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À Arad, l’explosion d’un missile relance la polémique sur l’utilisation d’abris comme synagogues

Dans cette ville de plus en plus ultra-orthodoxe, nombre de miklatim sont vétustes ou inutilisables en raison de travaux de rénovation visant à leur donner une double fonction

Des Israéliens réunis dans un abri antiatomique à double usage, qui sert également de synagogue, lors d’une alerte à une attaque de missiles iraniens à Arad, dans le sud d’Israël, le 25 mars 2026. (Crédit : Lilach Inbar Haviv)
Des Israéliens réunis dans un abri antiatomique à double usage, qui sert également de synagogue, lors d’une alerte à une attaque de missiles iraniens à Arad, dans le sud d’Israël, le 25 mars 2026. (Crédit : Lilach Inbar Haviv)

Mercredi après-midi, sur une route en pente surplombant le désert du Néguev, les habitants du quartier Hatzavim d’Arad ont reçu sur leur téléphone une alerte stridente mais familière.

Une camionnette s’est précipitée sur le bas-côté et des enfants en sont descendus. Les clients d’une pizzeria voisine ont quitté leur table, et un homme portant un petit chien a dévalé le trottoir ; tous se dirigeaient vers le seul miklat – abri antiatomique public – du quartier, où d’autres personnes s’étaient déjà rassemblées.

Alors que les sirènes retentissaient, tout le monde a rapidement descendu les escaliers pour se réfugier dans une pièce sombre et exiguë. Cet espace souterrain n’avait pas d’électricité et ne comptait que trois murs et demi en béton. Un adolescent a frappé sur ce qu’il restait du mur et il a plaisanté avec ses amis en disant que l’abri était « le plus conforme aux normes qu’il soit ».

Selon les habitants, ce miklat vieillissant n’était absolument pas conforme aux normes.

Le maire de la ville, Yaïr Maayan, a même déclaré qu’il était « interdit d’y rester en cas d’urgence » – mais c’était le seul abri disponible dans les environs. Les maisons du quartier avaient toutes été construites avant que les mamadim – abris antiatomiques privés – ne deviennent obligatoires au début des années 1990.

Selon les habitants, la municipalité a demandé aux personnes vivant à proximité de se réfugier dans un miklat situé dans un lycée un peu plus haut sur la route. Mais l’école se trouve à neuf minutes à pied de l’abri délabré – soit environ le double du délai d’alerte habituel en cas d’attaque de missile iranien.

Un Haredi regardant par la fenêtre d’un bâtiment endommagé à la suite d’une frappe de missile iranien, à Arad, le 25 mars 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Après l’impact dévastateur du missile de samedi soir à Arad, qui a fait de nombreuses victimes et qui a blessé 115 personnes, les habitants de cette ville paisible du sud d’Israël sont plus anxieux que jamais à l’idée de se mettre à l’abri en cas d’attaques iraniennes.

Cependant, selon les habitants, les miklatim d’Arad souffrent d’une négligence chronique et seuls ceux qui ont été réaffectés à un autre usage, notamment en tant que synagogues, bénéficient de ressources. Même dans ce cas, les travaux de rénovation visant à transformer ces abris en salles de prière les ont rendus impropres à une utilisation en temps de guerre.

Alors que des missiles balistiques menacent l’ensemble du pays, à Arad, les abris à double usage sont devenus le dernier champ de bataille d’un conflit de longue date concernant le caractère religieux de la ville.

Les critiques accusent le maire d’avoir cédé aux intérêts d’une population ultra-orthodoxe en pleine expansion en autorisant la conversion d’un nombre croissant de miklatim en synagogues.

Des habitants réunis devant un abri public avant un tir de missiles iraniens, à Arad, le 25 mars 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

« La municipalité les laisse simplement recevoir, voire s’emparer d’abris publics pour les transformer en synagogues, alors que ceux-ci n’étaient pas officiellement destinés à cet usage. Dans de nombreux cas, ils n’ont pas l’autorisation de le faire », déplore Lilach Inbar Haviv, une habitante d’Arad.

Des habitants laïcs expliquent que le problème trouve son origine dans l’impression que Maayan s’incline devant les politiciens locaux appartenant à la dynastie hassidique Gur.

Le rôle tenu par cette dernière au sein de la coalition au pouvoir dans la ville a en effet permis au maire de rester en fonction.

Les partisans de la dynastie Gur réfutent toutefois avec véhémence les allégations selon lesquelles les synagogues n’auraient pas été officiellement approuvées, les qualifiant de campagne de dénigrement visant à « salir » la réputation de la communauté.

La polémique a éclaté environ une semaine après le début de la guerre en Iran, lorsque le maire a coupé la parole à Haviv lors d’une réunion avec les habitants concernant les miklatim, qualifiant d’antisémites tous ceux qui s’opposent à la transformation des abris en synagogues.

