Pour beaucoup d’électeurs, le président élu Petro Poroshenko représente l’espoir de régler les difficultés économiques de l’Ukraine, car l’homme d’affaires milliardaire pourrait apporter son expérience de réussite pour redresser l’Ukraine.

D’autres considèrent que Poroshenko, qui a rassemblé 54 % des votes lors de l’élection présidentielle de la semaine dernière, est le meilleur candidat pour négocier la fin des hostilités avec la Russie et avec les indépendantistes soutenus par la Russie.

L’expérience dans les relations internationales qu’il a acquise lors de son passage d’un an en tant que ministre des Affaires étrangères d’Ukraine en 2010 pourrait être utile.

Les dirigeants de la communauté juive d’Ukraine ont d’autres raisons de célébrer les résultats. Pour eux, les résultats de l’élection présidentielle apparaissent comme un soulagement car ils contrecarrent les ambitions politiques de l’extrême droite ukrainienne.

Cela va donc en contradiction totale avec les allégations russes selon lesquelles les fascistes et les antisémites prennent de l’ampleur en Ukraine.

« L’échec de groupes d’extrême droite aux élections démontre ce que nous savions être vrais en ce qui concerne la nature tolérante de la société ukrainienne », a déclaré à JTA Josef Zissels, le chef de la principale organisation juive d’Ukraine, le Vaad. Dans la course à la présidentielle, le candidat ultra-nationaliste du parti Svoboda, Olekh Tyahnybok, a reporté un peu plus d’1 % des votes.

Vadim Rabinovich (Crédit : Cnaan Lipchitz via JTA)

Vadim Rabinovich (Crédit : Cnaan Lipchitz via JTA)

Cela constitue une énorme défaite pour Svoboda qui avait été le quatrième parti d’Ukraine avec 10 % des voix lors des élections parlementaires de 2012. A l’époque, les succès de Svoboda préoccupaient les Juifs ukrainiens, car le parti était connu pour ses discours antisémites.

Tyahnybok avait lui-même fulminé contre « la mafia russe juive ».

Un autre espoir des ultra-nationalistes, Dymtro Yarosh, n’est pas parvenu à rassembler 1 % des votes, malgré le rôle central que son mouvement Secteur droit a joué, avec Svodoba, dans la révolution qui a en fin de compte conduit à l’élection présidentielle du 25 mai.

Le vote cumulé de Yarosh et de Tyahnybok était inférieur aux plus de 2 % réunis par Vadim Rabinovich, un magnat juif des affaires qui est impliqué dans de nombreux projets juifs, y compris dans la mise en place du Parlement juif européen et de la chaîne de télévision juive News One, maintenant disparue. Dans la région d’Odessa, Rabinovich a terminé quatrième avec 6 % des votes.

Le résultat a été tout particulièrement bien reçu pour les très nombreux Juifs ukrainiens qui n’ont pas apprécié l’instrumentalisation par la Russie du prétexte de l’antisémitisme pour attaquer le gouvernement ukrainien d’après la révolution.

Lors d’une conférence de presse en mars, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré que la Russie était préoccupée par « le saccage des forces réactionnaires, nationalistes et antisémites dans certaines régions d’Ukraine, y compris Kiev ». Les dirigeants de la communauté juive d’Ukraine avaient rejeté en bloc les déclarations de Poutine sur la situation en Ukraine.

« L’échec de l’extrême droite aux élections présidentielles montre que la rhétorique russe avait pour but d’exagérer des incidents marginaux et insignifiants », explique Igor Shchupak, le directeur du Musée juif de Dnipropetrovsk.

Il croit également que Poroshenko est « le candidat doté de compétences uniques pour diriger l’Ukraine actuellement ».

Dans les mois qui ont suivi le reversement du président Victor Yanukovych, allié de la Russie, l’Ukraine a été la scène de fréquents affrontements sanglants. La Russie a annexé la péninsule de Crimée, tandis que les séparatistes pro-russes ont pris les armes et se sont opposés aux forces ukrainiennes dans l’est du pays.

Dans ce contexte d’agitation, les responsables russes ont fait de nombreuses références à un soi-disant antisémitisme en Ukraine, où plusieurs attaques contre les Juifs ont eu lieu depuis la révolution. Les activistes pro-russes et leurs opposants se sont mutuellement accusés d’être responsables des incidents. Cela a fait craindre aux Juifs de devenir des pions dans un conflit bien plus large.

La victoire de Poroshenko est également importante étant donné les nouvelles non confirmées, mais répandues, qu’il aurait des ancêtres juifs, a déclaré Zissels. Selon Russia 1, le père de Poroshenko, Alexey Valtsman était un Juif d’Odessa qui a pris le nom de sa dernière femme en 1956.

Pourtant l’année dernière, la porte-parole de Poroshenko a demandé au magazine Forbes Israel de retirer le nom du milliardaire d’une liste des Juifs les plus riches du monde. La porte-parole, Irina Fireez, n’a pas expliqué pourquoi elle souhaitait que le nom de son patron soit retiré de la liste.

Le bureau de Poroshenko n’a pas répondu aux demandes du Times of Israel sur ce sujet. « Les origines de Poroshenko ne sont pas mes affaires, mais il faut noter que les informations répandues au sujet de ses soi-disant origines juives n’ont en rien fait du tort à sa popularité », a déclaré Zissels. « Cela démontre une fois de plus la nature tolérante de la société ukrainienne, malgré les déclarations de la propagande russe ».