Au coeur de la soucca fruitière du Grand Prêtre samaritain, – littéralement
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Reportage

Au coeur de la soucca fruitière du Grand Prêtre samaritain, – littéralement

Tandis que les Juifs utilisent les fêtes pour passer du temps au grand air, l'ancienne communauté israélienne, qui ne compte plus que 750 membres, construit ses huttes à l'intérieur, à l'aide de fruits plutôt que de bois

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

MONT GARIZIM, Cisjordanie — La petite maison du Grand Prêtre des Samaritains arbore une modeste plaque sur son portail : “Maison du Grand Prêtre Abdullah Wassef Tawfiq,” est-il écrit en arabe.

A l’intérieur, le chef spirituel des Samaritains — une petite communauté dont les origines remontent à la scission du Royaume des Juifs après le règne du Roi Salomon — est assis sur un petit canapé de couleur crème et accueille un groupe de journalistes.

Il porte une longue robe bleue et un chapeau rond blanc, semblable à celui d’un imam musulman.

La décoration du logis est modeste, avec une seule exception très colorée : le plafond disparaît sous un gigantesque ornement formé d’agrumes, ainsi que de branches de palmier, de myrte et de saule. Comme le détaille le Lévitique, ce sont les quatre espèces confiées par Dieu aux Juifs pendant les fêtes de Souccot.

Ce plafond d’agrumes est la version samaritaine de la soucca juive, une cabane construite par ces derniers chaque année durant les fêtes de Souccot, et qui vient commémorer la protection accordée par Dieu aux Juifs à la sortie de l’Egypte, durant la marche de quarante années dans le désert qui devait amener le peuple en Terre sainte.

Des Samaritains sont assis dans leur salon avec un 'soucca 'fait maison fabriqué à partir de fruits frais pour la fête de Souccot, sur le mont Garizim près de la ville de Naplouse en Cisjordanie le 11 octobre 2011 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Des Samaritains sont assis dans leur salon avec un ‘soucca ‘fait maison fabriqué à partir de fruits frais pour la fête de Souccot, sur le mont Garizim près de la ville de Naplouse en Cisjordanie le 11 octobre 2011 (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Contrairement au judaïsme, qui a connu des changements significatifs à travers 1 500 ans de traditions rabbiniques, les Samaritains tirent directement leurs coutumes religieuses de leur version de la Torah ou du Pentateuque, qui ressemble étroitement à l’histoire des Cinq Livres de Moïse. (Il y aurait toutefois 6 000 divergences entre la Torah juive et la Torah samaritaine, dont 3 000 changent la narration de manière plus ou moins importante).

Mais les trois principaux pèlerinages mentionnés dans la Bible, Soukkot, la Pâques et Shavouot, sont encore célébrés aujourd’hui par les deux communautés.

L’assortiment coloré de fruits qui vient agrémenter la soucca samaritaine suit littéralement le verset du Lévitique, qui mentionne seulement le « fruit des beaux arbres », tandis que les Juifs ont adopté un fruit spécifique – le cédrat.

De plus, plutôt que de ramener les quatre espèces dans la soucca ou à la synagogue, comme le font les Juifs, les Samaritains les utilisent comme blocs de construction pour les huttes qui ornent leurs maisons.

‘Pas d’obligation d’être dehors pour la soucca

A côté du Grand Prêtre se trouve son jeune frère, Husney Cohen, âgé de 73 ans. Cohen est également prêtre et pourrait prendre un jour la succession de son aîné, le titre se transmettant au membre le plus âgé de la famille. La famille samaritaine Cohen affirme que sa lignée remonte aux prêtres israéliens de Yore, ce qui explique le nom de Cohen, qui signifie prêtre en hébreu.

Le Grand Prêtre n’est pas seulement chef spirituel et juge dans son village, mais il a également des devoirs bureaucratiques, comme l’obtention de documents de voyages pour les villageois. Son dernier devoir n’est pas une mince affaire, car les Samaritains, qui bénéficient des citoyennetés palstinienne, israélienne et jordanienne, votent par conséquent aux trois élections.

