Bennett en colère après une campagne anti-ultra-orthodoxe de HaBayit HaYehudi
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Bennett en colère après une campagne anti-ultra-orthodoxe de HaBayit HaYehudi

Des affiches montrant plusieurs candidats arborant des chapeaux noirs et des papillotes ont attiré les condamnations d'une partie du siège national de la formation

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Une campagne d'affichage publiée par la section de Jérusalem de HaBayit HaYehudi, le 6 août 2018 (Crédit : Twitter)
Une campagne d'affichage publiée par la section de Jérusalem de HaBayit HaYehudi, le 6 août 2018 (Crédit : Twitter)

La section de Jérusalem du parti HaBayit HaYehudi a été vivement critiquée lundi après que des affiches de campagne ont fait leur apparition, mettant en garde contre l’influence des ultra-orthodoxes à la mairie, en présentant des images traitées par Photoshop de trois candidats à la tête de la municipalité portant l’habit traditionnel des haredim.

Le siège du mouvement orthodoxe-nationaliste a notamment condamné cette initiative, disant que les affiches étaient anti-ultra-orthodoxes.

Sur les affiches, des photos montrant le ministre Zeev Elkin et les membres du conseil municipal Moshe Lion et Ofer Berkovitch, trois éminents candidats à la mairie lors des prochaines élections, arborant les vêtements traditionnels ultra-orthodoxes, notamment des chapeaux noirs, et portant des papillotes.

Un slogan dit également : « A un moment où ils tremblent pour leur avenir, seul un parti HaBayit HaYehudi victorieux pourra mettre un terme à l’influence ultra-orthodoxe ». L’objectif de cette campagne très précisément semble viser à exhorter les électeurs de la ville à favoriser la formation HaBayit HaYehudi lors du prochain scrutin municipal.

Aucun des candidats à la mairie présentés sur les photos n’est ultra-orthodoxe, même si Elkin et Lion sont pratiquants. Le seul candidat ultra-orthodoxe, l’adjoint au maire Yossi Deitch, n’a pas été inclus dans cette campagne.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett, à la tête du parti HaBayit HaYehudi, a rapidement pris ses distances avec sa faction concernant ces affiches, disant qu’elles ont été produites sans son autorisation.

« HaBayit HaYehudi condamne avec force la campagne d’affichage de ce matin pour les élections municipales de Jérusalem par une faction du parti », a-t-il écrit sur Twitter. « Cette campagne a été menée sans que la direction nationale de la formation ne soit informée et elle ne représente pas notre position ».

Le député de HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich a également fustigé les affiches.

« La campagne douloureuse et honteuse qui a été affichée ce matin en notre nom pour les élections municipales de Jérusalem a été faite sans que nous en ayons connaissance et nous la rejetons complètement, et nous demandons que ces affiches soient enlevées », aurait commenté Smotrich selon un article paru sur le site internet Srugim.

Elkin, du parti du Likud, a indiqué au site Ynet en hébreu que la campagne de HaBayit Hayehudi « n’est vraiment pas intelligente » et il a souligné que d’un point de vue historique, la formation concernée a souvent voté aux côtés des partis ultra-orthodoxes au sein du conseil municipal, préférant parfois s’abstenir si nécessaire.

« Alors, de ce point de vue, personne ne devrait me donner de leçons de morale », a-t-il ajouté.

La formation Hitorarut de Berkovitch a fait savoir dans un communiqué que la campagne « soulève le dégoût et des sentiments qui confinent à l’antisémitisme. Dans le débat public, nous devons agir avec responsabilité et éviter le mépris envers des populations entières ».

Le ministre des affaires de Jérusalem lors d’une conférence de presse, le 2 mai 2018 (Crédit :Miriam Alster/Flash90)

Pour sa part, la section de Jérusalem du parti HaBayit HaYehudi a défendu sa campagne.

« C’est d’un intérêt suprême pour les habitants de Jérusalem et le sionisme religieux que Jérusalem ne devienne pas Bnei Barak », a expliqué la faction en faisant référence à une ville du centre du pays majoritairement occupée par une population ultra-orthodoxe.

« Nous n’avons rien contre les ultra-orthodoxes mais la réalité de la vie nous prouve que faire de Jérusalem une municipalité de plus en plus ultra-orthodoxe créera des distances avec les communauté sionistes et laïques ».

Le parti a souligné que les élections d’octobre ne consistaient pas seulement à désigner le prochain maire mais également à définir la composition du conseil municipal. HaBayit HaYehudi occupe actuellement deux sièges dans le conseil mais n’a pas de candidat au poste de maire.

Cela fait des années que la question de l’influence ultra-orthodoxe sur le quotidien de Jérusalem est sensible, certains craignant la fermeture des magasins et des bars ou discothèques, la nuit et lors du Shabbat, sous une direction ultra-orthodoxe.

Le maire actuel Nir Barkat s’était présenté sur une plate-forme laïque lorsqu’il avait pris la ville à l’ultra-orthodoxe Uri Lupoliansky en 2008.

Quel que soit le candidat gagnant, « il ne devra pas rester seul contre les ultra-orthodoxes », a déclaré l’adjointe au maire Hagit Moshe, issue du parti HaBayit HaYehudi, dans l’article paru sur Ynet. « Plus fort sera l’élément sioniste religieux dans la coalition, plus il sera en mesure de garantir que Jérusalem sera la capitale de toute la société israélienne et pas seulement d’un secteur étroit ».

Yehoshua Mor Yosef, qui a créé la campagne, a déclaré au micro de la radio militaire que « seul le sionisme religieux peut assurer un lien entre les sections du public – Jérusalem ne doit pas tomber entre les mains d’un seul camp ».

L’adjointe au maire de Jérusalem Hagit Moshe, à la municipalité de Jérusalem, le 3 mai 2016 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

L’Union nationale, un groupe représentant la ligne dure au sein de la faction de HabBayit HaYehudi à la Knesset, a indiqué dans un communiqué lundi qu’elle se « distançait de ces affiches douloureuses et graves qui ont été installées. Jérusalem est une ville d’unité et toute division parmi les populations ne relève pas de notre manière de faire ».

La formation a fait savoir qu’elle se penchait sur cette affaire et que les affiches seraient rapidement retirées.

Représentant environ 37 % de la population juive de Jérusalem, selon des données récentes de CBS, les ultra-orthodoxes pourraient bien être déterminants lors de ce scrutin. Parce que les résidents arabes de la ville boycottent généralement les votes municipaux, la part d’électeurs représentée par les ultra-orthodoxes – qui votent souvent comme un seul bloc – sera plus élevée encore.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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