Le Premier ministre Benjamin Netanyahu cherche-t-il vraiment à soutenir une solution à deux Etats, ou sa rhétorique est-elle
malhonnête ? A t-il cherché véritablement un compromis avec les Palestiniens au cours des neuf mois de pourparlers – dirigés par les Américains – qui se sont effondrés en avril ? Ou alors essayait-il d’embobiner les Américains et les Palestiniens alors que son coeur se situait du côté des implantations ?

Ce sont des questions fondamentales – questions pour lesquelles vous pensez que les Israéliens et le monde dans son ensemble ont été capables de répondre depuis longtemps – d’autant plus que Netanyahu est le deuxième premier ministre d’Israël en termes de longévité.

En fait, alors que de nombreux experts prétendent avoir des réponses définitives, la plupart des Israéliens reconnaissent qu’ils n’ont jamais été tout à fait sûrs de comprendre comment Netanyahu voyait une éventuelle résolution du conflit israélo-palestinien. Autrement dit, quelles concessions est-il vraiment prêt à faire, à quoi ressemble sa vision à long-terme ?

Mais maintenant nous le savons.

Les incertitudes ont été balayées vendredi après-midi, lorsque le Premier ministre, pour la première fois depuis longtemps, a donné une conférence de presse le jour de l’opération « Bordure Protectrice ».

Il a parlé en hébreu, alors que nous sommes au milieu d’une mini-guerre, de sorte que ses remarques non directement liés à la guerre n’ont pas été largement rapportées. Mais ces remarques ne doivent pas être négligées, même au milieu d’un implacable conflit avec les dirigeants islamistes de Gaza ; et en particulier au milieu d’un conflit implacable avec les dirigeants islamistes de Gaza.

L’esprit du Premier ministre a parlé comme rarement, sinon jamais auparavant. Il a exposé sa vision du monde avec la confiance d’un leader qui voit sa propre justification dans le chaos tout autour de lui. Il a donc répondu à ces questions fondamentales.

Netanyahu a commencé en lisant quelques remarques préparées. Mais alors, de manière plus atypique, il a répondu à une série de questions. Il s’est d’abord attelé aux réponses liées à la guerre contre le Hamas, ses objectifs, et les conditions dans lesquelles cela pourrait s’arrêter, il est ensuite passé – de manière non sollicitée – dans une zone dans laquelle il ne s’aventure généralement pas en public, et certainement pas avec une telle candeur.

Pour certains, sa vision globale semblera sombre et déprimante ; pour d’autres, avertie et pragmatique. Une chose est sûre : personne ne sera jamais en mesure de réclamer à l’avenir qu’il ne nous a pas dit ce qu’il pensait vraiment.

Il a indiqué explicitement qu’il ne pourrait jamais – jamais – admettre un Etat palestinien pleinement souverain en Cisjordanie. Il a encore fait savoir qu’il considère Israël debout presque seul sur la ligne de front contre le radicalisme islamique, alors que le reste du monde « encore libre » fait de son mieux pour ne pas remarquer la lente marche de l’extrémisme. Et il a plus que laissé entendre qu’il considérait, l’équipe diplomatique américaine conduite par John Kerry, comme – soyons polis – naïve.

Netanyahu a souvent souligné dans le passé qu’il ne voulait pas qu’Israël devienne un Etat binational – ce qui impliquerait qu’il favorise à terme une séparation avec les Palestiniens. Mais vendredi, il a fait comprendre que cela ne pouvait s’étendre à une pleine souveraineté palestinienne. Pourquoi ? Car étant donné la montée de l’extrémisme islamique dans tout le Moyen-Orient, Israël ne peut tout simplement pas se permettre d’abandonner le contrôle de la Cisjordanie.

La priorité à l’heure actuelle, a souligné Netanyahu, est de « prendre soin du Hamas ». Mais la leçon à tirer de l’escalade actuelle, c’est qu’Israël doit veiller à ce que « nous n’obtenions pas un autre Gaza, cette fois en Judée-Samarie ». Dans le conflit actuel, a-t-il souligné, « je pense que le peuple israélien doit comprendre maintenant ce que j’ai toujours dit : qu’il ne doit pas y avoir d’accord dans lequel nous abandonnons le contrôle de la sécurité du territoire à l’ouest du Jourdain. »

Ne pas renoncer à contrôler l’ouest du Jourdain, il convient de le souligner, ne signifie pas donner une souveraineté pleine et entière aux Palestiniens. Cela signifie ne pas adhérer aux demandes de Mahmoud Abbas, aux demandes de Barack Obama, aux demandes de la communauté internationale. Ce n’est pas seulement exiger une Palestine démilitarisée mais obtenir une surveillance continue de la sécurité d’Israël à l’intérieur et aux frontières de la Cisjordanie.

