S’il félicite Benjamin Netanyahu pour son audace dans le processus de paix et ses efforts pour préparer les Israéliens à un compromis, l’ambassadeur de l’Union européenne en Israël considère que le Premier ministre a pris une mauvaise décision en acceptant de libérer des prisonniers palestiniens enfermés de longue date, dans le cadre des négociations actuelles.

Dans une interview donnée au Times of Israel mardi soir, Lars Faaborg-Andersen  estime que « s’il avait été demandé à l’UE de conseiller Israël sur l’une des trois positions [parmi celles proposées par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas] à accepter comme base de négociation – accepter de négocier [un État palestinien] sur [la base des] frontières de 1967 ; accepter un moratoire sur les implantations ; ou relâcher 104 des prisonniers pré-Oslo – je sais quelles sont les deux positions que l’UE aurait suggérées au gouvernement israélien de prendre. Vous n’avez pas fait cela », dit-il. « C’est votre choix souverain. Vous devrez aussi en gérer les conséquences. »

Accentuant sa critique, Faaborg-Andersen précise que « le fait que ces prisonniers pré-Oslo aient été relâchés et accueillis en héros a été, au commencement, facilité par vous, parce que vous les avez libérés. »

L’ambassadeur rejette l’idée que l’Europe émet des critiques disproportionnées contre Israël, indiquant que l’UE n’avait « essentiellement qu’un désaccord avec Israël en ce qui concerne le processus de paix et il s’agit des implantations » qui, juge t-il, sont « particulièrement destructrices pour créer le genre de confiance et d’atmosphère nécessaires au succès. » L’UE considère les implantations comme « illégales au regard de la loi internationale et, qui plus est, inutiles » a t-il fait remarquer.

Il compare la poursuite des constructions pendant le processus de paix au fait de « commencer à manger un gâteau alors que vous débattez sur la manière de le découper », ajoutant que l’Europe trouvait cela « un peu sournois de continuer à étendre les implantations dans un territoire qui est sujet à des négociations. »

Israël, conseille-t-il, « se rendrait un grand service en gelant l’expansion des implantations, notamment à une période de négociations sérieuses. »

Faaborg-Andersen poursuit en jugeant que les deux camps réalisent aujourd’hui plus que jamais la nécessité d’une solution et qu’il « faut prendre les Palestiniens pour argent comptant quant ils disent qu’ils aimeraient avoir leur propre État. » Toutefois aucun dirigeant palestinien ne souhaite voir son nom associé à celui d’un « traître », un qualificatif qu’il a néanmoins retiré plus tard dans l’interview.

La « meilleure garantie [d’Israël] pour sa sécurité est d’offrir aux Palestiniens un accord raisonnable qui s’appliquera et ne créera pas immédiatement de mécontentement et de frustration au sein de l’opinion publique [palestinienne]. »

Concernant les inquiétudes israéliennes sur la crédibilité d’Abbas à être un faiseur de paix, sur le risque que des islamistes prennent le contrôle de la Cisjordanie et sur l’état de préparation des Palestiniens pour respecter la paix avec Israël, Faaborg-Andersen estime qu’avec Abbas, « vous savez plus ou moins ce que vous obtiendriez ». Mais « c’est un très vieil homme et il n’y a aucune assurance que son successeur soit aussi engagé que lui pour parvenir à une solution pacifique. »

L’ambassadeur donne plusieurs autres raisons pour lesquelles Israël devrait « évoluer maintenant sur cette question et de manière décisive », mentionnant notamment une « communauté d’intérêts entre Israël et certains États musulmans sunnites » dans leur opposition au Hezbollah, à l’Iran et à d’autres menaces.

Il évoque aussi le « défi démocratique et démographique : Israël souhaite réaliser son aspiration d’être le foyer du peuple juif et garantir l’auto-détermination du peuple juif au sein de l’État israélien. »

Faaborg-Andersen dit parfaitement comprendre les préoccupations sécuritaires d’Israël, notant que « l’Union européenne souhaite qu’Israël vive derrière des frontières sûres et défendables ». Il pense qu’une force de paix internationale pourrait jouer un rôle en Cisjordanie, notamment le long de la frontière vulnérable avec la Jordanie.

Les forces de maintien de la paix en Afghanistan et dans d’autres endroits du monde ont agi avec succès pour remplir ce qu’il décrit comme des défis bien plus importants que ceux auxquels de telles forces devraient affronter en Cisjordanie. Mais dans tous les cas, si les Etats-Unis et l’UE cherchent à résorber les inquiétudes sécuritaires, c’est aux camps eux-mêmes de trouver une solution.

« Le Premier ministre a listé certaines propositions très claires sur la sécurité ; elles font actuellement l’objet de discussion entre les parties. Il n’y rien de mal à cela », estime Faaborg-Andersen qui ne croit pas qu’il s’agisse d’un « obstacle insurmontable. »

L’ambassadeur a mis l’accent sur ce qu’il a qualifié de détermination européenne à aider Israël à parvenir à la paix, rappelant qu’en fin d’année dernière, des ministres européens ont « mis sur la table un signal politique très fort envers Israël. Nous avons dit que si les négociations actuelles étaient couronnées de succès, nous étions prêts à intégrer Israël au sein d’un Partenariat Privilégié Spécial. L’UE ne tergiverse pas. Ce dont nous parlons est la chose la plus proche d’une adhésion. C’est un statut similaire à celui de la Norvège et de la Suisse, qui couvre un grand nombre de domaines : la sécurité, la politique, l’économie, le commerce, la science et la technologie, etc. Notre message pour Israël, c’est que vous n’êtes pas seuls. Il y a une communauté internationale qui souhaite être derrière vous et vous soutenir dans ce processus parce que nous savons qu’il s’agit d’une décision existentielle qui comporte des risques pour vous aussi, et nous aimerions vous assister autant que possible pour réduire les risques à un niveau acceptable et raisonnable. »

Sur les positions intransigeantes d’Abbas, notamment le droit au retour des réfugiés palestiniens, l’ambassadeur a noté que le président de l’AP avait été très critiqué après une interview de 2012 sur la Deuxième chaîne, au cours de laquelle il avait déclaré, en anglais, qu’il n’estimait pas avoir le « droit » de revenir dans sa ville natale de Safed, au nord d’Israël.

Faaborg-Andersen a ajouté qu’Abbas et Netanyahu étaient « tous les deux très audacieux » dans la mesure où ils « doivent affronter de fortes oppositions sur de nombreux sujets. »

Selon l’ambassadeur, Netanyahu « essaye de préparer les Israéliens à un possible compromis » et Abbas « essaye de faire la même chose. »