Attentat de la rue des Rosiers : l’ex-patron des renseignements auditionné
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Attentat de la rue des Rosiers : l’ex-patron des renseignements auditionné

Six personnes avaient été tuées et 22 blessées lors de cette attaque perpétrée à la grenade et aux pistolets-mitrailleurs dans le quartier juif historique, le 9 août 1982

Les secours et la police rue des Rosiers, à Paris, après un attentat qui a fait six morts et 22 blessés, le 9 août 1982. (Crédit : Jacques Demarthon/AFP)
Les secours et la police rue des Rosiers, à Paris, après un attentat qui a fait six morts et 22 blessés, le 9 août 1982. (Crédit : Jacques Demarthon/AFP)

Un ex-chef des renseignements français a été interrogé en janvier par la justice après des déclarations sur le « marché non écrit » qu’il aurait noué avec le groupe terroriste palestinien auteur de l’attentat de la rue des Rosiers en 1982 à Paris, a-t-on appris vendredi de sources proches du dossier.

Six personnes avaient été tuées et 22 blessées lors de cette attaque perpétrée à la grenade et aux pistolets-mitrailleurs contre le restaurant Jo Goldenberg, dans le quartier juif historique de la capitale française, le 9 août 1982.

Selon ces sources, confirmant une information du Parisien, l’ancien patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST), Yves Bonnet, a été interrogé le 30 janvier par le juge d’instruction à la demande des parties civiles.

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Yves Bonnet, 83 ans, avait en effet déclaré dans le documentaire « Histoire secrète de l’antiterrorisme », diffusé en novembre 2018 sur France 2, avoir envoyé ses hommes négocier avec des émissaires d’Abou Nidal, chef du groupe terroriste Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR), une faction dissidente de l’OLP à laquelle l’attentat a été attribué.

Yves Bonnet, ancien directeur de la DST, explique comment il a négocié avec le groupe terroriste Abou Nidal (Crédit: capture d’écran France 2)

Selon M. Bonnet, l’accord prévoyait que le groupe s’engage à ne plus commettre d’attaque en France, en échange de quoi ses membres pourraient continuer à venir en France sans être inquiétés.

L’existence d’un tel accord avec Abou Nidal, mort en 2002 en Syrie dans des conditions suspectes, ainsi que l’infiltration du groupe dans la foulée par un agent français, avaient été dévoilées en 2011 dans les carnets du général Philippe Rondot, figure des renseignements, fournissant la trame du film « L’infiltré », avec Jacques Gamblin.

« Si tout ça est avéré, c’est terrifiant d’avoir négocié ainsi avec l’un des pires terroristes de l’époque », a réagi auprès de l’AFP Me Alain Jakubowicz.

L’ancien président de la Licra, partie civile au dossier, reste toutefois prudent sur « cette histoire de pacte, oral, sans trace, dont on entend parler depuis des années », nourrissant aussi « une part de fantasme ».

« J’observe que, contrairement à cet éventuel pacte, la justice française a pu faire son travail : on a identifié les membres du commando, on les a localisés, émis des mandats d’arrêts » en 2015, a-t-il ajouté. « Si ces gens ne sont pas jugés, ce n’est pas, du moins en apparence, à cause de ce pacte mais faute d’obtenir leur extradition ».

La justice jordanienne a en effet rejeté la demande d’extradition de ses deux ressortissants d’origine palestinienne, Souhair Mouhamed Hassan Khalid al-Abassi, alias « Amjad Atta », présenté comme le cerveau de cette attaque, et Nizar Tawfiq Mussa Hamada, membre présumé du commando.

La justice française recherche aussi Mahmoud Khader Abed Adra, alias « Hicham Harb » qui vit aujourd’hui en Cisjordanie et Walid Abdulrahman Abou Zayed, alias « Souhail Othman » qui vit en Norvège, pays qui refuse d’extrader ses ressortissants.

Or, la justice française accuse ce dernier d’avoir obtenu la nationalité norvégienne sous une fausse identité et demande qu’il en soit déchu.

Selon Le Parisien, « le magistrat instructeur a également convoqué, les 6 et 14 février derniers, Jean-François Clair et Louis Caprioli, deux ex-responsables de la lutte antiterroriste à la DST ». « Mais tous deux se sont réfugiés derrière ‘le secret défense’ concernant l’accord », ajoute le quotidien.

Des proches des victimes entendent demander la levée du secret défense, ont-elles indiqué vendredi lors d’une commémoration organisée sur les lieux de l’attaque par l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT).

Elles ont aussi réitéré leur appel aux autorités françaises à se mobiliser pour obtenir l’extradition des suspects.

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