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5 ans après la mort de Philip Roth, son angoisse pour la démocratie US a un écho

D'après les autorités et les associations juives, le nombre de crimes et délits antisémites a augmenté ces dernières années et le paysage politique est polarisé à l'extrême

Cette photo  prise le 2 mars 2011 montre le romancier américain Philip Roth lors d'une cérémonie à la Maison Blanche à Washington DC, où il a reçu la Médaille nationale des humanités. (PHOTO AFP / Jim WATSON)
Cette photo prise le 2 mars 2011 montre le romancier américain Philip Roth lors d'une cérémonie à la Maison Blanche à Washington DC, où il a reçu la Médaille nationale des humanités. (PHOTO AFP / Jim WATSON)

Dérive « fasciste », poussée de l’antisémitisme, « guerres culturelles » : l’écrivain Philip Roth s’inquiétait de « la fragilité de la démocratie » américaine. Cinq ans après sa mort, son angoisse pour un pays plus polarisé que jamais par le trumpisme a résonné encore lors d’un festival en son honneur près de New York.

Rassemblés trois jours à Newark, ville natale de Roth et banlieue industrielle et multiculturelle du New Jersey, des dizaines de comédiens, auteurs et universitaires ont débattu, joué et lu sur scène des œuvres du romancier devant des centaines de spectateurs qui ont aussi sillonné en bus les quartiers de sa jeunesse et célébré ce qui aurait été dimanche son 90e anniversaire.

Né le 19 mars 1933, dans une famille juive de la classe moyenne venue des confins de l’Ukraine et de la Pologne au début du XXème siècle, Roth est décédé à Manhattan le 22 mai 2018, couvert de gloire aux Etats-Unis et à l’étranger, mais sans avoir échappé à la controverse pour certains livres.

Un an et demi avant sa mort, « je me rappelle avoir reçu un email de lui, juste après l’élection de (Donald) Trump (en novembre 2016) disant ‘oui, il va suspendre la Constitution' » des Etats-Unis, a raconté l’historien Sean Wilentz lors du festival « Philip Roth Unbound » co-produit par le New Jersey Performing Arts Center (NJPAC).

« Trump, c’est l’imprévu » 

Un journaliste du New Yorker, Philip Gourevitch, a relaté qu’au moment de la victoire de Donald Trump, Philip Roth lui avait juré « n’avoir jamais rien écrit » dans ses romans sur l’irruption d’un populiste dans une démocratie.

« Trump, c’est l’imprévu. Même si, bien sûr, (Roth) avait d’une certaine manière écrit le scénario » de l’élection du milliardaire, a estimé M. Gourevitch.

Le président élu de l’époque, Donald Trump, montre son poing en arrivant pour la 58e investiture présidentielle au Capitole américain à Washington, le vendredi 20 janvier 2017. (Crédit : Andrew Harnik/AP)

Car lorsque le 45e président américain entre à la Maison Blanche le 20 janvier 2017, beaucoup relisent le roman le plus connu de Roth, Le complot contre l’Amérique (2004), adapté en série télé en 2020.

Cette uchronie mélange des faits historiques authentiques et des inventions.

Le narrateur, Philip Roth enfant juif de Newark, raconte comment les Etats-Unis sombrent dans l’autoritarisme, le « fascisme », l’antisémitisme, les déportations et émeutes anti-juives après la victoire fictionnelle à la présidentielle de 1940, contre le démocrate Franklin Roosevelt, de l’aviateur Charles Lindbergh, un républicain pro-nazi, isolationniste et partisan de « l’Amérique d’abord », un slogan de Donald Trump.

Philip Roth, l’auteur d’American Pastoral. (Crédit : Film Forum/File)

« Suprémaciste blanc » 

Mais dès 2017, Philip Roth nie dans la presse tout parallèle entre Trump, « imposteur total (…) mégalomane » doté d’un « vocabulaire de 77 mots » et Lindbergh, « vrai raciste, antisémite et suprémaciste blanc sympathisant du fascisme » mais surtout « grand héros » de l’aviation.

Avec son Complot et ses romans Pastorale américaine (1997) et J’ai épousé un communiste (1998), Roth, armé de sa « conscience historique » exprime son « inquiétude sur la fragilité de notre démocratie », selon l’éditeur Cary Goldstein, coproducteur du festival.

En outre, ont souligné les organisateurs, « l’histoire du ‘Complot contre l’Amérique’ résonne avec notre climat politique et social actuel ».

Signe de l’écho de la pensée de Roth, le festival a fait salle comble dimanche pour écouter cinq heures durant les neufs chapitres du « Complot » déclamés par neuf comédiens et actrices – dont Cynthia Nixon, Tony Shalhoub, Sharon Epatha Merkerson ou Sam Waterston – seuls en scène derrière un pupitre et un micro.

Pour l’autrice Francine Rose, la puissante description que fait Roth dans son roman de la peur insidieuse des juifs américains montre que « l’antisémitisme est un phénomène récurrent » dans l’Histoire et « non pas inventé par Hitler ».

Panneau d’une campagne de lutte contre l’antisémitisme, a New York, 12 août 2021. (Crédit : Luke Tress/Flash90)

Turbulences

D’après les autorités américaines et des associations juives, le nombre de crimes et délits antisémites a augmenté ces dernières années dans un pays en pleines turbulences idéologiques et sociétales.

Le paysage politique est non seulement polarisé à l’extrême entre les démocrates du président Joe Biden et la base des républicains partisans de Donald Trump.

Mais des conservateurs, comme le gouverneur de Floride Ron DeSantis, veulent aussi remporter les « guerres culturelles » sur les armes à feu, l’orientation sexuelle et l’identité de genre, le multiculturalisme et la diversité.

Ces tensions communautaires avaient été critiquées par Philip Roth dans La tache (2000). Pour le romancier afro-américain Darryl Pinckney, elles représentent dans les Etats-Unis d’aujourd’hui une forme de « déliquescence de la bourgeoisie ».

Pour ses thuriféraires, Roth a dépeint avec lucidité les travers des Etats-Unis dans des récits provocateurs et satiriques, avec une réflexion profonde sur le poids de l’Histoire, l’identité juive, la sexualité, le vieillissement et la mort.

Des contempteurs l’ont accusé aussi d’être misogyne, notamment lors du mouvement #Metoo en 2017.

Mais pour Francine Prose, il faut faire le distinguo entre les « personnages » féminins qu’a inventés le romancier et le fait que l’homme « n’a diffamé ni les femmes, ni le féminisme ».

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