Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu poursuit son offensive contre le nucléaire iranien en dépit de l’accord conclu entre Téhéran et les grandes puissances dans l’espoir, assurent les commentateurs, d’obtenir des « compensations » militaires américaines.

« L’accord conclu à Vienne ne constitue pas la fin de l’histoire », a-t-il prévenu mercredi devant le Parlement.

« Nous allons continuer à dénoncer les dangers de passer un accord avec un régime dictatorial », a ajouté celui qui depuis des années fait campagne contre un tel accord.

Mardi, il a qualifié d' »erreur historique » l’arrangement conclu à Vienne qui vise à empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire en échange d’une levée progressive et réversible des sanctions qui étranglent son économie.

Il va dans un premier temps porter ses efforts sur le front du Congrès américain où il espère mobiliser suffisamment d’élus républicains et démocrates pour bloquer la levée des sanctions économiques américaines contre l’Iran.

A défaut d’y parvenir, Netanyahu va tenter, selon les commentateurs, d’obtenir de sérieuses compensations, militaires et financières, de la part de Washington.

Mais, souligne Nahum Barnea du quotidien israélien Yediot Aharonot, cette politique porte en elle une contradiction : la tentative au Congrès pourrait porter atteinte « aux compensations militaires » américaines et durcir la position d’Obama sur le dossier palestinien.

Pour l’heure, pour tenter de rassurer Israël, le président américain va dépêcher dès la semaine prochaine le secrétaire d’Etat à la Défense Ashton Carter dans le pays.

L’ambassadeur américain à Tel-Aviv Dan Shapiro est même intervenu en hébreu mercredi sur les radios publique et de l’armée pour expliquer que cette visite illustrait « l’engagement des Etats-Unis envers la sécurité d’Israël ». « Nous sommes disposés à approfondir notre coopération », a-t-il assuré.

Si Netanyahu déploie autant d’énergie dans ce dossier, alors qu' »il sait qu’il s’agit d’une bataille perdue d’avance à court terme », de l’aveu même d’un haut responsable israélien qui requiert l’anonymat, c’est parce qu’ « il veut entrer dans l’histoire comme celui qui a été pratiquement le seul à mettre en garde jusqu’au bout contre le danger nucléaire iranien ».

Mais, note Akiva Eldar, du site d’informations al-Monitor, Benjamin Netanyahu sait très bien que même si le Congrès décidait de maintenir les sanctions, une telle décision ne concernerait pas les autres grandes puissances ni le Conseil de sécurité de l’ONU.

‘Parapluie américain’

Pour lui, ce qu’Israël veut obtenir, c’est un « parapluie américain ». Une garantie sécuritaire qui pourrait prendre la forme d’un accord stipulant que toute attaque de l’Iran contre Israël serait considérée comme une agression visant les Etats-Unis.

D’autres médias (dont le Times of Israel) estiment que l’état-major israélien va tenter d’obtenir une rallonge de l’aide militaire américaine, actuellement de 3 milliards de dollars par an.

L’Etat hébreu pourrait également obtenir des F-35 supplémentaires, dont 33 exemplaires ont déjà à été commandés. Ces avions furtifs américains de la nouvelle génération sont capables de passer inaperçus des systèmes iraniens de défense anti-aérienne.

Les discussions vont aussi porter sur le renforcement de la coopération entre les services de renseignements.

« Le Mossad (le service secret israélien) et la CIA et la NSA (les deux principales agences de renseignements américaines) vont devoir s’adapter aux nouvelles règles du jeu imposées par l’accord et se concentrer sur une mission prioritaire : vérifier que l’Iran ne viole pas en secret ses engagements », selon le haut responsable israélien.

Publiquement, les responsables israéliens ne veulent pas donner l’impression qu’Israël se résigne à un accord avec l’Iran en échange de compensations militaires.

« Nous sommes très reconnaissants pour l’assistance que nous recevons des Etats-Unis. Mais il est faux d’utiliser le mot compensation car il n’y a pas de compensation pour la menace nucléaire », déclarait ainsi mercredi, Yuval Steinitz, ministre en charge du dossier iranien et proche de Netanyahu.

La plupart des commentateurs estiment qu’il est désormais temps pour Benjamin Netanyahu de limiter les dégâts avec le grand allié américain.

« L’accord avec l’Iran n’est pas parfait, mais le ciel ne va pas nous tomber demain sur la tête », estime ainsi Yossi Melman dans le quotidien Jerusalem post.