Cette phrase, tout simplement, signifie la fin de non-recevoir de Netanyahu de consentir à l’établissement d’un Etat palestinien. Une entité « moins-que-souveraine » ? Peut-être, et cela ne satisfera jamais les Palestiniens ni la communauté internationale. Une Palestine entièrement souveraine ? Hors de question.

Il n’a pas affirmé qu’il ne soutenait pas une solution à deux Etats. Il a affirmé que c’était impossible. Ce n’est donc pas un changement radical de position du Premier ministre. C’est une nouvelle exposition, cette fois plus « spectaculaire » de sa position de longue date.

Nommant à la fois le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son conseiller à la sécurité le général John Allen – qui a été chargé d’élaborer des propositions en matière de sécurité qui pourraient (pour les Américains) permettre à Israël de se retirer de Cisjordanie, y compris de la vallée du Jourdain – Netanyahu l’a martelé : peu importe ce que les naïfs nous recommandent, «J’ai dit à John Kerry et au général Allen,
« nous vivons ici, je vis ici, je sais ce qu’il faut pour assurer la sécurité du peuple israélien ».

Au printemps, le ministre de la Défense Moshe Yaalon avait déclenché une tempête quand il avait dit lors d’un rassemblement privé que les propositions américaines en matière de sécurité ne valaient pas le papier sur lequel elles avaient été écrites. Netanyahu a déclaré vendredi à peu près la même chose, et qui plus est, en public.

Netanyahu n’a pas dit qu’il excluait tout compromis territorial, mais il a souligné en long et en large le danger de renoncer à ce qu’il appelle le
« territoire adjacent ». Il s’est moqué de ces nombreux experts qui ont soutenu que la souveraineté sur un territoire pour des raisons de sécurité serait moins critique dans l’ère technologique moderne. Il a en revanche fait valoir que « plus proches sont vos ennemis, physiquement, à vos frontières, plus ils essaient de creuser des tunnels sous ces frontières et de tirer des roquettes ».

Cela a constitué été une erreur pour Israël de se retirer de la bande de Gaza, a-t-il ajouté – rappelant qu’il avait été opposé au désengagement de 2005 – parce que le Hamas avait depuis établi un bunker terroriste dans la bande de Gaza. Et ce que le Hamas a fait à Gaza – tunnels et roquettes souterraines – pourrait être reproduit en Cisjordanie si Israël était assez fou pour en donner l’occasion aux islamistes.

« Si nous devions sortir de la Judée et de la Samarie, comme ils nous le disent (nous laissant le soin de deviner qui sont ces « ils »), il serait possible pour les terroristes de creuser des milliers de tunnels pour attaquer Israël », a-t-il fait valoir. Il y avait 1 200 tunnels creusés dans la seule bande frontalière de 14 kilomètres entre l’Egypte et Gaza, alors que l’Egypte avait même fermé la frontière.

« À l’heure actuelle, nous avons un problème avec le territoire appelé Gaza », a déclaré le Premier ministre. Mais la Cisjordanie fait 20 fois la taille de la bande de Gaza. Israël, a-t-il dit de manière catégorique, n’a pas été préparé « pour créer encore 20 Gazas » en Cisjordanie.

Au-delà de la confrontation avec le Hamas, et le conflit qui dure depuis tant d’années, Netanyahu a également abordé la montée de l’extrémisme islamique au Moyen-Orient – couvrant l’incapacité des Etats concernés à lui résister, et la détermination et la capacité uniques d’Israël à rester ferme. Il a déclaré qu’Israël se trouve dans une région
« qui est saisie par l’extrémisme islamique. Il contribue à renverser de nombreux pays. Il frappe à notre porte, au Nord et au Sud ».

Mais tandis que les autres Etats s’effondrent, a déclaré M. Netanyahu, ce n’est pas le cas d’Israël – en raison de la force de son leadership, de son armée et de son peuple. «Nous allons nous défendre sur tous les fronts », a-t-il promis.

Et dans un passage principalement dirigé contre les ennemis d’Israël, mais qui peut aussi être pris pour argent comptant par des amis d’Israël « aux idées confuses », il a ajouté : « Personne ne devrait venir nous chercher ».