Le grand prêtre Samaritain, Abdullah Wassef Tawfiq, se tient avec son frère Husney Cohen dans son salon avec une « succah » fait maison à base de fruits frais pour la fête des Tabernacles ou Souccot, sur le mont Garizim près de la ville de Naplouse en Cisjordanie , le 18 Octobre, 2016 (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)

Le grand prêtre Samaritain, Abdullah Wassef Tawfiq, se tient avec son frère Husney Cohen dans son salon avec une « succah » fait maison à base de fruits frais pour la fête des Tabernacles ou Souccot, sur le mont Garizim près de la ville de Naplouse en Cisjordanie , le 18 Octobre, 2016 (Crédit : Dov Lieber / Times of Israel)

Cohen, vêtu d’une longue robe noire, la tête ceinte dans un chapeau rond et rouge, indique aux nombreux journalistes présents que selon les Samaritains, “il n’y a pas d’obligation de construire la soucca dehors”. Et dans la mesure où il faut s’alimenter et dormir dans la soucca, la construire à l’intérieur du foyer devient le moyen le plus aisé de respecter la règle, dit-il.

Le Grand Prêtre, pour sa part, ne s’exprime pas beaucoup. Il parvient toutefois à diffuser un message de soutien à une solution à deux états au conflit israélo-palestinien, et récite la bénédiction sacerdotale pour les journalistes présents.

Le jeune frère du Grand Prêtre, beaucoup plus loquace – qui, en rencontrant les journalistes, a immédiatement affirmé être la seule personne à connaître la vérité sur la séparation Biblique de la Mer Rouge et le nom secret de l’ancien leader palestinien Yasser Arafat — a assuré la plus grande partie de la conversation.

Les Samaritains en général font remonter leur lignée aux tribus bibliques de Menashe et Ephraim, les fils de Joseph. Ils ont défié les conquêtes impériales et se sont raccrochés à leurs terres tandis que la majorité des habitants du nord du Royaume d’Israël ont été exilés en Assyrie — actuellement le nord de l’Irak— sous les ordres du Roi Sargon II, 722 ans avant JC.

lE peuple samaritain priant lors de la fête de la Pâque au mont Garizim en périphérie de la ville de Naplouse, le 11 mai 2012 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

lE peuple samaritain priant lors de la fête de la Pâque au mont Garizim en périphérie de la ville de Naplouse, le 11 mai 2012 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Lorsque les Juifs en exil ont commencé à revenir depuis Babylone en Israël au 6e siècle avant JC et qu’ils ont construit le Second Temple, ils ont refusé de reconnaître les Samaritains comme coreligionnaires.

Du million de Samaritains vivant dans le Royaume à l’époque romaine, il n’en reste aujourd’hui que 750. La moitié vit dans le village samaritain du mont Garizim près de Naplouse, qui, pensent les habitants, est le site préféré par Dieu à Jérusalem. C’est là aussi que se trouvent les vestiges de l’ancien Temple samaritain détruit et reconstruit à travers les millénaires. L’autre moitié vit dans la ville israélienne de Holon.

Interrogé par le Times of Israel sur l’existence d’autre coutumes pour la fête, Cohen explique que la communauté samaritaine d Holon se rend au village, passant de soucca en soucca, tout en mangeant, buvant et chantant.

Historien : La persécution byzantine a amené les souccot samaritaines au cœur des maisons

Le Times of Israel s’est également entretenu mardi avec le spécialiste et historien samaritain Benyamim Tsedaka, qui a traduit et publié la toute première version en anglais de la Bible samaritaine en 2013.

L'érudit et historien samaritain Benyamim Tsédaka (Crédit : Autorisation)

L’érudit et historien samaritain Benyamim Tsédaka (Crédit : Autorisation)

Selon Tsedaka, l’origine de la coutume samaritaine de construire la soucca entre les murs des foyers provient de l’époque de l’Empire byzantin.

“Durant la période byzantine, il y a eu trois grandes révoltes des Samaritains”, explique l’historien.

“L’une des manières dont les Byzantins persécutaient les Samaritains, c’était en incendiant leurs souccot qui se trouvaient à l’extérieur des maisons. Ainsi, il y a 1 500 ans, le Grand Prêtre a décidé de placer la soucca à l’intérieur du foyer, afin de lui donner respect et honneur. Et depuis lors, cela n’a plus jamais changé », dit-il.

Et que deviennent tous les fruits décorant le plafond à la fin de la fête ?

Tsedaka indique qu’on en fait des jus et qu’ils sont conservés au réfrigérateur, pour le plaisir des amateurs tout au long de l’année.

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