« Je vous dis à tous que chaque abri disponible deviendra une synagogue, [chaque] abri disponible à Arad deviendra une synagogue, et quiconque s’y oppose est un antisémite », a-t-il déclaré.

Lutte de pouvoir

Le Commandement du Front intérieur de l’armée israélienne encourage les villes et les communes à autoriser l’utilisation « à double usage » des miklatim, partant du principe que cela incitera les habitants à veiller à leur entretien.

Ces structures pourront ainsi être utilisées comme salles de classe, synagogues ou clubs de loisirs en temps de paix.

La ville doit toutefois donner son autorisation officielle avant qu’un abri ne soit considéré comme « à double usage », et l’espace doit toujours répondre à certaines normes fixées par Tsahal, afin de conserver son objectif premier : protéger les habitants contre les missiles.

Actuellement, la ville d’Arad compte 70 miklatim pour une population de 145 000 habitants. Les estimations quant au nombre de ceux qui sont utilisés comme synagogues varient. Maayan affirme qu’il y a « environ » 17 abris utilisés comme synagogues à l’heure actuelle, tandis que le conseiller municipal Moshe Reichman, affilié à la dynastie Gur, avance un chiffre inférieur : 12. Haviv, pour sa part, insiste sur le fait qu’il y en a 35 qui répondent à ces critères.

« Dans l’un d’eux, ils ont installé la climatisation pour leur propre confort. Le problème, c’est que le système est raccordé à des câbles qui passent par des fenêtres censées rester fermées », précise-t-elle, citant l’exemple d’un miklat qu’elle a visité et dont elle a fourni des photos.

Montage photos (de gauche à droite) : Une bibliothèque de synagogue semble bloquer la porte antiatomique d’un miklat, à Arad, en mars 2026 ; une fenêtre d’un abri antiatomique utilisé comme synagogue qui a été modifiée pour laisser passer des câbles, en mars 2026. (Crédit : Lilach Inbar Haviv)

Dans un autre abri, « les portes anti-explosion, qui devraient être fermées en cas d’urgence, sont au contraire obstruées par des étagères remplies de livres sacrés », déplore-t-elle.

Selon les directives de l’armée, au moins 80 % de la surface d’un miklat à double usage doit rester libre, et les câbles électriques doivent passer par des conduits étanches, avec l’accord écrit du Commandement du Front intérieur.

Mais selon Haviv et d’autres habitants, ces règles sont souvent bafouées.

En début de semaine, le député Naor Shiri (Yesh Atid) a adressé une lettre au chef de la police, Danny Levy, l’exhortant à veiller à ce que les abris soient « immédiatement dégagés » et rendus « accessibles et adaptés à tous les résidents » à Arad, à la suite d’informations qui ont laissé entendre que l’accès avait été refusé à des résidents n’appartenant pas à la congrégation, même en dehors des heures de prière.

Un abri antiatomique public dans la ville d’Arad, dans le sud du pays, le 25 mars 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Le Times of Israel n’a pas pu confirmer ces informations et plusieurs défenseurs de la laïcité, familiers de la question, ont déclaré ne pas non plus en avoir entendu parler.

La police n’a pas encore répondu à une demande de commentaires.

Natalia, une assistante sociale à la retraite qui vit à Arad, raconte qu’un groupe ultra-orthodoxe a « pris le contrôle » d’un miklat utilisé par un dispensaire local pour les personnes souffrant de troubles respiratoires, dans son quartier.

C’est désormais une école maternelle pour filles.

Un abri public transformé en école maternelle orthodoxe pour filles, à Arad, le 25 mars 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Sans en avertir les utilisateurs, le matériel médical a été jeté et de nouvelles cloisons en placoplâtre ont été érigées pour diviser l’abri, créant ainsi de petites salles de classe, dénonce-t-elle.

Bien que chaleureux et accueillant, une grande partie de cet abri est encombrée de tables et d’étagères. Un grand bureau occupe la majeure partie de l’espace dans une pièce qui a été transformée en bureau.

Néanmoins, l’espace est bien entretenu et, grâce à l’électricité et à la climatisation, il n’a rien à voir avec les locaux délabrés du quartier de Hatzavim.

Réagissant aux accusations laissant entendre que de nombreux abris à double usage ne répondent dorénavant plus aux normes ou qu’ils n’accueillent plus les résidents non haredim, Reichman accuse les militants laïcs de tenter de « calomnier la communauté ».

« Il y a des gens qui, immédiatement après la catastrophe qui a frappé cette ville, vont de refuge en refuge, filment des vidéos, cherchent un moyen de calomnier la communauté et s’attachent à dénicher les moindres problèmes dans un moment aussi difficile », affirme-t-il.

