Belgique : hausse sans précédent des actes antisémites en 2025 – rapport
Un nouveau rapport annuel établi par Antisemitisme.be fait état d’une augmentation de 80 % des actes antisémites par rapport à 2024
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La Belgique suit les tendances observées ailleurs dans le monde, avec une aggravation sans précédent des actes antisémites en 2025, selon le dernier rapport annuel établi par Antisemitisme.be.
Le rapport fait état d’une augmentation de 80 % des actes antisémites par rapport à 2024, établissant un record depuis la création de la plateforme. Les données se fondent sur les incidents déclarés via le site, mais aussi sur des faits rapportés par la presse et par d’autres organismes de lutte contre l’antisémitisme.
Actif depuis 2001, Antisemitisme.be recense les incidents à caractère antisémite en Belgique et est régulièrement cité par des organismes institutionnels belges, dont le Sénat. La plateforme enregistre les signalements d’actes de violence physique ou verbale, de dégradations, de discours de haine et de discriminations dont des personnes sont victimes ou témoins.
Pour déterminer ce qui constitue un acte antisémite, le rapport s’appuie sur la définition opérationnelle de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), adoptée par ses États membres en 2016.
Cette définition incommode toutefois certains acteurs qui estiment que l’inclusion de certaines formes de critiques d’Israël risque de restreindre un débat politique légitime. L’un des exemples les plus récents est celui du nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, qui a révoqué l’adoption municipale de la définition de l’IHRA au deuxième jour de son mandat, une décision très controversée dans une ville abritant la deuxième communauté juive au monde après Israël, elle-même marquée par une hausse spectaculaire des actes antisémites.
Lors d’une séance de la Commission du Parlement francophone bruxellois consacrée au rapport de l’Unia sur l’antisémitisme en Belgique de 2024, le député bruxellois David Weytsman (MR) soulignait que l’application de la définition de l’IHRA n’aurait modifié que marginalement le traitement des dossiers par l’Unia, seuls six dossiers sur 291 donnant lieu à discussion. Il regrettait également que le débat autour de cette définition ait servi de motif à certains responsables politiques pour ne pas adhérer à la stratégie européenne de lutte contre l’antisémitisme et de promotion de la vie juive.
Alors que la Belgique accusait 129 actes antisémites en 2024, l’année 2025 en totalise 232, incluant les incidents en ligne.
Le rapport relève plusieurs tendances, à commencer par une hausse notable des violences physiques et verbales, plus marquée en Flandre qu’à Bruxelles ou en Wallonie.
Bruxelles, en revanche, concentre une part importante des actes de dégradation, souvent accompagnés d’appels à la violence visant directement des lieux ou monuments symboliques.
Les violences physiques incluent toute agression corporelle visant une personne en raison de son appartenance réelle ou supposée à la religion juive. Les violences verbales comprennent insultes et propos haineux adressés à une personne pour les mêmes raisons.
Les discours de haine en ligne, favorisés, selon le rapport, par un climat de désinhibition et un sentiment d’impunité, ont également fortement progressé. Le rapport souligne une diversification des formes d’antisémitisme, avec des discriminations et exclusions observées dans certains secteurs professionnels, notamment médical et immobilier.
Comme dans d’autres pays, la guerre à Gaza joue un rôle central dans cette explosion des incidents antisémites.
Parmi les 232 actes signalés en 2025, une part importante concerne des agressions physiques et des incidents survenus dans l’espace public.
Les discours de haine, bien que minoritaires en proportion, ont connu une hausse de près de 300 % par rapport à 2024. Sur les réseaux sociaux, dans les espaces de commentaires de médias ou sur divers forums, certains utilisateurs expriment ouvertement leur antisémitisme, sans retenue, avec des propos ou appels à la violence devenus fréquents, ainsi que des références à la Shoah banalisées.
Le rapport attribue cette évolution au climat de tensions internationales et au sentiment d’impunité dont bénéficient certains internautes protégés par l’anonymat. Il souligne toutefois que l’augmentation résulte aussi d’un meilleur recensement des incidents.
Anvers demeure la principale cible des agressions physiques et verbales. La visibilité plus marquée de la communauté juive orthodoxe, identifiable par des signes extérieurs, pourrait expliquer cette concentration, contrairement à Bruxelles où l’appartenance religieuse est moins immédiatement perceptible.
Ces attaques prennent diverses formes, allant d’insultes et menaces à des bousculades, jets de projectiles ou coups. Un élément particulièrement préoccupant du rapport est le nombre important d’enfants victimes de ces agressions.
Bruxelles concentre quant à elle de nombreux actes de vandalisme antisémite, près de la moitié des incidents recensés dans le pays. Beaucoup visent directement des lieux de culte, des synagogues ou des sites clairement associés à la mémoire juive, tels que les Stolpersteine. Des véhicules et habitations appartenant à des personnes identifiées comme juives ont également été pris pour cible.
Il faut rappeler qu’à Bruxelles même, certains responsables religieux juifs disent préférer porter une casquette plutôt que le chapeau traditionnel pour éviter d’attirer l’attention, tandis que de nombreuses familles ont inscrit leurs enfants dans des écoles juives par souci de sécurité.
L’importation du conflit israélo-palestinien en Belgique a également fait des lieux juifs des cibles lors de manifestations, assimilant de facto la communauté juive au gouvernement israélien et imputant à des citoyens belges juifs la responsabilité d’événements survenus au Moyen-Orient.
Le rapport souligne aussi l’effet de certaines mises en scène publiques, comme la reconstitution du pogrom du 7 octobre 2023 dans les rues de Bruxelles, au cours de laquelle les terroristes avaient été glorifiés, contribuant à la banalisation de la violence.
Autre évolution relevée en 2025 : des cas de discrimination et de désignation publique de personnes ou d’institutions perçues comme juives. Ainsi, l’inscription « 5 Joden » serait apparue sur un écran de réservation concernant un groupe d’enfants juifs dans un bowling d’Anvers. Des noms et photos de personnalités juives ont également été affichés dans certains quartiers bruxellois.
Des discriminations ont aussi été signalées dans le secteur médical, avec des dossiers portant la mention « Joods » (« juif »), ainsi que dans l’immobilier.
Knokke, le médecin avait également diffusé des messages haineux sur ses réseaux sociaux personnels, à Knokke, le 31 aout 2025. (Crédit : Antisemitisme.be)
Parmi les exemples documentés en annexe du rapport, la grande majorité des incidents présentent un caractère clairement antisémite, tandis qu’une minorité se situe dans une zone plus ambiguë, où la frontière entre discours antisioniste et expressions antisémites fait l’objet de débats récurrents.
Si l’augmentation des chiffres s’explique en partie également par un meilleur signalement des faits et par l’amélioration des mécanismes de recensement des incidents antisémites, le rapport souligne néanmoins l’inquiétude croissante de la communauté, de nombreuses personnes déclarant désormais cacher leur identité juive ou renoncer à porter des signes distinctifs dans l’espace public.
Antisemitic assaults and vandalism were up 35% and all incidents up 80% in 2025, reaching record highs, according to a report released today by one of ADL's Belgian partners @AntisemitismeBE. They note that the actual number of incidents is certainly much higher due to… pic.twitter.com/0dQarPtp6Q
— ADL (@ADL) February 6, 2026
L’Anti-Defamation League (ADL) a partagé le rapport de « son partenaire en Belgique » sur son compte X, appelant la Belgique à mettre fin à toute complaisance et rappelant que le pays reste l’un des rares de l’Union européenne à ne pas disposer encore d’un plan d’action national dédié à la lutte contre l’antisémitisme.
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