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Bordeaux : L’histoire de l’hôtel Raba, monument historique menacé par une fissure

L'édifice a été racheté en 1779 par les Raba, riche famille d'armateurs juifs ; ses copropriétaires doivent aujourd'hui prouver qu'il ne menace pas de s'écrouler

L’hôtel Raba, situé au 67 cours Victor-Hugo, à Bordeaux. (Crédit : Forgetful Heart / CC BY-SA 4.0)
L’hôtel Raba, situé au 67 cours Victor-Hugo, à Bordeaux. (Crédit : Forgetful Heart / CC BY-SA 4.0)

L’hôtel Raba, situé au 67 cours Victor-Hugo, à Bordeaux, est classé monument historique depuis 1975.

Début janvier, un voisin a signalé une fissure à la mairie, contraignant les copropriétaires de l’immeuble à prouver que celui-ci est en bon état et ne menace pas de s’écrouler, a rapporté le journal Sud Ouest.

L’histoire de l’immeuble, situé dans le quartier juif historique de la ville, remonte au 18e siècle. Construit par l’officier louvetier François Lartigue entre 1745 et 1750, il a été racheté en 1779 par les Raba, une riche famille de huit frères, armateurs juifs d’origine portugaise. Aaron et Abraham se sont installés dans cet hôtel particulier et ont donné leur nom à l’édifice. Plusieurs autres frères se sont installés dans la même rue.

La famille a quitté le Portugal sous l’Inquisition et est arrivée à Bordeaux via Londres en 1763.

Sept frères ont tous été négociants, armateurs, assureurs ou banquiers, alors que l’un d’entre eux a choisi une autre voie, devenant médecin.

L’immeuble est un exemple du style Régence, et compte de très beaux salons. On trouve sur sa façade quatre mascarons, dont deux d’entre eux représentent Mercure, fils de Jupiter, dieu de l’éloquence et des voyageurs, un thème présent dans toute la ville.

L’hôtel a été rénové au début des années 2000. Le site gouvernemental sur le patrimoine français, qui recense les monuments historiques, écrit à son sujet : « La façade sur rue comprend un avant-corps central en légère avancée. Le balcon central repose sur des consoles ornées de têtes de faunes. Aux premier et second étages règne un ordre géant constitué par des pilastres ioniques décorés de guirlandes et soutenant une corniche sur laquelle s’appuie une balustrade rythmée, dans le prolongement des pilastres, de pots à feu. L’importance de l’avant-corps est souligné, au premier étage, par deux fenêtres sous un arc plein cintre orné de mascarons. La cage d’escalier possède un plafond sculpté. Au premier étage se trouve un appartement qui devait être à l’origine les salons de réception. Des boiseries et des stucs ornent ces salons, ainsi qu’un parquet en bois précieux (ébène, acajou, chêne). »

D’autres illustres familles juives ont vécu et prospéré à Bordeaux, telles les Francia, Pimentel et Gradis.

Le Château Raba, en 2019. (Crédit : Gitouche / CC BY-SA 4.0)

La famille Raba a marqué d’autres lieux de la région bordelaise. Une place Rachel-Amélie Raba-Léon a été inaugurée en 1900, du nom de celle qui a donné 100 000 francs au Consistoire afin de fonder un hôpital juif.

À Talence, se trouve également le Château Raba, édifié en 1783, complété en 1801 par une annexe, le Pavillon, destiné à recevoir ses hôtes de marque. Le domaine est inscrit aux monuments historiques depuis 2007. La propriété a été rachetée par un groupe d’investisseurs en 2016, qui a entièrement rénové le château, alors en ruines. Elle est surnommée le « Chantilly bordelais » en raison de la beauté de son parc et de ses jardins. Beaumarchais, Napoléon et Joséphine parmi d’autres se sont rendus au pavillon.

Le château a été occupé par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

La nouvelle École nationale supérieure d’architecture et de paysage (ENSAP) s’y trouve depuis 1973.
Egalement hôtel-restaurant et spa, il est possible d’y séjourner.

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