites nucléaires de Natanz et Fordow.

Tout accord, a-t-elle signifié, sera fondé sur l’approche « Ne crois pas et vérifie ».

Fait révélateur, cependant, cet accès inégalé n’a pas impressionné l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – un organe de l’ONU qui semble avoir marqué son territoire à droite de l’administration Obama.

En février, l’agence avait déclaré « demeurer préoccupée » par l’éventuelle existence d’éléments militaires dans le programme nucléaire iranien, « y compris des activités liées au développement d’une charge nucléaire balistique ».

Le directeur général de l’AIEA, Yukiya Amano, a déclaré la semaine dernière au Washington Post que son agence « aimerait avoir accès » – à l’installation militaire de Parchin, où l’Iran aurait effectué des essais à des fins militaires – « et nous tenons à le clarifier ».

Pour Emily Landau – qui a en charge le projet du contrôle des armements et de la sécurité régionale à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv – afin d’atteindre un degré raisonnable de transparence, la communauté internationale doit avoir la capacité de mener des inspections « à tout moment, n’importe où ».

Cela signifie un libre accès non seulement à Natanz et Fordow, et même à Parchin, où l’AIEA se voit refuser l’entrée depuis des années, mais à toute installation militaire ou base des Gardiens de la Révolution Iranienne dans le pays.

Sans cela, l’Iran pourrait se faufiler vers une bombe en mettant en œuvre « un cycle d’enrichissement entièrement divisé et non déclaré n’importe où le long de la chaîne de l’exploitation minière de l’uranium à son enrichissement », a laissé entendre Olli Heinonen, ancien directeur général adjoint de l’AIEA, dans une conversation avec le Washington Institute for Near East Studies.

Heinonen a reconnu sans hésiter que les Russes étaient parvenus à développer un programme de centrifugeuses « pendant de nombreuses années sans être découverts malgré d’énormes efforts de renseignement », et que les programmes irakien, libyen, d’Afrique du Sud, de Corée du Nord, et syrien avaient réussi à voler sous le radar pendant très longtemps avant d’être détectés.

Et pourtant, affirme Landau, la détection « n’est que le début de la partie difficile ».

Après cela, il faut fournir les preuves d’une violation, la preuve de son importance, et mobiliser les forces pour une action. Les chances que cela se produise dans un délai de 12 mois, à ce stade, dans l’euphorie de la signature d’un éventuel accord, sont minces, a-t-elle averti.

Il suffit de regarder le premier usage documenté par le président syrien Bashar el-Assad sur les armes chimiques, en mars 2013.

En avril, le chef de la division de recherche de la Direction du renseignement militaire de Tsahal, le Général Itai Brun, a déclaré publiquement qu’ « au mieux de notre compréhension professionnelle, le régime a utilisé des armes chimiques mortelles ». Il a suggéré que le sarin, une arme de destruction massive, avait été utilisé contre des civils.

La Maison Blanche a immédiatement réagi par la voix de son secrétaire de presse, en déclarant que l’administration était « à la recherche de preuves concluantes, si toutefois elles existent ».

Le secrétaire d’État John Kerry a informé la presse que le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’était « pas en mesure de confirmer » l’évaluation de l’officier. Le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, feignant la surprise, a affirmé que les Israéliens « ne m’ont pas communiqué cette évaluation » quand il était dans le pays cette semaine.

Ce n’est qu’au courant de l’été que les États-Unis ont reconnu que les allégations israéliennes étaient exactes.

Pour Israël, qui ne participe pas aux négociations avec l’Iran et a été relégué dans un coin par le président Barack Obama, la préoccupation sur l’insuffisance du régime d’inspection et sur la réticence internationale à se mobiliser contre les violations présente deux impératifs durables.

D’abord, Israël doit redoubler sa collecte de renseignements et s’assurer que le quasi-fiasco de al-Kibar – le réacteur de plutonium syrien découvert tardivement et en grande partie par hasard – ne se reproduira pas.

Et, deuxièmement, l’État hébreu doit aller au-delà la rhétorique et établir, en quelque sorte, une relation de travail avec l’administration Obama.

C’est essentiel afin que, si une preuve était trouvée et s’il y avait peu de volonté internationale d’agir – comme ce fut le cas lorsque le Premier ministre Ehud Olmert avait apporté la preuve irréfutable d’al-Kibar au président George Bush en juin 2007 -, le feu rouge américain, planant au-dessus des pistes militaires d’Israël, puisse passer d’un rouge éclatant à une nuance jaune plus chaleureuse.