La forme de cancer du cerveau la plus critique, le glioblastome multiforme (GBM), est  généralement considérée comme incurable par les médecins.

Les personnes diagnostiquées comme porteuses de ces tumeurs meurent généralement dans les dix-huit mois suivant le diagnostic. C’est une maladie si dévastatrice que la National Academy of Sciences l’a surnommée le « Terminator ».

Mais une innovation, basée sur les nanotechnologies « contournant » les cellules cancéreuses, mise au point par des chercheurs de l’Université de Tel-Aviv, pourrait fournir aux médecins une nouvelle façon de traiter, voire même de guérir, « le Terminator », le GBM et les autres cancers malins.

La technique, mise au point par le professeur Dan Peer, du département de recherche sur les cellules et d’immunologie de l’Université de Tel- Aviv, qui est aussi directeur scientifique du Centre de l’Université de Tel Aviv pour la nano-médecine, a fait ses preuves dans le passé.

Elle est basée sur les « puces de cancer », mis au point par Peer et d’autres chercheurs de l’Université.

Cette technique délivre la chimiothérapie directement aux cellules cancéreuses, à l’aide de liposomes bioadhésifs (BALS), constitués de liposomes classiques réduits en particules de taille nanométrique qui se fixent sur des cellules cancéreuses.

Peer et le professeur Rimona Margalit, avec qui il a développé la méthode, ont publié plusieurs études démontrant son efficacité.

Ce protocole de recherche a été testé sur les tumeurs du cancer de l’ovaire, et il s’est avéré efficace – mais ce n’était pas le cas pour le GBM, un cancer qui est beaucoup moins sensible à la chimiothérapie.

Le professeur Zvi R. Cohen, directeur de l’Unité d’oncologie neurochirurgicale et de la vice-Chaire du département de neurochirurgie du Centre médical Sheba à l’hôpital Tel Hashomer, dans le centre d’Israël, avait contacté Peer pour discuter d’une éventuelle solution pour les personnes souffrant de la forme agressive et mortelle du cancer du cerveau.

« J’ai été approché par un neurochirurgien très volontaire pour trouver une solution, n’importe quelle solution, pour cette situation désespérée », se souvient Peer.

« Les patients de ces neurochirurgiens mouraient dans leurs bras, très rapidement, et ils n’avaient pratiquement aucun outil dans leur arsenal. Le professeur Zvi Cohen a entendu parler de ma recherche à l’échelle nanométrique et a suggéré de l’utiliser comme base pour un nouveau mécanisme pour traiter les gliomes », ces cancers qui prennent naissance dans les cellules gliales de la colonne vertébrale ou du cerveau, dont le GBM est la forme la  plus dévastatrice.

Cohen avait occupé la fonction de chef de recherche au cours de plusieurs essais cliniques liés au gliome ces dix dernières années, au cours desquels de nouveaux traitements avaient été livrés chirurgicalement dans les gliomes ou dans les tissus environnants après le retrait de la tumeur.

« Malheureusement, la thérapie génique, la thérapie de toxine bactérienne, et la thérapie par ultrasons à haute-intensité avaient toutes échoué à traiter les tumeurs cérébrales malignes », se souvient Cohen.

« J’ai réalisé que nous devions penser différemment. Quand j’ai entendu parler du travail de Dan dans le domaine de la nanomédecine et du cancer, j’ai compris que je venais de découvrir une approche innovante combinant la nanotechnologie et la biologie moléculaire pour lutter contre le cancer du cerveau. »

Avec les mêmes méthodes utilisées par Margalit et lui-même pour cibler des cellules du cancer des ovaires, Peer a délivré du matériel d’interférence génétique (ARNi) aux cellules humaines du cancer du cerveau transplantées sur des souris.

Le matériel a été délivré directement à l’endroit de la tumeur en utilisant des nanoparticules à base de lipides enrobées avec le hyaluronane de polysucre qui se lie à un récepteur exprimé spécifiquement sur les cellules de gliome. Tout ceci en comparant les résultats obtenus avec un groupe témoin qui a été traité avec des méthodes de chimiothérapie standard.

Les résultats, selon Peer, furent « étonnants », avec le matériau ARNi qui a directement frappé les cellules cancéreuses et la prolongation de la vie du groupe de test par rapport au groupe de contrôle, avec un facteur significatif.

« Les cellules cancéreuses, se divisant toujours, sont régies par une protéine spécifique », explique Peer.

« Nous avons pensé que si nous pouvions faire taire ce gène, elles mourraient. C’est un mécanisme basique et simple, et beaucoup moins toxique que la chimiothérapie. Cette protéine n’est pas exprimée dans les cellules normales, de sorte que le mécanisme ne fonctionne que lorsque les cellules ont fortement proliféré. »

Cent jours après le traitement de quatre injections sur 30 jours, 60 % des souris atteintes étaient encore en vie. Cela représente un taux de survie important pour les souris, dont l’espérance de vie moyenne n’est que de deux ans. Les souris témoins sont mortes dans les 30 à 34,5 jours de traitement.

« C’est une preuve d’étude de concept qui peut se traduire par une nouvelle modalité clinique », a déclaré le professeur Peer. Si dans ces premières étapes, les résultats sont si prometteurs, ce serait un crime de ne pas pousser plus loin. »