Appels à destituer Trump, Biden au chevet d’une Amérique meurtrie
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Appels à destituer Trump, Biden au chevet d’une Amérique meurtrie

Le chef des démocrates au Sénat Chuck Schumer a exhorté Mike Pence à démettre Donald Trump de ses fonctions

Le président américain Donald Trump se rend dans le bureau Ovale dans la Maison Blanche après son retour de Floride, à Washington, le 31 décembre 2020. (Crédit : Bill O'Leary/The Washington Post via Getty Images via JTA)
Le président américain Donald Trump se rend dans le bureau Ovale dans la Maison Blanche après son retour de Floride, à Washington, le 31 décembre 2020. (Crédit : Bill O'Leary/The Washington Post via Getty Images via JTA)

Au lendemain d’une journée de chaos qui a ébranlé l’Amérique entière, le président élu Joe Biden a dénoncé les assauts répétés de Donald Trump contre les institutions, sans cependant se prononcer sur les appels à l’écarter immédiatement du pouvoir.

Le milliardaire républicain apparaît de plus en plus isolé tandis que son successeur, qui s’installera à la Maison Blanche dans 13 jours, endosse déjà le rôle du dirigeant chargé de panser les plaies d’une Amérique meurtrie qui a connu selon lui « l’un des jours les plus sombres » de son histoire.

Le président républicain a, depuis quatre ans, « multiplié les assauts » contre les institutions démocratiques américaines, a lancé M. Biden depuis son fief de Wilmington, à un peu de moins de 200 kilomètres de Washington.

Quelques minutes plus tôt, le premier membre du gouvernement de Donald Trump annonçait sa démission: Elaine Chao, ministre des Transports.

« Notre pays a vécu un événement traumatisant, totalement évitable (…) qui m’a tellement troublée que je ne peux pas l’ignorer », a déclaré celle qui est à la ville, l’épouse du chef des sénateurs républicains Mitch McConnell.

Au lendemain des violences inédites perpétrées par ses sympathisants au Capitole, un premier élu républicain s’est joint au chœur démocrate qui réclame son départ.

La police retient les partisans de Trump qui ont tenté de franchir une barrière policière, le 6 janvier 2021, au Capitole à Washington. (Crédit : AP Photo/Julio Cortez)

Au Congrès, le chef des démocrates au Sénat Chuck Schumer a exhorté le vice-président Mike Pence à démettre Donald Trump de ses fonctions, en accusant le président sortant d’avoir « incité » les violences.

Il a appelé le bras droit de Donald Trump à invoquer le 25e amendement de la Constitution, qui autorise le vice-président et une majorité de membres du cabinet à déclarer le président « inapte » à exercer son rôle.

En écho, Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, a estimé que démettre Donald Trump était une « urgence de la plus haute importance ».

Premier républicain à sauter le pas publiquement, un élu de la Chambre, Adam Kinzinger, a appelé jeudi à suivre cette voie, inédite, « pour le bien » de la démocratie américaine.

Donald Trump a « attisé les braises » de la violence, a-t-il accusé.

Si le cabinet n’agit pas, a menacé Chuck Schumer, alors le Congrès devra lancer une procédure de destitution.

Un groupe d’élus démocrates à la Chambre des représentants, contrôlée par leur parti, se préparaient jeudi matin à présenter des articles d' »impeachment ».

« Insurrection »

Mike Pence a certifié la victoire de Joe Biden (306 grands électeurs contre 232) au milieu de la nuit, devant les deux chambres du Congrès réunies pour une session extraordinaire.

Le vice-président Mike Pence s’exprime alors que le Sénat se réunit à nouveau après que des manifestants ont pris d’assaut le Capitole américain le 6 janvier 2021. (Capture d’écran Télévision du Sénat via AP)

Censée être une simple formalité, cette certification a tourné à « l’insurrection », « presque à la sédition » selon les termes du président élu, quand une foule de partisans du président sortant a envahi le Capitole, interrompant les débats.

Les images prises de l’intérieur du majestueux bâtiment marqueront l’Histoire : élus portant des masques à gaz, agents de la police en civil arme au poing, manifestants installés confortablement les pieds sur les bureaux des parlementaires.

Ces scènes ont suscité consternation et indignation à travers le monde, et l’image des Etats-Unis, qui se posent volontiers en modèle démocratique, a été durablement abîmée.

« Notre tâche aujourd’hui et pour les quatre années à venir est (…) de permettre un renouveau de la politique dont la finalité est de résoudre les problèmes, pas de souffler sur les flammes de la haine et du chaos », a déclaré Joe Biden mercredi lors d’une déclaration solennelle.

President-elect Joe Biden speaks at The Queen theater in Wilmington, Del., Wednesday, Jan. 6, 2021. Biden has called the violent protests on the U.S. Capitol « an assault on the most sacred of American undertakings: the doing of the people’s business. » (AP Photo/Susan Walsh)

« L’Amérique est bâtie sur l’honneur, la décence, le respect et la tolérance », a insisté cet homme un peu frêle, très respecté à Washington, qui prendra les rênes du pouvoir à l’issue d’une très longue carrière politique.

« Trop c’est trop »

Au sein du parti républicain, de son gouvernement, et dans son équipe rapprochée, le malaise est palpable. Son jusqu’au-boutisme a aliéné une partie de son propre camp.

On y prépare la suite, certains en prenant leur distance, à l’image de Mick Mulvaney, émissaire des Etats-Unis en Irlande du Nord, qui a démissionné.

« Je ne peux pas rester, pas après hier », a déclaré sur CNBC celui qui fut le chef de cabinet du tempétueux président.

Plusieurs membres du Conseil de sécurité nationale ont aussi annoncé leur départ.

Le sénateur américain Lindsey Graham lors d’une audience de confirmation de la commission judiciaire du Sénat au Capitole, le 20 mars 2017. (AFP Photo/Brendan Smialowski)

Le sénateur républicain Lindsey Graham, un proche allié de Donald Trump, a déclaré dans la nuit qu’il cessait d’emboîter le pas du président : « Ne comptez plus sur moi. Trop, c’est trop. »

Depuis plus de deux mois, l’ancien homme d’affaires de New York arrivé au pouvoir en 2017, refuse d’accepter sa défaite et souffle sur les braises de la division en brandissant des théories du complot.

Et les scènes de violence de mercredi sont, pour beaucoup, l’aboutissement de cette croisade.

Pour Barack Obama, ces violences sont « un moment de déshonneur et de honte » pour l’Amérique. « Mais pas une surprise. »

La chancelière allemande Angela Merkel s’est dite « triste » et « en colère », pointant la responsabilité de l’actuel locataire de la Maison Blanche.

Arrivant au pouvoir dans un moment difficile de l’histoire américaine, Joe Biden bénéficiera cependant de tous les leviers du pouvoir pour au moins deux ans.

Les violents incidents sont intervenus au lendemain de deux élections partielles en Géorgie remportées par les démocrates, qui ont ainsi repris le contrôle du Sénat aux républicains.

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