Israël en guerre - Jour 142

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À Tel Aviv, la chanteuse Oum Kalthoum, une thérapie pour les Juifs et les Arabes

Sur scène, au théâtre arabo-hébreu de Jaffa, quartier mixte de Tel Aviv, trois Juifs et trois Arabes parlent hébreu et chantent en arabe

La comédienne israélienne Galit Giat incarne la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum au théâtre de Jaffa, au nord de Tel Aviv, le 14 décembre 2023. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)
La comédienne israélienne Galit Giat incarne la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum au théâtre de Jaffa, au nord de Tel Aviv, le 14 décembre 2023. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

C’est l’histoire d’Oum Kalthoum, la voix la plus célèbre du monde arabe, incarnée sur scène par une chanteuse juive au théâtre de Jaffa, à Tel Aviv. Ce spectacle, un temps suspendu après le massacre du 7 octobre en Israël, est une catharsis pour estomper des blessures encore à vif.

Ala Abu Amara, virtuose de l’oud, instrument roi des musiques arabes, plante le décor. Celui des appartements de la diva égyptienne (1898-1975), interprétée par la musicienne Galit Giat. Autour d’eux, la mère, le parolier, son rival, une danseuse orientale. Il s’agit d’un voyage à travers les moments clés de « L’astre d’Orient », les rencontres qui jalonnent sa carrière et orientent le cours de sa vie, de ses chansons, son patriotisme. Ses longs poèmes sont chantés en arabe et les répliques entre les comédiens en hébreu.

Assis sur les strapontins, une foule bigarrée. Des tatoués et des kippas se sont donné rendez-vous au théâtre arabo-hébreu de Jaffa, un quartier mixte de Tel Aviv. Le public oscille entre rire franc et émotion. Il y a les disputes de la vedette, lunettes fumées et robes majestueuses, avec sa mère (interprétée par Khawlah Hag-Debsy) ou les performances vocales enivrantes dont celle de George Iskandar, qui fait revivre le chanteur et luthiste Mohammed Abdel Wahab, autre légende égyptienne. Les plus âgés de l’audience reprennent en arabe les tubes d’Oum Kalthoum, les yeux brillants, et un soupçon de nostalgie.

« Sur scène, trois Juifs et trois Arabes parlent hébreu et chantent en arabe », détaille Igal Ezraty, le producteur du spectacle. « Il s’agit de montrer que l’arabe n’est pas la langue du Hamas, c’est une très belle langue, une belle culture et pour la plupart des Israéliens, c’est la langue de leurs parents, de leur enfance », explique le directeur du théâtre.

Les représentations ont été mises en pause pendant le mois suivant l’attaque du Hamas du 7 octobre sur le sol israélien. Depuis sa reprise, la pièce est « une bouffée d’oxygène » pour les artistes et le public, confie Galit Giat, vibrante cantatrice, dont les ancêtres viennent d’Algérie et du Yémen. « Oum Kalthoum, c’est la maison. Je me souviens enfant chez mes grands-parents écouter de la musique classique égyptienne et je me disais chaque fois ‘pourquoi tu ne parles pas la langue' », dit-elle. Des années plus tard, l’artiste israélienne se réapproprie les textes. Ce rôle est « un très beau cadeau de la vie. On joue ensemble, chrétien, musulman, juif, on vit ensemble, on s’aime ensemble, on se déteste ensemble ».

Shaia, originaire de Kfar Saba, au nord de Tel Aviv, avait acheté sa place bien avant le 7 octobre et sa présence au spectacle revêt une nouvelle interprétation : « Sentir la connexion entre les deux peuples, nous sommes voisins et j’espère qu’on aura la paix une nouvelle fois et qu’on ne se battra plus. » Mais ces « messages de paix » brandis par les artistes juifs et une partie du public semblent inaudibles – un pansement de deux heures sur une plaie encore à vif. Le chemin de la cicatrisation est encore long.

Aucun des trois artistes palestiniens d’Israël n’a souhaité s’exprimer auprès de l’AFP. « C’est dur pour les Palestiniens, ils sont tous nés ici et dès qu’ils ouvrent la bouche ils ont l’impression de faire quelque chose de mal. Ils sont assignés à se taire ». Au point d’avoir « peur de parler en arabe », se désole Igal Ezraty. « Certains ont fait des commentaires sur les réseaux sociaux, sur les victimes, sur la guerre et l’armée est venue, certains ont été arrêtés », dénonce l’infatigable directeur du théâtre de Jaffa depuis 20 ans.

Sa comédie est jouée deux fois par mois et ambitionne d’entrer dans sa dixième année de présence sur les planches. Avant que le rideau ne se ferme, un écran diffuse les images de l’enterrement d’Oum Kalthoum. Une marée humaine au Caire porte son cercueil, mais on la pleure de Bagdad à Casablanca en passant par Jaffa.

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