Bosnie : les organisateurs de la Gay Pride de Sarajevo appelés à renoncer
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Bosnie : les organisateurs de la Gay Pride de Sarajevo appelés à renoncer

En 2008 et 2014, des islamistes radicaux et des hooligans avaient agressé des participants à un festival gay ; les organisateurs estiment que le climat s'est amélioré depuis

La Gay Pride à Istanbul, le 30 juin 2019. (Crédit: Lambdaistanbul, courtesy)
La Gay Pride à Istanbul, le 30 juin 2019. (Crédit: Lambdaistanbul, courtesy)

Un parti au pouvoir dans le canton de Sarajevo a appelé vendredi les organisateurs d’une Gay Pride prévue en septembre dans la capitale bosnienne à y renoncer pour des raisons de sécurité.

Prévue le 8 septembre, elle devrait être la première Marche des fiertés à Sarajevo, où des participants à un festival gay avaient été agressés en 2008 et 2014 par des islamistes radicaux et des hooligans.

Les organisateurs estiment que le climat s’est amélioré depuis.

Le parti de centre-droit Narod i Pravda (Peuple et Justice), un des piliers du gouvernement cantonal, affirme dans un communiqué que « la très grande partie des citoyens de Sarajevo sont contre la marche car elle est contraire aux valeurs traditionnelles et à leurs sentiments religieux ».

« Nous sommes pour l’Etat de droit, la tolérance et la cohabitation de toutes les différences, mais nous sommes contre l’organisation des manifestations qui ne vont pas améliorer, mais peuvent, au contraire, détériorer la situation sécuritaire à Sarajevo », affirme un responsable de ce parti, Ibrahim Kerla, cité dans le communiqué.

Sarajevo est la dernière capitale dans les Balkans occidentaux à ne pas avoir organisé de Marche des fiertés. C’est une ville dont plus de 80 % des 340 000 habitants sont musulmans.

Le canton de Sarajevo est dirigé depuis les élections d’octobre 2018 par un gouvernement composé de partis idéologiquement différents, après des années de pouvoir du principal parti bosniaque musulman, le SDA (conservateurs nationalistes).

Le Premier ministre du gouvernement actuel, Edin Forto, est issu de Nasa Stranka (Notre parti, gauche libérale), un parti multiethnique relativement jeune.

Il a fait savoir vendredi que la marche avait été autorisée par le ministère de l’Intérieur et a jugé que son déroulement « de manière digne et dans le calme » était un « devoir » des autorités.

« En tant que Premier ministre du canton, je ferai tout pour que toutes ses citoyennes et tous ses citoyens aient le même traitement, qu’ils aient la liberté de réunion et la protection de la police », a déclaré Edin Forto dans un communiqué.

Quelque 1 250 policiers devraient être mobilisés lors du défilé, selon une source policière ayant requis l’anonymat.

Les organisateurs s’attendent à la participation d’entre 500 et 1 000 personnes, dont des ambassadeurs de plusieurs pays, ainsi que plusieurs députés du Parlement européen.

Après l’annonce de la Gay Pride, en avril, le SDA avait aussitôt appelé les organisateurs et les autorités cantonales à « renoncer » à la manifestation.

Une élue de ce parti à l’assemblée cantonale, Samra Cosovic Hajdarevic, avait écrit sur les réseaux sociaux qu’elle souhaitait « que des gens pareils soient isolés et mis le plus loin possible de nos enfants et de notre société ».

Ses propos avaient été vivement dénoncés par la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe.

Cependant, beaucoup de personnalités, des artistes, des intellectuels et des écrivains ont publiquement soutenu l’organisation de la marche.

Les Bosniaques (musulmans) représentent 50 % des 3,5 millions d’habitants de la Bosnie. Près d’un tiers (31 %) de la population est constitué de Serbes (orthodoxes) et 15 % de Croates (catholiques).

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