« C’est une honte. »

Maayan qualifie également ces allégations de « mensonges éhontés ». Il accuse Haviv et d’autres militants laïcs d’être « des instigateurs de discorde et de haine ».

Haredisation

Le site d’une frappe de missile balistique, à Arad, le 22 mars 2026. (Crédit : Stav Levaton/Times of Israel)

Les plaintes concernant les miklatim à double usage sont la dernière manifestation d’un conflit de longue date entre les résidents laïcs de cette ancienne ville de développement, dont beaucoup sont des immigrants russophones de l’ancienne Union soviétique, et une population haredi en pleine expansion, principalement issue de la dynastie hassidique Gur.

Autrefois considérée comme une oasis libérale dans le Néguev, Arad a connu d’importants changements démographiques au cours des dix dernières années. Les Juifs hassidiques de la dynastie Gur, qui représentaient un tiers de la population en juillet 2025, dominent de plus en plus la sphère publique.

Les habitants font remarquer que les miklatim ne sont pas le seul type de bâtiment que les groupes haredim tentent de soustraire à leurs utilisateurs.

En 2019, des heurts ont éclaté entre des policiers et des hommes ultra-orthodoxes, après qu’une descente de police a été menée dans un bâtiment appartenant à un groupe de jeunes locaux, que des Haredim s’étaient approprié pour en faire une synagogue.

Des vitres brisées au rez-de-chaussée d’un centre commercial de la ville d’Arad, dans le sud du pays, suite aux dégâts causés par l’explosion d’un missile iranien, le 25 mars 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

La municipalité, alors dirigée par le maire de centre gauche Nissim Ben Hamo, avait immédiatement pris des mesures contre ce groupe et rendu le bâtiment à ses propriétaires d’origine.

Plus tôt cette année, deux hommes d’affaires de Gur ont acheté le centre commercial d’Arad. Certains ont affirmé que les commerçants avaient subi des pressions pour retirer les photos de femmes et les mannequins, et pour que ceux-ci ne portent que des vêtements pudiques.

Malgré les tensions entre les militants laïcs et les représentants de la dynastie Gur, la vie quotidienne à Arad reste relativement calme. Les quartiers proches du centre-ville sont très mixtes et les habitants entretiennent de bonnes relations avec leurs voisins.

Même après la nouvelle catastrophe qui s’est abattue sur la ville ce week-end, les habitants ont continué à faire leurs courses et leurs démarches au milieu des dégâts.

Des Juifs ultra-orthodoxes inspectant les débris de ce qui semble être un missile iranien intercepté près de la ville d’Arad, dans le sud d’Israël, le 28 avril 2024. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP)

Le centre commercial, gravement endommagé lors de l’attaque, est toujours ouvert, malgré les tas de verre brisé au rez-de-chaussée.

Après l’explosion du missile qui a ravagé plusieurs immeubles et détruit plusieurs logements, tous les habitants s’accordent à dire que la ville a désespérément besoin d’une meilleure infrastructure de protection.

Interrogé par le Times of Israel, Maayan explique que la municipalité collecte actuellement des fonds budgétaires et des dons pour construire de nouveaux miklatim dans les quartiers et dans les écoles qui en sont dépourvus.

Selon lui, ils s’efforcent actuellement de lever des fonds pour 40 nouveaux abris.

Cependant, Natalya affirme que certaines zones sont encore laissées pour compte. Elle se souvient avoir récemment participé à une action bénévole avec un groupe caritatif dans la zone industrielle d’Arad, où elle a emballé des repas destinés aux habitants, lorsqu’une sirène a retenti. Elle et d’autres personnes se sont précipitées vers le miklat le plus proche, mais celui-ci n’avait ni électricité ni ventilation.

Lorsqu’elle a envoyé un SMS au maire pour lui signaler l’état déplorable de l’abri, Maayan lui a répondu qu’il était inutile de moderniser des miklatim qui ne seraient utilisés que par des travailleurs, indiquant que les zones nécessitant des installations à double usage seraient prioritaires.

« Il n’y a aucune raison d’investir dans un abri dans la zone industrielle, puisqu’il n’est utilisé que pendant la journée », a-t-il écrit.

Lorsque le Times of Israel s’est rendu sur place mercredi, le portail de la clôture permettant d’y accéder était verrouillé.

Une grille verrouillée bloquant l’accès à un abri public, à Arad, dans le sud d’Israël, le 25 mars 2026. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Même en dehors de la zone industrielle, « il existe des quartiers entiers qui ne disposent que de miklatim », souligne Reichman.

« Il y a un quartier, Hatzavim, où il n’y a ni mamad dans les appartements, ni miklat », poursuit-il.

« Nous devons trouver une solution, ne serait-ce que pour y installer des abris mobiles. »

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