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Éloges funèbres des victimes de tirs amis à Gaza : des origines diverses, un même destin

Les cinq soldats tués par erreur par des chars venaient de Tel Aviv, Tibériade, d’implantations de Cisjordanie ou de encore Buenos Aires. Tous servaient dans une unité religieuse

Proches et amis du capitaine Roy Beit Yaakov assistent à ses funérailles au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem, le 16 mai 2024. (Photo de Chaim Goldberg/Flash90)
Proches et amis du capitaine Roy Beit Yaakov assistent à ses funérailles au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem, le 16 mai 2024. (Photo de Chaim Goldberg/Flash90)

La mort de cinq soldats dans un incident de tir ami à Gaza a affecté plusieurs communautés, de la métropole de Tel Aviv à une communauté haredi de Tibériade, en passant par deux implantations de Cisjordanie et la communauté juive d’Argentine.

Quatre des cinq victimes – des hommes d’une vingtaine d’années tués dans le nord de la bande de Gaza mercredi, pris pour des terroristes par un char de Tsahal – ont été inhumées jeudi après-midi.

Les funérailles de la cinquième victime, le sergent Ilan Cohen, devraient avoir lieu dans les tout prochains jours, le temps pour ses proches de venir d’Argentine, précise le site Ynet. Sept autres soldats ont été blessés – dont trois grièvement – dans l’incident de tir ami qui s’est produit à Jabaliya mercredi.

Cette tragédie – l’un des incidents les plus meurtriers de ces dernières semaines au sein de l’armée israélienne – a eu pour effet de faire prendre conscience à de nombreux Israéliens du bilan humain de cette guerre.

La diversité des familles et des communautés endeuillées, quant à elle, illustre cette communauté de destin qui transcende des pans entiers de la société qui entretiennent parfois des relations tendues et ont des manières de voir le monde très contrastées.

Selon Arutz Sheva, Cohen, âgé de 20 ans, avait quitté Buenos Aires pour faire son alyah après son diplôme d’études secondaires afin de s’engager dans les rangs des Forces de défense israéliennes. Il avait étudié à la yeshiva Har Bracha dans le cadre d’un programme appelé hesder, qui permet de combiner études talmudiques et service militaire.

Il avait rejoint les rangs du 202e bataillon de la brigade parachutiste.

Tout comme les autres victimes de la tragédie de mercredi, Cohen faisait partie de la compagnie Hetz, créée en 2016 pour que les recrues haredim et autres pratiquants puissent intégrer la légendaire brigade des forces spéciales.

Ilan Cohen, à droite, étudie avec un ami à la Yeshivat Har Bracha en 2024. (Har Bracha)

Cohen était un soldat seul, sans famille pour l’accueillir lors de ses permissions. Son désir et ses facultés d’adaptation et d’intégration étaient l’un de ses points forts, estime Barel Shevach, un des rabbins de la yeshiva.

« Ilan était une personne agréable. J’ai été surpris de la rapidité avec laquelle il s’est intégré, en toute chose, notamment socialement et scolairement. Rien ne l’arrêtait, même lorsqu’il avait des difficultés avec la langue [l’hébreu]. Cohen était un « intrépide », poursuit Shevach, « et sioniste dans chacune des fibre de son être ».

Le sergent Daniel Chemu, lui aussi âgé de 20 ans, était également un soldat seul. Il avait grandi dans une communauté haredi de Tibériade mais s’était affranchi de certaines pratiques, à l’adolescence, explique au Times of Israel un membre de la communauté haredi de Tibériade.

Daniel Chemu après avoir fait don de sa moelle osseuse le 26 octobre 2024. (Crédit : Ezer Mizion)

Inhumé à Netanya, Chemu avait continué à observer les coutumes philanthropiques qui caractérisent la société haredi. Il s’était ainsi lancé dans une procédure de don de moelle osseuse, début octobre 2023, après s’être découvert une compatibilité avec une femme de 60 ans, dans la base de données des donneurs à laquelle il appartenait depuis ses 18 ans, a rapporté Ynet.

La procédure avait été reportée à cause du déclenchement de la guerre contre le Hamas, le 7 octobre dernier, lorsque 3 000 terroristes du groupe ont envahi Israël pur y assassiner 1 200 personnes et en enlever 252. Le 26 octobre, il avait obtenu une permission pour lui permettre de faire don de sa moelle, ce qui a sauvé la vie de la receveuse, avant de reprendre sa place au combat.

Même s’il ne faisait plus partie de l’importante communauté haredi de Tibériade, sa mort est un choc, a confié au Times of Israel l’un des dirigeants de cette communauté, Avinoam Gotliv, âgé de 36 ans.

« Nous pleurons avec le peuple d’Israël pour chaque personne qui donne sa vie pour nous protéger, nous tous, à commencer par les cinq jeunes gens morts hier », a déclaré Gotliv. « Mais le fait qu’il vienne de notre communauté, de nos cercles, rend sa perte plus poignante encore. »

Il existe d’autres unités comme Hetz, notamment le bataillon d’infanterie Netzah Yehuda, créés dans le but d’encourager et faciliter le service militaire des ultra-orthodoxes, mais la plupart des hommes qui servent dans ces unités ne sont pas issus de ce genre de milieu, estime Gotliv.

