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Au sommet de l’Union africaine, la controverse sur le statut d’Israël relancée

Depuis plusieurs mois, cette décision d'accréditer Israël est vivement critiquée par plusieurs Etats-membres, dont l'Afrique du Sud et l'Algérie

Une bannière posée dans le cadre des préparations de la ville pour le 35è sommet ordinaire de l'Union africaine à Addis Abeba, en Éthiopie, le 1er février 2022. (Crédit : EDUARDO SOTERAS / AFP)
Une bannière posée dans le cadre des préparations de la ville pour le 35è sommet ordinaire de l'Union africaine à Addis Abeba, en Éthiopie, le 1er février 2022. (Crédit : EDUARDO SOTERAS / AFP)

Le sommet annuel de l’Union africaine (UA) s’est ouvert samedi dans la capitale éthiopienne Addis Abeba avec un appel du Premier ministre de l’Autorité palestinienne (AP) à retirer l’accréditation accordée à Israël, à l’origine de vifs débats parmi les 55 Etats membres de l’organisation.

Cette décision prise en juillet par le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, doit faire l’objet de discussions dimanche après-midi, en clôture de ce sommet à l’agenda chargé, avec notamment les coups d’Etat qui ont secoué le continent et la pandémie de Covid-19.

Mais la polémique n’a pas attendu dimanche.

Dans un discours devant les dizaines de dirigeants africains réunis au siège de l’UA, le Premier ministre de l’AP Mohammed Shtayyeh a demandé le retrait de l’accréditation accordée à l’Etat hébreu.

Le Premier ministre Mohammed Shtayyeh dirige une rencontre du cabinet dans le village de Fasayil, dans la vallée du Jourdain, le 16 septembre 2019. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)

« Israël ne devrait jamais être récompensé pour ses violations et pour le régime d’apartheid qu’il impose au peuple palestinien », a-t-il déclaré, reprenant une formule d’un rapport très controversé d’Amnesty International publié la semaine dernière.

« La situation du peuple palestinien n’est devenue que plus précaire », a insisté le Premier ministre de l’AP, accréditée auprès de l’UA depuis 2013.

Depuis plusieurs mois, cette décision d’accréditer Israël est vivement critiquée par plusieurs Etats-membres, dont l’Afrique du Sud et l’Algérie, qui estiment qu’elle va à l’encontre des déclarations de l’organisation soutenant les Territoires palestiniens.

Si cette décision devait faire l’objet d’un vote dimanche, de nombreux analystes considèrent qu’il pourrait marquer une scission sans précédent dans l’histoire de l’UA, qui fête ses 20 ans.

Dans son discours d’ouverture du sommet, Moussa Faki Mahamat a défendu son choix et appelé à « un débat serein ».

Il a assuré que l’engagement de l’UA dans la « quête d’indépendance » des Palestiniens était « immuable et ne peut que continuer à se renforcer ». Mais l’accréditation d’Israël peut constituer, selon lui, « un instrument au service de la paix ».

Guerre en Ethiopie

Ce sommet se tient à Addis Abeba, alors que le nord de l’Ethiopie est en proie depuis 15 mois à un conflit entre forces progouvernementales et rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui a fait des milliers de morts et, selon l’ONU, mené des centaines de milliers de personnes au bord de la famine.

Capture d’écran d’une vidéo non datée publiée par l’agence de presse éthiopienne, le 16 novembre 2020, montrant des militaires éthiopiens assis sur un véhicule blindé de transport de troupes à côté d’un drapeau national, sur une route dans une zone proche de la frontière des régions du Tigré et d’Amhara en Éthiopie. (Crédit : Agence de presse éthiopienne via AP)

Cette guerre a considérablement détérioré les relations du Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, avec les puissances occidentales, qui le considéraient comme un réformateur mais condamnent aujourd’hui les massacres et viols massifs présumés commis par les forces pro-gouvernementales.

L’UA est sous pression pour amener les belligérants à un cessez-le-feu. Mais le fait que son siège se trouve en Ethiopie la place dans une position particulièrement délicate.

M. Faki a notamment attendu le mois d’août dernier – neuf mois après le début des combats – pour nommer l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo comme envoyé spécial chargé d’obtenir un cessez-le-feu.

Dans un discours samedi, Abiy Ahmed a remercié les dirigeants africains pour leur « soutien » dans ce « défi (…) de nature interne qui relevait du maintien de l’ordre ».

Le porte-parole du TPLF, Getachew Reda, a accusé M. Abiy de demander aux dirigeants africains de « fermer les yeux (…) ou pire encore, de le porter aux nues pour avoir tué son peuple à volonté ». « L’Afrique doit dire non à ce carnage ! », a-t-il écrit sur Twitter.

Répétant ses critiques à l’égard de la couverture médiatique internationale de l’Ethiopie et du continent, Abiy Ahmed a également souhaité la création d’un « organe de presse continental de l’Union africaine ».

Un combattant loyal au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) tient un poste de garde à la périphérie de la ville de Hawzen, dans la région du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie, le 7 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Ben Curtis, File)

« Vague funeste » de putschs

Le sommet abordera aussi la « vague funeste », selon les mots de M. Faki, de coups d’Etat sur le continent, le dernier au Burkina Faso il y a moins de deux semaines.

Quatre Etats membres (Burkina Faso, Mali, Guinée, Soudan) ont été suspendus de l’UA depuis juin en raison de changements anticonstitutionnels de gouvernement.

Mais l’UA est aussi critiquée pour son manque de cohérence, notamment après n’avoir pas suspendu le Tchad, où un conseil militaire a pris le pouvoir après la mort du président Idriss Deby Itno en avril.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a également fait un point en visioconférence sur la réponse africaine à la pandémie de coronavirus, deux ans après la détection du premier cas de Covid-19 sur le continent, en Egypte.

Au 26 janvier, seuls 11 % des plus d’un milliard d’Africains avaient été entièrement vaccinés, selon les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies.

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