Biden ne veut pas se laisser entraîner dans le conflit israélo-palestinien
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Biden ne veut pas se laisser entraîner dans le conflit israélo-palestinien

Mais, comme pour nombre de ses prédécesseurs, une crise oblige aujourd'hui déjà le président des Etats-Unis à s'impliquer, a minima, pour éviter l'explosion

Joe Biden, alors vice-président s’apprête à parler à la presse à la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 9 mars 2010. (Crédit : AP Photo / Debbie Hill, Pool)
Joe Biden, alors vice-président s’apprête à parler à la presse à la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 9 mars 2010. (Crédit : AP Photo / Debbie Hill, Pool)

Joe Biden l’a clairement laissé entendre : le conflit israélo-palestinien, sans espoir de résolution rapide, ne fait pas partie de ses priorités. Mais comme pour nombre de ses prédécesseurs, une crise oblige déjà le président des Etats-Unis à s’impliquer, a minima, pour éviter l’explosion.

L’escalade de la violence place le démocrate face à une équation complexe – diplomatiquement, ses cartes étant limitées, mais aussi politiquement, l’aile gauche de son parti le poussant à prendre plus franchement ses distances avec Israël après le soutien manifesté par Donald Trump.

« On peut facilement comprendre que l’administration Biden considère qu’il s’agit d’un effort peu utile, peu rentable et semé d’embûches politiques », explique à l’AFP Aaron David Miller, ex-négociateur américain pour le Proche-Orient.

« Il n’y a aucune perspective de succès dans ce dossier. Il n’y a aucun dirigeant, des deux côtés, prêt à prendre des décisions », ajoute cet expert du cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace.

Selon lui, « dans le meilleur des cas, l’administration Biden peut juste espérer calmer la violence » dans la crise actuelle.

Anthony Blinken s’exprime au Queen Theater à Wilmington, Delaware, le 24 novembre 2020. (Carolyn Kaster/AP)

Ces derniers jours, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken et le conseiller pour la sécurité nationale Jake Sullivan ont multiplié les contacts et les déclarations en faveur d’une « désescalade » – assurant à Israël son inébranlable soutien en faveur de sa sécurité. Selon des observateurs, Washington intervient aussi auprès de ses partenaires arabes comme l’Egypte, la Jordanie ou le Qatar, pour qu’ils favorisent un cessez-le-feu entre Israël et le mouvement terroriste islamiste Hamas.

Mais les tensions meurtrières qui ont dégénéré d’abord en heurts puis en tirs de roquettes du Hamas vers l’Etat hébreu et en frappes de représailles de Tsahal contre la bande de Gaza, n’ont fait que s’accentuer.

Il faut que les Etats-Unis s’impliquent pour faire cesser la nouvelle flambée de violences entre Israéliens et Palestiniens, a estimé mercredi le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes.

« On a besoin de l’engagement américain. Il est clair que ce sont eux qui ont aujourd’hui encore les principaux leviers diplomatiques même si l’Europe doit être davantage présente », a déclaré Clément Beaune sur la chaîne France 2. « On a une escalade qui est dramatique et il faut effectivement que Joe Biden, que l’administration américaine, avec nous, soient impliqués », a-t-il ajouté.

« Il faut qu’on s’implique Européens et Américains, avec Israël et l’Autorité Palestinienne, pour essayer de trouver une solution dans les prochains jours », a-t-il insisté.

« Je pense que les Américains espèrent surtout que les choses s’apaisent d’elles-mêmes dans les prochains jours, avec la fin du ramadan » jeudi, dit Aaron David Miller.

A leur arrivée au pouvoir en janvier, le président Biden et son équipe ont fait savoir qu’ils n’entendaient pas se précipiter vers une nouvelle médiation – d’autant que l’avenir politique du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas est en suspens.

Antony Blinken a apporté son soutien à la création future d’un Etat palestinien mais a reconnu qu’il n’y avait pas de « perspective réaliste en ce sens à court terme ». « Les deux parties ne sont pas actuellement en mesure d’entreprendre de vraies négociations pour aller vers une solution à deux Etats », a de nouveau constaté mardi son porte-parole Ned Price.

Le président américain Donald Trump, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rendent à une réunion dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 27 janvier 2020. (AP Photo/ Evan Vucci)

En fin de mandat, le milliardaire républicain avait avancé son plan de paix.

« Je pense qu’on peut dire sans se tromper qu’il y a des éléments de ce soi-disant plan de paix qui ne représentent pas un point de départ constructif », a ironisé Ned Price.

L’administration Trump avait finalement donné la priorité à la reconnaissance d’Israël par d’autres pays arabes, avec succès, dans l’espoir de marginaliser encore davantage la question palestinienne.

Pas de rupture

L’administration Biden a elle apporté son soutien à cette normalisation – l’une des rares réussites internationales qu’elle reconnaît au gouvernement précédent -, tout en renouant avec une diplomatie plus traditionnelle à l’égard du conflit israélo-palestinien.

Joe Biden et Antony Blinken, des vétérans de la politique étrangère américaine, ont eux aussi des liens solides et anciens avec Israël. Mais les prises de position favorables à l’Etat hébreu de l’ère Trump ont contribué à faire évoluer une frange croissante du Parti démocrate américain, notamment à l’égard d’un Benjamin Netanyahu de plus en plus considéré comme un dirigeant de la droite extrême.

Le sénateur Bernie Sanders, candidat démocrate à la présidence des États-Unis, lors d’un rassemblement de campagne, le 29 février 2020 à Virginia Beach, en Virginie. (Crédit : AP Photo/Steve Helber)

Bernie Sanders, principal adversaire de Joe Biden à la primaire démocrate, a appelé les Etats-Unis à « dénoncer fermement la violence des extrémistes israéliens alliés du gouvernement ».

Phyllis Bennis, chercheuse à l’Institute for Policy Studies, classé à gauche, pense que le président Biden, malgré certains désaccords avec « Bibi » Netanyahu, n’a pas affiché de véritable rupture avec plusieurs décisions controversées de son prédécesseur.

« Comme Israël ne veut pas que nous retournions dans l’accord sur le nucléaire iranien, mais que nous allons le faire malgré tout, alors nous n’allons prendre aucune autre décision susceptible de déplaire à Israël, comme faire pression contre ses violations directes du droit international », estime-t-elle.

L’ex-président américain Trump a accusé pour sa part mardi son successeur de faire preuve de « faiblesse » et de ne pas soutenir assez fermement Israël, pendant la pire flambée de violences depuis plusieurs années entre le Hamas et l’Etat hébreu.

Le gouvernement français est de son côté vivement critiqué par une partie de la gauche qui le juge trop pro-israélien.

« Il ne faut pas opposer, il faut renvoyer les violences et les tensions (..) les unes aux autres. On voit des images dramatiques des deux cotés », a relevé Clément Beaune.

« Ceux qui diraient que c’est une agression d’Israël contre la Palestine ou l’inverse se trompent », a ajouté le secrétaire d’Etat.

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