Des ultra-orthodoxes qui ont décidé de rejoindre l’armée dans le cadre de la guerre contre le Hamas au bureau de recrutement de Tel Hashomer, près de Tel Aviv, le 23 octobre 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

La définition donnée des haredim varie, relève-t-il, « mais souvent, ce que les médias laïcs israéliens qualifient de « soldats haredim » ne sont pas ce que nous appellerions des haredim. Plutôt d’anciens haredim, ou haredim-sionistes, ou simplement religieux. »

Chaque année, des dizaines de milliers d’hommes issus de la communauté ultra-orthodoxes sont exemptés du service militaire sous réserve d’étudier dans des yeshivot, dans le cadre d’un accord controversé que la Cour Suprême a déclaré illégal et discriminatoire.

Face à la controverse juridique et sociétale sur la question, certains haredim ont un point de vue radical sur le service militaire. Les Haredim qui effectuent leur service sont souvent victimes de harcèlement, d’intimidation voire de violences, ce qui conduit à un grand nombre de défections et dissuade les autres de suivre la même voie.

Au sein de la société haredi, « nous pensons que l’étude de la Torah n’est pas moins importante pour notre survie que le fait de prendre les armes », explique Gotliv. Mais nombreux sont les haredim, en particulier dans son quartier de Nof Poriah, qui « apprécient le sacrifice de ceux qui se battent ».

Lorsque la nouvelle de la tragédie est parvenue à Nof Poriah comme dans d’autres communautés ultra-orthodoxes, « des groupes WhatsApp se sont créés, demandant à leurs membres de prier pour ceux qui étaient morts au combat.
Les gens en parlent. Ils prient plus ardemment Ils étudient plus dur. Les célébrations sont réduites voire annulées. Nous faisons partie de ce pays, et la perte de l’un des nôtres nous rappelle douloureusement notre communauté de destin », souligne Gotliv, qui est l’agent de liaison de la municipalité dans son quartier majoritairement haredi de quelque 3 000 personnes.

La famille et les amis du soldat israélien Roy Beit Yaakov assistent à ses funérailles au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem, le 16 mai 2024. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

À Eli, la quasi-totalité des 4 000 habitants de cette implantation de Cisjordanie connaissaient le capitaine Roy Beit Yaakov, le commandant de la force frappée à Jabaliya. L’officier décédé était le fils du maire de l’implantation, Avidan Beit Yaakov. Ce dernier a parlé de son défunt fils comme d’un « combattant calme et doux, humble et tout entier dédié à son objectif », dans un éloge funèbre publié un peu avant les funérailles, au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem.

Soldats tués dans le nord de Gaza le 15 mai 2024. Rangée du haut, de gauche à droite : Sgt. Ilan Cohen, Sgt Daniel Chemu, Sgt Betzlel David Shashuah ; Rangée du bas, de gauche à droite : le Sgt Gilad Arye Boim et le Cpt. Roy Beit Yaakov. (Crédit : armée israélienne)

Au moment où Beit Yaakov était inhumé, des milliers de personnes s’étaient réunies pour enterrer le sergent Betzalel David Shashuah au cimetière Kiryat Shaul de Tel Aviv.

« Ce qui comptait le plus à ses yeux, c’était l’unité du peuple israélien », ont écrit les proches de Shashuah dans une déclaration aux médias. Pratiquant, Shashuah avait toujours eu envie de servir dans les rangs de Tsahal ont-ils rappelé.

Suite aux événements du 7 octobre, il avait renoncé à sa permission, avant sa démobilisation, pour rejoindre ses compagnons d’armes sur la ligne de front. « Il s’est conduit en vrai héros israélien », ont écrit ses proches.

Gilad Arye Boim. (Forces de défense israéliennes)

C’est dans l’implantation de Karnei Shomron, en Cisjordanie, que le sergent Gilad Arye Boim, 22 ans, a été inhumé sensiblement au même moment. Il a rejoint les sept victimes du conflit actuel déjà enterrées là-bas.

La sœur de Boim, Chen Lapid, a eu un message pour les soldats auteurs des tirs sur le bâtiment dans lequel se trouvaient son défunt frère et le reste de son unité. « Nous vous embrassons. Nous ne ressentons aucune colère envers vous », a-t-elle déclaré lors des funérailles.

« Nous savons que ce que vous avez fait, vous l’avez fait pour le bien du peuple d’Israël. Continuez votre importante mission et quand vous le pourrez, passez nous voir. »

Kalman Libeskind, oncle de Boim et célèbre journaliste de la radio publique Kan, a dit sur X que son neveu était « un garçon plein de lumière et de gentillesse, un soldat loyal de ce bon pays, mort pour défendre sa patrie ».

Il a conclu son message par ces mots : « Le peuple d’Israël est vivant ».

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